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L’hirondelle Du Bouddha

Quand son enseignement eut consolé le monde,

Le Bouddha, retiré dans la djongle profonde

Et du seul Nirvâna désormais soucieux,

S’assit pour méditer, les bras levés aux cieux;

Et gardant pour toujours cette sainte attitude,

Il vécut dans l’extase et dans la solitude,

Concentrant son esprit sur un rêve sans fin

Avant d’être absorbé par le Néant divin.

Le temps avait rendu tout maigre et tout débile

Le corps ossifié de l’ascète immobile;

Les lianes grimpaient sur son torse engourdi

Que ne réchauffait plus le soleil de midi;

Et ses yeux sans regard, dans leurs mornes paupières,

Semblaient avoir acquis la dureté des pierres.

Il aurait dû mourir, par la faim consumé;

Mais les petits oiseaux, dont il était aimé,

Les oiseaux qui chantaient dans les branches fleuries,

Venaient poser des fruits sur ses lèvres flétries.

Et, depuis très longtemps, c’est ainsi que vivait

Le Bouddha vénérable, absolument parfait.Donc mille et mille fois, et mille fois encore,

La lune qui blanchit et le soleil qui dore

Les forêts, sur son front tour à tour avaient lui,

Sans que se fût distraite un seul instant en lui

Sa pensée, en un songe immuable perdue,

Lorsque dans sa main droite, au ciel toujours tendue,

Dans sa main sèche et grise ainsi que du granit,

Une hirondelle vint, un jour, et fit son nid.