Tristesse

Alfred de Musset


J’ai perdu ma force et ma vie,

Et mes amis et ma gaieté;

J’ai perdu jusqu’à la fierté

Qui faisait croire à mon génie.
Quand j’ai connu la Vérité,

J’ai cru que c’était une amie ;

Quand je l’ai comprise et sentie,

J’en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,

Et ceux qui se sont passés d’elle

Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.

Le seul bien qui me reste au monde

Est d’avoir quelquefois pleuré.