Rosées

René-François Sully Prudhomme


Je rêve, et la pâle rosée

Dans les plaines perle sans bruit,

Sur le duvet des fleurs posée

Par la main fraîche de la nuit.
D’où viennent ces tremblantes gouttes ?

Il ne pleut pas, le temps est clair ;

C’est qu’avant de se former, toutes,

Elles étaient déjà dans l’air.
D’où viennent mes pleurs ? Toute flamme,

Ce soir, est douce au fond des cieux ;

C’est que je les avais dans l’âme

Avant de les sentir aux yeux.
On a dans l’âme une tendresse

Où tremblent toutes les douleurs,

Et c’est parfois une caresse

Qui trouble, et fait germer les pleurs