Nos Œuvres

Alphonse Beauregard


Si banals soyez-vous, maisons, meubles, habits,

Engins accoutumés, nécessaires outils,

Objets de formes innombrables,

Que de pensée et de sueurs vous recélez ;

Que d’hommes ont connu des moments affolés

À vous rendre plus désirables !

Je vois ceux qui, ravis d’un concept et crispés,

Adjurent des contours nettement découpés

De luire en l’idée imprécise,

Et sentant l’embryon amorphe en leur cerveau

Recommencent, d’après un augure nouveau,

L’obsédant travail qui les grise.

L’idée écarte enfin son manteau de brouillard.

Pour la réaliser la main prête son art,

Et l’homme, ensorcelé, surveille

La matière qui semble, inerte, se livrer

Mais se refuse impudemment à générer

L’étonnante et simple merveille.

Laide ou belle, d’argile ou de fer, l’œuvre naît.

Si longtemps qu’elle dure, en elle on reconnaît

Une époque d’exubérance.

Plus le désir fut grand, plus rude fut l’effort

Et plus l’homme, devant l’ambition d’alors,

Revit sa joie et sa souffrance.

Temple où chacun retrouve un autel favori,

Le monde est plein d’objets qui parlent à l’esprit ;

S’il fallait que tous on les aime

Le cœur éclaterait de trop d’émotions,

Mais à l’œil fureteur viennent seuls les rayons

Des dieux qu’on a sculptés soi-même.