Sonnet : Ne Vous Détournez Pas

Théophile Gautier


Amour tant vous hai servit

Senz pecas et senz failhimen,

Et vous sabez quant petit

Hai avut de jauzimen.

PEYROLS.
Ne sais-tu pas que je n’eus onc

D’elle plaisir ni un seul bien ?

MAROT.
Ne vous détournez pas, car ce n’est point d’amour

Que je veux vous parler ; que le passé, madame,

Soit pour nous comme un songe envolé sans retour,

Oubliez une erreur que moi-même je blâme.
Mais vous êtes si belle, et sous le fin contour

De vos sourcils arqués luit un regard de flamme

Si perçant, qu’on ne peut vous avoir vue un jour

Sans porter à jamais votre image en son âme.
Moi, mes traits soucieux sont couverts de pâleur :

Car, dès mes premiers ans souffrant et solitaire,

Dans mon cœur je nourris une pensée austère,
Et mon front avant l’âge a perdu cette fleur

Qui s’entr’ouvre vermeille au printemps de la vie,

Et qui ne revient plus alors qu’elle est ravie.