Sous Les Arbres

Victor Hugo


Ils marchaient à côté l’un de l’autre; des danses

Troublaient le bois joyeux; ils marchaient, s’arrêtaient,

Parlaient, s’interrompaient, et, pendant les silences,

Leurs bouches se taisant, leurs âmes chuchotaient.
Ils songeaient; ces deux coeurs, que le mystère écoute,

Sur la création au sourire innocent

Penchés, et s’y versant dans l’ombre goutte à goutte,

Disaient à chaque fleur quelque chose en passant.
Elle sait tous les noms des fleurs qu’en sa corbeille

Mai nous rapporte avec la joie et les beaux jours;

Elle les lui nommait comme eût fait une abeille,

Puis elle reprenait: -Parlons de nos amours.
-Je suis en haut, je suis en bas,- lui disait-elle,

-Et je veille sur vous, d’en bas comme d’en haut.-

Il demandait comment chaque plante s’appelle,

Se faisant expliquer le printemps mot à mot.
O champs! il savourait ces fleurs et cette femme.

O bois! ô prés! nature où tout s’absorbe en un,

Le parfum de la fleur est votre petite âme,

Et l’âme de la femme est votre grand parfum!
La nuit tombait; au tronc d’un chêne, noir pilastre,

Il s’adossait pensif; elle disait: -Voyez

-Ma prière toujours dans vos cieux comme un astre,

-Et mon amour toujours comme un chien à tes pieds.-
Juin 18