Lever D’aube

Anatole Le Braz


Drapée en sa cape de veuve,

S’efface à pas discrets la nuit

Voici poindre la clarté neuve

De l’aube qui s’épanouit.
Elle promène sur les choses

Son beau regard silencieux

Et la mer se jonche de roses

Sous la caresse de ses yeux.
Pour son adorable venue

Le désert du ciel s’est paré

Salut, déesse chaste et nue,

Fille de l’Orient sacré !
Et soudain tout vit. Les nuages

Tendent leurs voiles au vent frais ;

L’allègre chanson des voyages

Se réveille dans leurs agrès.
Et la pensée au coeur de flamme,

Soeur pure de l’aube qui luit,

Erige, comme elle, dans l’âme

Son front clair, vainqueur de la nuit.