Voyage En Espagne

Rosemonde Gérard


Beauté divine des nuages

Ah ! comment dire la couleur

De ce miraculeux voyage

Qui mêla mon cœur à ton cœur !
C’était rose, royal, champêtre,

Éternel, et même enfantin.

C’était ce que le soir, peut-être,

Pense en regardant le matin.
Sous tant de clarté, le cœur doute ;

La joie est une angoisse aussi.

On croyait prendre sur la route,

Vers le bonheur, des raccourcis.
Le ciel est bleu, la mer est basse.

De loin je regarde et je vois

Un merveilleux passant qui passe

Ce passant merveilleux, c’est toi !
De loin je te photographie

Dans un petit verre carré.

C’est bien toi. Jamais de ma vie

Je ne t’ai autant adoré.
C’est toi ! Tu parles Tu respires

Tu vas, et tu viens, et tu vis

Tu t’assieds sur un banc pour lire

Le petit journal du pays.
Je marche dans l’eau sur la plage

Pour te rejoindre à l’horizon ;

Tous les bateaux sont en voyage ;

Nous revenons vers les maisons,
Vers les jardins, vers les musiques,

Le vent ferme son éventail.

Ô les ravissantes boutiques !

L’une est le Palais du corail.
Mes yeux soulignent de tendresse

Le moindre geste que tu fis ;

Sur nos pas, les magasins dressent

Des espaliers de fruits confits ;
L’Église a des vieilles statues ;

Nos ombres tremblent sur le sol ;

Tous les rêves sont dans la rue

Tous les oiseaux sont espagnols
Leur cantate n’est pas surprise

De se poser sur des genêts

Quelle douceur Comment la brise

Savait-elle que tu m’aimais ?
Ah ! que la promenade est brève

Quand c’est toi qui la proposas

Il y eut de tout dans ce rêve :

Des silences, des mimosas,
Un chapeau qui, pour mieux te plaire,

S’ajoutait un voile argenté ;

Et l’éternel vocabulaire

Que l’amour seul sait inventer.
Mais la vie, hélas, va trop vite,

Le matin touche le tantôt

Comme en tes bras je suis petite,

Quand tu me passes mon manteau.
Mon coeur, fou de tendresse, tremble

Comme la plume d’un bambou

Et je t’aime tant qu’il me semble

Que tu ne m’aimes plus du tout !