Soirs (ii)

Albert Samain


Le Séraphin des soirs passe le long des fleurs

La Dame-aux-Songes chante à l’orgue de l’église ;

Et le ciel, où la fin du jour se subtilise,

Prolonge une agonie exquise de couleurs.
Le Séraphin des soirs passe le long des coeurs

Les vierges au balcon boivent l’amour des brises ;

Et sur les fleurs et sur les vierges indécises

Il neige lentement d’adorables pâleurs.
Toute rose au jardin s’incline, lente et lasse,

Et l’âme de Schumann errante par l’espace

Semble dire une peine impossible à guérir
Quelque part une enfant très douce doit mourir

O mon âme, mets un signet au livre d’heures,

L’Ange va recueillir le rêve que tu pleures.