Le Rossignol

Amable Tastu


Il se méfie du voisinage de l’homme, et cependant il se place

toujours à la vue de son habitation et à la portée de son ouie.

Il chante alors un drame inconnu qui a son exorde, son exposition, ses

récits, ses événemens entremêlés, tantôt des sons de la joie la plus

éclatante, tantôt de ressouvenir amers et lamentables, qu’il exprime

par de longs soupirs.

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.
Sur l’azur plus pâle des cieux

Le crépuscule étend son voile,

Des bergers la bleuâtre étoile

Pare son front silencieux.

Des oiseaux le peuple sonore

Suspend ses concerts éclatans,

Seul, un Rossignol chante encore,

De ceux qu’un précoce printemps

Pour nos plaisirs a fait éclore.

Premier né des premiers amours,

Jeune enfant d’un soleil propice,

Qui donc guida ta voix novice

Dans ses mélodieux détours ?

Que dis-je ! as-tu besoin d’un maître ?

Non , non , il t’a suffi de naître.

Semblable aux élus du Seigneur,

Pour chanter tu vins sur la terre,

Sans que ton hymne solitaire

Ait d’autre but que ton bonheur,

D’autre témoin que le mystère.

Mais non ; jaloux d’être écouté,

Tu t’approches de nos demeures,

Et ta timide vanité

S’assure dans l’obscurité,

Compagne nocturne des heures.

Là , si nul bruit n’émeut les airs,

Le chantre de la nuit paisible

Trahit sa présence invisible

Par de mystérieux concerts.

Qu’alors une jeune indiscrète,

Cherchant l’harmonieux chanteur,

Ébranle autour de sa retraite

L’abri d’un rameau protecteur,

Soudain, effarouché, timide,

Déployant son aile rapide,

Il fuit ; et le suivant des yeux

La vierge, à sa place arrêtée

Muette, confuse, attristée,

Pleure long temps de ses adieux !