Si, Comme Aux Vents Désignés Par La Rose

Robert Desnos


Si, comme aux vents désignés par la rose

Il est un sens à l’espace et au temps,

S’ils en ont un ils en ont mille et plus

Et tout autant s’ils n’en possèdent pas.
Or qui de nous n’imagine ou pressent,

Ombres vaguant hors des géométries,

Des univers échappant à nos sens ?
Au carrefour de routes en obliques

Nous écoutons s’éteindre un son de cor,

Toujours renaissant, toujours identique.
Cette vision du ciel et de la rose

Elle s’absorbe et se dissout dans l’air

Comme les sons dont frémit notre chair

Ou les lueurs sous nos paupières closes.
Nous nous heurtons à d’autres univers

Sans les sentir, les voir ou les entendre

Au creux été, aux cimes de l’hiver,

D’autres saisons sur nous tombent en cendre.
Tandis qu’aux vents désignés par la rose

Claque la porte et claquent les drapeaux,

Gonfle la voile et sans visible cause

Une présence absurde à nous s’impose

Matérielle, indifférente et sans repos.