Le Temps Pascal

Amable Tastu


Chrétien, la cloche t’appelle,

Viens donc, viens donc,

Viens prier à la chapelle,

Viens chercher le saint pardon.

C’est pour l’Église romaine

L’instant du deuil et des pleurs,

Que cet instant qui ramène

Aux champs leurs mille couleurs ;

Là, tous les cœurs se découvrent,

Là toutes les fleurs s’entrouvrent,

Le saint temps rend à la fois

Aux autels leurs vives flammes,

Et la prière à nos âmes,

Et les feuilles à nos bois.

Chrétien, la cloche t’appelle,

Viens donc, viens donc,

Viens prier à la chapelle,

Viens chercher le saint pardon.

Aux jours où, plus pur peut-être,

Le zèle est aussi plus prompt,

J’aimais, sous la main du prêtre,

A courber mon jeune front ;

C’est qu’on s’estime à cet âge

Moins, en valant davantage.

Aujourd’hui j’ai pour ma foi

Peur d’une oreille inconnue,

Plus peur d’être seule émue

Des mots descendus sur moi !

Chrétien, la cloche t’appelle,

Viens donc, viens donc,

Viens prier à la chapelle,

Viens chercher le saint pardon.

Doux sont des jours de prière,

De calme et de liberté ;

Mais dans la profonde ornière

Quand le char est arrêté,

Quand du sable et de la boue

Il faut dégager sa roue,

Peut-il, Seigneur, vers les cieux,

Dans une tâche si dure,

Rester à ta créature

Le temps de lever les yeux !…

Chrétien, la cloche t’appelle,

Viens donc, viens donc,

Viens prier à la chapelle,

Viens chercher le saint pardon.

La bouche, qui dès l’aurore

Remplit un pieux devoir,

Muette, se ferme encore

Jusqu’à l’oraison du soir ;

Car, avec le jour qui passe,

Chaque labeur a pris place.

Puissent du moins dans leur cours

Tant de peines enchaînées

Rendre à nos vieilles années

Cette paix des premiers jours !

Chrétien, la cloche t’appelle,

Viens donc, viens donc,

Viens prier à la chapelle,

Viens chercher le saint pardon.