Le Verger

Joseph Autran


Agile, adroit, — cheveux livrés aux folles brises,

L’aîné de la famille, enfant de quatorze ans,

Oublieux de l’école et des heures assises,

Grimpe à cheval dans l’arbre aux longs rameaux luisants

Où pendent les cerises.

Les autres sont au pied, jeunes fronts plus petits,

Accourus cependant comme un essaim d’abeilles.

Ils regardent là-haut, l’un par l’autre avertis,

Cette branche, ce brin, dont les grappes vermeilles

Tentent leurs appétits.

— A toi, dit l’écolier, à toi, Pierre, et sois leste !

A toi, Rose ! À deux mains ouvre ton tablier.

Jeanne ! Ton frais butin n’est pas le plus modeste.

Enfin toi, cher petit, que j’allais oublier,

Attrape ce qui reste !

De ce petit, hélas, qui tend la main trop tard.

L’espérance est déçue, et l’écolier s’en joue.

Mais Rose, tendre cœur et limpide regard.

Vient a lui, dont les pleurs déjà mouillent la joue,

Et lui donne sa part.

Non loin, sur le banc vert, immobile en sa pose.

La mère voit le groupe et reste l’admirant :

Et, tandis que son cœur tout entier s’y repose.

L’ombrelle sur son front, asile transparent.

Jette un beau reflet rose !

Auprès d’elle, un oiseau perche dans le buisson,

Gai bouvreuil dont la voix donne toute sa gamme :

La mère, à ce refrain, sent comme un doux frisson,

Et croit du bonheur pur qui chante dans son âme

Entendre la chanson !