Les Fenêtres Fleuries

Albert Mérat


Peutêtre
Lorsque mon dernier jour viendra,
Peutêtre
Qu’à ma fenêtre,
Ne fûtce qu’un instant,
Un soleil frêle et tremblotant
Se penchera.

Mes mains alors, mes pauvres mains décolorées
Seront quand même encore par sa gloire dorées ;
Il glissera son baiser lent, clair et profond
Une dernière fois, sur ma bouche et mon front,
Et les fleurs de mes yeux, pâles, mais encore fières
Avant de se fermer lui rendront sa lumière.

Soleil, aije adoré ta force et ta clarté !
Mon art torride et doux, de son geste suprême,
T’a retenu captif au coeur de mes poèmes ;
Comme un champ de blé mûr qui houle au vent d’été,
Telle page t’anime et t’exalte en mes livres,
Ô toi, soleil qui fais éclore et qui délivres,
Ô toi, l’immense ami dont l’orgueil a besoin,
Fais qu’à cette heure grave, impérieuse et neuve
Où mon vieux coeur humain sera lourd sous l’épreuve,
Tu sois encore son visiteur et son témoin.