Marine

Anatole France


Sous les molles pâleurs qui voilaient en silence

La falaise, la mer et le sable, dans l’anse

Les embarcations se réveillaient déjà.

Du gouffre oriental le soleil émergea

Et couvrit l’Océan d’une nappe embrasée.

La dune au loin sourit, ondoyante et rosée.

On voyait des éclairs aux vitres des maisons.

Au sommet des coteaux les jeunes frondaisons

Commençaient à verdir dans la clarté première.

Et le ciel aspirait largement la lumière.

Il se fit dans l’espace une vague rumeur

Où le travail humain vint jeter sa clameur.

Les femmes en sabots descendent du village,

Les pêcheurs font sécher leurs filets sur la plage,

Et le soleil allume, au dos des mariniers,

Les spasmes des poissons dans l’osier des paniers.

Dans un creux de falaise où voltige l’étoupe,

Un vieil homme calfate, en chantant, sa chaloupe,

Tandis que tout en haut, parmi les chardons blancs,

Cheminent deux douaniers, au pas, graves et lents.

Dans un bateau pêcheur dont la voile latine.

Blanc triangle, reluit à travers la bruine,

Un vieux marin, debout sur le gaillard d’avant,

Tendant le bras au large, interroge le vent.