Vers 1820

Victor Hugo


Denise, ton mari, notre vieux pédagogue,

Se promène; il s’en va troubler la fraîche églogue

Du bel adolescent Avril dans la forêt;

Tout tremble et tout devient pédant, dès qu’il paraît:

L’âne bougonne un thème au boeuf son camarade;

Le vent fait sa tartine, et l’arbre sa tirade;

L’églantier verdissant, doux garçon qui grandit,

Déclame le récit de Théramène, et dit:

Son front large est armé de cornes menaçantes.
Denise, cependant, tu rêves et tu chantes,

A l’âge où l’innocence ouvre sa vague fleur;

Et, d’un oeil ignorant, sans joie et sans douleur,

Sans crainte et sans désir, tu vois, à l’heure où rentre

L’étudiant en classe et le docteur dans l’antre,

Venir à toi, montant ensemble l’escalier,

L’ennui, maître d’école, et l’amour, écolier.