Les Iles

Alphonse Beauregard


Au large, dans l’attrait d’un fier isolement,

Apparaissent les îles

Où parfois en rêveur, en chasseur, en amant

À la sourdine on file.

N’importe où l’on aborde, avidement on fait

Le tour de son royaume,

Et la tente, sitôt dressée, est un palais

Que l’atmosphère embaume.

On se trouve lié d’instinct aux voyageurs

De tout bateau qui passe.

On a de l’intérêt pour les hérons guetteurs

Grimpés sur leurs échasses.

On muse sur la grève, on fauche pour son lit

Les rouges salicaires

Par quoi l’île transforme en élégants replis

Marais et fondrières.

L’éloignement du monde infuse dans l’air pur

Un subtil aromate.

On écoute en son cœur, près de l’eau, sous l’azur

Chanter une sonate.

On s’en revient les yeux fixés là-bas, et tel

Qu’aux jours de sa bohème ;

Heureux d’avoir été, dans le calme archipel,

Splendidement soi-même.