Silence

Albert Samain


Le silence descend en nous,

Tes yeux mi-voilés sont plus doux ;

Laisse mon coeur sur tes genoux.
Sous ta chevelure épandue

De ta robe un peu descendue

Sort une blanche épaule nue.
La parole a des notes d’or ;

Le silence est plus doux encor,

Quand les coeurs sont pleins jusqu’au bord.
Il est des soirs d’amour subtil,

Des soirs où l’âme, semble-t-il,

Ne tient qu’à peine par un fil
Il est des heures d’agonie

Où l’on rêve la mort bénie

Au long d’une étreinte infinie.
La lampe douce se consume ;

L’âme des roses nous parfume.

Le Temps bat sa petite enclume.
Oh ! s’en aller sans nul retour,

Oh ! s’en aller avant le jour,

Les mains toutes pleines d’amour !
Oh ! s’en aller sans violence,

S’évanouir sans qu’on y pense

D’une suprême défaillance
Silence ! Silence ! Silence !