Nocturne

Anatole Le Braz


A madame Adolphe Graff
Le ciel s’éteint, tout va dormir

Je songe à des choses passées ;

C’est à la fois peine et plaisir.

La veilleuse du souvenir

S’allume au fond de mes pensées.
J’entends des pas, j’entends des voix,

Des pas furtifs, des voix lointaines

C’est peine et plaisir à la fois.

On dirait le frisson des bois

Sur le coeur tremblant des fontaines.
Des formes traversent la nuit,

Formes noires et formes blanches

Où vont-ils et qui les conduit,

Ces passants qui passent sans bruit,

Comme la lune entre les branches ?
Le vent d’une ombre m’a frôlé

Fantôme d’enfant ou de femme ?

Sur la veilleuse il a soufflé

Quelque chose d’inconsolé

S’est mis à pleurer dans mon âme.