L’espérance

Amable Tastu


. Hopes like stars but bright to fall.

Miss L. E. LANDON.
Nos espérances ressemblent à ces étoiles qui ne brillent que

pour tomber.

Loin de moi, séduisante fée,

Loin de moi ton prisme imposteur !

Trop souvent ton souris menteur

Apaisa ma plainte étouffée.

Pourquoi te plaire à m’égarer,

Pourquoi ces perfides caresses ?

Je ne crois plus à tes promesses,

Non, je ne veux plus espérer.

Les appuis que mon cœur tranquille

Crut opposer aux coups du sort,

Plus faibles qu’un roseau fragile,

Se sont brisés au moindre effort.

Hélas ! la fortune est légère,

L’amitié vaine et passagère

De l’intérêt subit la loi,

Et, dans sa pitié mensongère,

Se rit de la crédule foi.

Dans les rêves de la jeunesse

L’ombre du bonheur nous séduit ;

Sur tes pas, trompeuse déesse,

Nous croyons l’atteindre sans cesse,

Et le repos même nous fuit.

Mais à peine un malheur menace,

On t’invoque, ta main efface

Le soudain effroi qu’il produit ;

Nous n’osons regarder l’abîme ;

Ainsi qu’une lâche victime

Pâlit à l’aspect du bourreau,

Et dans la liqueur enivrante

Offerte à sa lèvre mourante

Boit l’oubli du fatal couteau.

Trop long-temps tu m’as abusée ;

De l’espoir d’une route aisée

Tu flattas mon naissant orgueil,

Et ma barque aux flots exposée

Toujours a rencontré recueil.

Fuis donc, perfide enchanteresse,

Fuis, et ne crois plus m’égarer :

Je puis braver ta folle ivresse,

Non, je ne veux plus espérer !

Doux chants, mélodieux délire,

Charme secret de mes beaux ans,

C’est méconnaître votre empire,

Hélas ! qu’attirer sur la lyre

Le regard distrait des passans.

De votre douceur solitaire

Pourquoi révéler le mystère ?

Ou, sur la foi de l’avenir,

Dédaigner les biens qu’elle donne,

Pour cette inutile couronne

Que je ne puis même obtenir ?

Ainsi chaque riante image

S’évanouit comme un nuage

Au premier caprice des vents ;

Sur un océan sans rivage,

Mes yeux en vain cherchent la plage

Où s’arrêtent les flots mouvans ;

Le temps de ses ailes rapides

Moissonne, stériles et vides,

Des jours qu’il aurait dû parer ;

Chacune des fleurs que je cueille

Sous mes doigts se fane et s’effeuille ;

Non, je ne veux plus espérer !