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Ô Laissez-vous Aimer !

À madame ***.

La fine del mio amore fu già il saluto di questa donna, ed in quello dimorava la beatitudine del fine di tutti i miei desideri.

Dante, Vita nuova.

I
Ô laissez-vous aimer ! ce n’est pas un retour,

Ce n’est pas un aveu que mon ardeur réclame ;

Ce n’est pas de verser mon âme dans votre âme,

Ni de vous enivrer des langueurs de l’amour ;
Ce n’est pas d’enlacer en mes bras le contour

De ces bras, de ce sein ; d’embraser de ma flamme

Ces lèvres de corail si fraîches ; non, Madame,

Mon feu pour vous est pur, aussi pur que le jour.
Mais seulement, le soir, vous parler à la fête,

Et tout bas, bien longtemps, vers vous penchant la tête,

Murmurer de ces riens qui vous savent charmer ;
Voir vos yeux indulgents plus mollement reluire ;

Puis prendre votre main, et, courant, vous conduire

À la danse légère.. Ô laissez-vous aimer !
II
Madame, il est donc vrai, vous n’avez pas voulu,

Vous n’avez pas voulu comprendre mon doux rêve ;

Votre voix m’a glacé d’une parole brève,

Et vos regards distraits dans mes yeux ont mal lu.
Madame, il m’est cruel de vous avoir déplu :

Tout mon espoir s’éteint et mon malheur s’achéve ;

Mais vous, qu’en votre cœur nul regret ne s’élève,

Ne dites pas :  » Peut-être il aurait mieux valu  »
Croyez avoir bien fait ; et, si pour quelque peine

Vous pleurez, que ce soit pour un peigne d’ébène,

Pour un bouquet perdu, pour un ruban gâté !
Ne connaissez jamais de peine plus amère ;

Que votre enfant vermeil joue à votre côté,

Et pleure seulement de voir pleurer sa mère!