Petit Air

Stéphane Mallarmé


I
Quelconque une solitude

Sans le cygne ni le quai

Mire sa désuétude

Au regard que j’abdiquai
Ici de la gloriole

Haute à ne la pas toucher

Dont maint ciel se bariole

Avec les ors de coucher
Mais langoureusement longe

Comme de blanc linge ôté

Tel fugace oiseau si plonge

Exultatrice à côté
Dans l’onde toi devenue

Ta jubilation nue
II
Indomptablement a dû

Comme mon espoir s’y lance

Eclater là-haut perdu

Avec furie et silence,
Voix étrangère au bosquet

Ou par nul écho suivie,

L’oiseau qu’on n’ouït jamais

Une autre fois en la vie.
Le hagard musicien,

Cela dans le doute expire

Si de mon sein pas du sien

A jailli le sanglot pire
Déchiré va-t-il entier

Rester sur quelque sentier !