Sonnet Posthume

Tristan Corbière


Dors : ce lit est le tien Tu n’iras plus au nôtre.

– Qui dort dîne. À tes dents viendra tout seul le foin.

Dors : on t’aimera bien L’aimé c’est toujours l’Autre

Rêve : La plus aimée est toujours la plus loin
Dors : on t’appellera beau décrocheur d’étoiles !

Chevaucheur de rayons ! quand il fera bien noir ;

Et l’ange du plafond, maigre araignée, au soir,

– Espoir sur ton front vide ira filer ses toiles.
Museleur de voilette ! un baiser sous le voile

T’attend on ne sait où : ferme les yeux pour voir.

Ris : Les premiers honneurs t’attendent sous le poêle.
On cassera ton nez d’un bon coup d’encensoir,

Doux fumet ! pour la trogne en fleur, pleine de moelle

D’un sacristain très-bien, avec son éteignoir.