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Octobre À Son Manteau D’azur Fourré

Octobre à son manteau d’azur fourré de vair

Arbore ce matin les joyaux de l’hiver.

Le ruisseau fume, un fin brouillard couvre la berge,

Le jardin blanc miroite au soleil, l’herbe fond

Et chatoie et ses fils de perles se défont.

Un givre étincelant ouvrage d’argent vierge

Le buis sombre et la treille et les rosiers.

Et toi,

Qui foules, attentive au craquement des feuilles,

Le sol éblouissant et dur, pleine d’émoi

Et de pitié, d’un doigt malhabile, tu cueilles

Toute cette rigide et vaine floraison

L’œillet déjà tardif de l’arrière-saison,

Les pesants dahlias ruchés, les tristes roses

Étreintes par leur froide armure de cristal.

Et te sachant mourir, hélas du même mal,

Tu formes un bouquet de tes sœurs et tu poses

Tes lèvres à leur sein glacé, pieusement,

Tandis qu’ivre d’amour et d’un secret tourment,

Mes yeux mêlés aux tiens que la lumière dore,

Je cherche, ô mon enfant trop pensive, à puiser

Sur ta bouche en un long et sanglotant baiser

Ces parfums qu’une fleur gelée exhale encore.