Sérénade

Théophile Gautier


Sur le balcon où tu te penches

Je veux monter efforts perdus !

Il est trop haut, et tes mains blanches

N’atteignent pas mes bras tendus.
Pour déjouer ta duègne avare,

Jette un collier, un ruban d’or ;

Ou des cordes de ta guitare

Tresse une échelle, ou bien encor
Ôte tes fleurs, défais ton peigne,

Penche sur moi tes cheveux longs,

Torrent de jais dont le flot baigne

Ta jambe ronde et tes talons.
Aidé par cette échelle étrange,

Légèrement je gravirai,

Et jusqu’au ciel, sans être un ange,

Dans les parfums je monterai !