Une Promenade Au Jardin Des Plantes

Alfred de Musset


Sonnet
Sous ces arbres chéris, où j’allais à mon tour

Pour cueillir, en passant, seul, un brin de verveine,

Sous ces arbres charmants où votre fraîche haleine

Disputait au printemps tous les parfums du jour ;
Des enfants étaient là qui jouaient alentour ;

Et moi, pensant à vous, j’allais traînant ma peine ;

Et si de mon chagrin vous êtes incertaine

Vous ne pouvez pas l’être au moins de mon amour.
Mais qui saura jamais le mal qui me tourmente ?

Les fleurs des bois, dit-on, jadis ont deviné !

Antilope aux yeux noirs, dis, quelle est mon amante ?
Ô lion, tu le sais, toi, mon noble enchaîné ;

Toi qui m’as vu pâlir lorsque sa main charmante

Se baissa doucement sur ton front incliné.