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Le Serment D’hoël Iv

Comme je n’ai pu vous celer

Le vieux péché qui me harcèle,

Ô mon âme, vous faites celle

Qui ne veut pas se consoler.

Et vous dites :  » La bête immonde

Va revenir dans un moment

Et gâtera tout le froment

Que nous gardions pour l’autre monde.

 » C’est la bête de saint Stefan,

Moitié lionne et moitié femme,

Et qui gonfle sa croupe infâme

Sous la grâce d’un sein d’enfant.

 » Effroi des pâles cénobites,

Elle entre en eux ses crocs de fer,

Et les sept flammes de l’enfer

Tremblent au creux de ses orbites.  »

Ô mon âme, me direz-vous

Si c’est par dégoût, crainte ou leurre,

Que vous n’osâtes tout à l’heure

Nommer le monstre horrible et doux ?

Son nom, ma chère âme, est Luxure.

Vous le connaissez bien pourtant ;

Mais je veux faire sur l’instant

Un grand serment qui vous rassure :

Moi, Hoël IV, prince-abbé

D’Eussa, de Sizun, de Molène,

Seigneur du bois et de la plaine,

Officiai de Pont-Labbé.

Je jure par le saint rosaire

Et, s’il est besoin, par la croix

Du Christ Jésus, en qui je crois

Et qui porta notre misère,

De ne laisser à mon péché

Aucun repos, aucune trêve,

Tant qu’avec la crosse ou le glaive

Je ne l’aie en terre couché.

Et quand la bête sera morte,

Lui rendant affronts pour affronts,

Alors, mon âme, nous pourrons

Clouer sa guenille à ma porte.

Et libres de tout souci vain,

Dans le pur enclos de délices,

Avec des mains fraîches et lisses,

Nous peignerons l’Agneau Divin.