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Novembre

Je suis revenu seul par Landrellec. Voici

Qu’au soir tombant l’ajonc s’est encore épaissi

Et qu’à force d’errer dans le vent et la brume,

Si tard, sous ce ciel bas fouetté d’une âpre écume,

Et d’entendre à mes pieds sur le varech amer

Toujours, toujours ce râle obsédant de la mer,

Et de voir, quand mes yeux retournaient vers la côte,

Des peurs sourdes crisper la lande épaisse et haute

Et la brume flotter partout comme un linceul,

J’ai senti que mon mal n’était pas à moi seul

Et que la lande avec ses peurs crépusculaires.

Et qu’avec ses sanglots profonds et ses colères

La mer, et que la nuit et la brume et le vent,

Tout cela s’agitait, souffrait, était vivant,

Et roulait, sous la nue immobile et sans flamme,

Une peine pareille à la vôtre, mon âme.