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Les Mimosas

L’autre matin, sous la feuillée,

De soleil rose ensoleillée,

Je rêvais à toi, tu passas !

Et je vis à ta boutonnière,

Penchant ses graines de lumière,

Une branche de mimosas.
 » Oh ! donne-la moi, je t’en prie,

Cette petite fleur flétrie  »

Murmurai-je. Et tu refusas !

D’un œil foncé qui me regarde,

Tu refusas. Tu dis :  » Je garde

Cette branche de mimosas.  »
Et, sans voir qu’à cette seconde

Je ne voulais plus qu’elle au monde,

De mon tourment tu t’amusas :

 » Il y en a sur la pelouse

– Non, je veux, car je suis jalouse,

Cette branche de mimosas !
Si tu l’aimes, toute fanée,

C’est qu’alors on te l’a donnée,

En te taisant, tu t’accusas.

Parle ! nomme-moi ma rivale !

Regarde-moi je suis plus pâle

Que la branche de mimosas !  »
Mais toi, d’une voix attendrie,

Tu t’écrias : Ô ma chérie,

À mes regards tu proposas

Cent visages : des fous, des sages,

D’autres plus fins que les feuillages

De la branche de mimosas.
Mais, très curieux de nature,

Je rêvais de voir la figure

– Car je ne la connaissais pas

Que vous faites, alors qu’on ose

Vous refusez la moindre chose

Tiens, les voilà, les mimosas ! «