Quatrains

Théophile Gautier


I

IMPROVISÉ SUR UN PORTRAIT DE Mlle SIONA-LÉVY
Enfant, doublement applaudie,

Tu chantes et tu fais des vers ;

Et ton masque de tragédie

Est couronné de lauriers verts.
1851.
II
IMPROVISÉ SUR UN PORTRAIT DE Mme MADELEINE BROHAN
Type charmant et pur dont le ciel est avare,

Et que d’un fin crayon l’artiste copia,

Scribe salue en vous sa reine de Navarre,

Musset sa Marianne, et Belloy sa Pia.
1857.
III
IMPROVISÉ ET PLACÉ EN TÉTE D’UN EXEMPLAIRE DE  » ÉMAUX ET CAMÉES  »
À CLAUDIUS POPELIN, MAITRE ÉMAILLEUR
Ce livre, où j’ai mis des Camées

Sculptés dans l’agate des mots,

Pour voir ses pages acclamées

Eût eu besoin de tes Émaux !
Août 1863.
IV
IMPROVISÉ SUR UNE ROBE ROSE À POIS NOIRS
Dans le ciel l’étoile dorée

Ne luit que par l’ombre du soir ;

Ta robe, de rose éclairée,

Change l’étoile en astre noir !
V

AU VICOMTE DE S. L.
Moderne est le palais ; mais le blason ancien,

Peint par Van Eyck au coin des portraits de famille

Rangés en ex-voto sur le vieil or qui brille,

Le jeune hôte du lieu le revendique sien.
Octobre 1872.
Ces quatre vers sont les derniers qu’ait écrits Théophile Gautier. Ils devaient être le premier quatrain d’un sonnet que le poète n’a pas eu la force d’achever