Résurrection

Alphonse Beauregard


Ces lettres d’autrefois j’avais soif de les lire.

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La brume qui voilait le passé se déchire,

Les lieux et les objets anciens chassent le soir.

Je redeviens celui qui voyait son espoir

Courir, tumultueux, vers la plaine enchantée ;

Qui, pour ouvrir son âme à la vie exaltée,

Pour entendre la voix frémissante des cœurs,

Pour capter le parfum du rêve et les couleurs,

Demandait ta venue, Amour incendiaire.

Celui qui, tressaillant de sa force plénière,

Sentait tourbillonner ses pensées, ses désirs

Et les voyait, de jour en jour, se départir

De leur charnellité, d’abord incitatrice,

Puis s’affiner dans la douceur du sacrifice,

S’élever forme pure émergeant du chaos

Jusqu’à l’extase.

Un flux dément gagne mes os

Et le présent et le passé, fondus ensemble,

Forment une magique atmosphère, et je tremble

Ainsi que je tremblais, aux vigiles d’amour.

Et maintenant, hélas ! j’ai soif des anciens jours.