Le Sentier

Alphonse Beauregard


Le sentier que j’aime le mieux

Quitte en sournois la route blanche

Où passent trop de curieux,

Et disparait entre les branches.

Celui qui traça son parcours

Fut, je crois bien, un solitaire

Qui pour écrire ses amours,

Choisit comme papier la terre.

Sitôt à l’abri des regards

Il devient un chemin tout rose

Coupant la bruyère au hasard.

— Première joie en l’âme éclose.

Puis il saute un ruisseau : miroir

Où l’on se rencontre avec Elle :

Dans un sourire on laisse voir

L’inclination mutuelle.

Lestement il grimpe un coteau

Dont les framboises et la menthe,

Le petit thé, le pain d’oiseau

Disent une époque attrayante.

En faisant un détour brusqué

Il montre un pic nu, détestable,

Qui semble un bandit embusqué.

— Cette querelle inévitable !

Voici qu’au bord de la forêt

Il marque à peine l’herbe rase,

Se glisse presque droit, discret.

— L’accord se rétablit. On jase.

Des buissons transparents, soudain,

Il émerge et court à la grève,

D’un lac aux horizons lointains

Où vogue, épanoui, le rêve.

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Le sentier où je fus souvent

A tant d’attraits pour ceux qu’il guide,

Que nul ne s’en écarte avant

De se trouver, au lac sans rides,

Face à l’amour vaste et limpide.