Toi, Notre Père Odin

Le vent d’hiver s’élance, audacieux et fort,

Ainsi que les Vikings, en leur nobles colères.

La tempête a soufflé sur les pins séculaires

Et les flots ont bondi Venez, mes Dieux du Nord !
Vos yeux ont le reflet des lames boréales,

Les abîmes vous sont de faciles chemins,

Et vous êtes grands et sveltes comme les pins,

O maîtres des cieux froids et des races loyales !
Mes Dieux du Nord, hardis et blonds, réveillez-vous

De votre long sommeil dans les neiges hautaines,

Et faites retentir vos appels sur les plaines

Où se prolonge au soir le hurlement des loups.
Venez, mes Dieux du Nord aux faces aguerries,

Toi, notre père Odin, toi dont les cheveux d’or,

Freya, sont pleins d’odeurs, et toi, valeureux Thor,

Toi, Fricka volontaire, et vous, mes Valkyries !
Ecoutez-moi, mes Dieux, pareils aux clairs matins :

Je suis la fille de vos Skaldes vénérables,

De ceux qui vous louaient, debout auprès des tables

Où les héros buvaient l’hydromel des festins.
Venez, mes Dieux puissants, car notre hiver est proche,

Nous allons rire avec les joyeux ouragans,

Nous abattrons le chêne épargné par les ans,

Et les monts trembleront jusqu’en leur cœur de roche !
Nous poserons nos pieds triomphants sur les mers,

Et nous réjouirons de la danse des vagues ;

Pour nous s’animeront les brumes, formes vagues,

Et pour nous nous brilleront les sillons de l’éclair.
Les mouettes crieront vers nous et vers l’otage

Que nous apporterons dans le creux de nos mains

Or voici qu’on entend les combats surhumains

Et le cri des vaincus sur le blême rivage.
Voici, mes Dieux, que vous riez comme autrefois

Et que l’aigle tournoie au-dessus de son aire.

Nous avons déchaîné la meute du tonnerre,

Et les falaises ont reconnu notre voix.
La terre écoutera nos farouches musiques,

Et les cieux révoltés ploieront sous notre effort

Venez à moi qui vous attends, mes Dieux du Nord !

Je suis la fille de vos Skaldes héroïques

Vaincue

Le couchant est semblable à la mort d’un poète

Ah ! pesanteur des ans et des songes vécus !

Ici, je goûte en paix l’heure de la défaite,

Car le soir pitoyable est l’ami des vaincus.
Mes vers n’ont pas atteint à la calme excellence,

Je l’ai compris, et nul ne les lira jamais

Il me reste la lune et le proche silence,

Et les lys, et surtout la femme que j’aimais
Du moins, j’aurai connu la splendeur sans limite

De la couleur, de la ligne, de la senteur

J’aurai vécu ma vie ainsi que l’on récite

Un poème, avec art et tendresse et lenteur.
Mes mains gardent l’odeur des belles chevelures.

Que l’on m’enterre avec mes souvenirs, ainsi

Qu’on enterrait avec les reines leurs parures

J’emporterai là-bas ma joie et mon souci
Isis, j’ai préparé la barque funéraire

Que l’on remplit de fleurs, d’épices et de nard,

Et dont la voile flotte en des plis de suaire

Les rituels rameurs sont prêts Il se fait tard
Sous la protection auguste de tes ailes,

O Déesse ! j’irai vers les prés sans avril

Je partirai, parmi les odes fraternelles,

Sur un fleuve plus large et plus noir que le Nil.
Et que mon cœur soit lourd dans ta juste balance,

Lorsque j’arriverai près du trône fatal

Où le silence noir est plein de vigilance

Et que servent les Dieux à têtes de chacal.
Isis, fais-moi rejoindre, au fond des plaines nues,

Les poètes obscurs qui savent les affronts

Et qui passent, chantant leurs strophes inconnues

Dans le soir éternel qui pèse sur leurs fronts

Vers Lesbos

Tu viendras, les yeux pleins du soir et de l’hier

Et ce sera par un beau couchant sur la mer.
Frêle comme un berceau posé sur les flots lisses,

Notre barques sera pleine d’ambre et d’épices.
Les vents s’inclineront, soumis à mon vouloir.

Je te dirai :  » La mer nous appartient, ce soir.  »
Tes doigts ressembleront aux longs doigts des noyées.

Nous irons au hasard, les voiles déployées.
Levant tes yeux surpris, tu me demanderas :

 » Dans quel lit inconnu dormirai-je en tes bras ?  »
Des oiseaux chanteront, cachés parmi les voiles.

Nous verrons se lever les premières étoiles.
Tu me diras :  » Les flots se courbent sous ma main

Et quel est ce pays où nous vivrons demain ?  »
Mais je te répondrai :  » L’onde nocturne est blême,

Et nous sommes encor loin de l’île que j’aime.
 » Ferme tes yeux lassés par le voyage et dors

Comme en ta chambre close aux rumeurs du dehors
 » Telle, dans un verger, une femme qui chante,

Le bonheur nous attend dans cette île odorante.
 » Couvre ta face pâle avec tes cheveux roux.

L’heure est calme et la paix de la mer est sur nous.
 » Ne t’inquiète point Je suis accoutumée

Aux risques de la mer et des vents, Bien-Aimée  »
Sous la protection du croissant argentin,

Tu dormiras jusqu’à l’approche du matin.
Les plages traceront au loin la grise marge

De leurs sables Tes yeux s’ouvriront sur le large.
Tu m’interrogeras, non sans un peu d’effroi.

Des chants mystérieux parviendront jusqu’à toi
Tu me diras, avec des rougeurs ingénues :

 » Rien n’est aussi troublant que ces voix inconnues.
 » Leur souffle harmonieux évente mon front las :

Mais l’aube est sombre encore et je ne comprend pas.
 » Notre mauvais destin saura-t-il nous rejoindre

Au fond de ce matin craintif que je vois poindre ?  »
Je te dirai, fermant tes lèvres d’un baiser :

 » Le bonheur est là-bas Car il faut tout oser
 » Là-bas, nous entendrons la suprême musique

Et, vois, nous abordons à l’île chimérique « 

Viens, Déesse De Kupros

Viens, Déesse de Kupros, et verse

délicatement dans les coupes d’or le

nectar mêlé de joies.

Psappha
Mon orgueil n’a connu que le blâme et l’affront,

Et l’impossible gloire au loin rit et chatoie

Puisque le noir laurier ne ceindra point mon front,

Remplis la coupe d’or et verse-moi la joie !
Je me couronnerai de pampre, vers le soir.

Grâce au vin bienfaisant qui chante dans les moelles,

Je me verrai marcher vers l’azur et m’asseoir

Parmi les Dieux, devant le festin des étoiles.
Verse le vin de Chypre et le vin de Lesbos,

Dont la chaude langueur sourit et s’insinue,

Et, l’heure étant sacrée au roux Dionysos,

Prends le thyrse odorant et danse, ardente et nue.
Je bois l’été, le chant des cigales, les fruits,

Les fleurs et le soleil dans le creux de l’amphore ;

Car la nuit du festin est brève entre les nuits

Et le pampre divin se flétrit dès l’aurore.

Viviane

Une odeur fraîche, un bruit de musique étouffée

Sous les feuilles, et c’est Viviane la fée.
Elle imite, cachée en un fouillis de fleurs,

Le rire suraigu des oiseaux persifleurs.
Souveraine fantasque, elle s’attarde et rôde

Dans la forêt, comme en un palais d’émeraude.
L’eau qui miroite a la couleur de son regard.

Elle se voile des dentelles du brouillard.
Parfois, une langueur monte de l’herbe et plane :

Les violettes ont salué Viviane.
Sa robe a des lueurs de perles et d’argent,

Son front est variable et son cœur est changeant.
Son pouvoir féminin s’insinue à la brune :

Elle devient irrésistible au clair de lune.
Des pâtres ont cru voir, de leurs yeux ingénus,

Des serpents verts glisser le long de ses bras nus.
A minuit, la plus belle étoile la couronne ;

Parfois elle est cruelle et parfois elle est bonne.
Et Viviane est plus puissante que le sort ;

Elle porte en ses mains le sommeil et la mort.
Plus que l’espoir et plus que le songe, elle est belle.

Les plus grands enchanteurs sont des enfants près d’elle.
Près d’elle, la mémoire est un rêve aboli.

Son magique baiser est plus froid que l’oubli.
Ses cheveux sont défaits et le soleil les dore.

Chaque matin, elle est plus blonde que l’aurore.
Ondoyante, elle sait promettre et décevoir.

Vers le couchant, elle est rousse comme le soir.
A l’heure vague où le regret se dissimule,

Elle a les yeux lointains et gris du crépuscule.
Lorsque le fil ambré du croissant tremble et luit

Sur les chênes, elle est brune comme la nuit.
Des rois ont partagé son palais et sa table,

Mais nul n’a jamais vu sa face véritable.
Elle renaît, elle est plus belle chaque jour,

Et ses illusions trompent le simple amour.
Elle erre, comme un vent d’avril, sous la ramée,

Et vous reconnaissez en elle votre aimée.
Elle est celle qu’on ne rencontre qu’une fois.

Ecoutez Nulle voix n’est pareille à sa voix.
Elle approche, et ses doigts effeuillent des corolles.

Vous tremblez Vous avez oublié les paroles
Mais vous savez le bois merveilleux l’a chanté

Qu’elle vous appartient depuis l’éternité.
Elle a changé de nom, de voix et de visage ;

Malgré tout, vous l’avez reconnue au passage.
Elle réveille en vous tous les anciens désirs.

A l’ombre de ses pas brillent des souvenirs.
Vous l’avez pressentie et vous l’avez rêvée

Longuement, et surtout vous l’avez retrouvée.
Elle trame pour vous des jardins et des ciels,

Et vous vous endormez en ses bras éternels.

Voici Mon Mal

Parmi mes lys fanés je songe que c’est toi

Qui me fis le plus grand chagrin d’amour, Venise !

Tu m’as trahie autant qu’une femme et conquise

En me prenant ma force, et mon rêve et ma foi.
Je ne cherche plus rien dans Venise : l’ivresse

Des beaux palais n’est plus en moi ; le chant banal

Des gondoliers me fait haïr le Grand Canal,

Et je n’espère plus aimer la Dogaresse.
Voici mon mal : il est négligeable et profond.

Rendue indifférente à la beauté que j’aime,

J’erre, portant le deuil éternel de moi-même,

Parce que je n’ai pas de lauriers à mon front.

Vous Pour Qui J’écrivis

Vous pour qui j’écrivis, ô belles jeunes femmes !

Vous que, seules, j’aimais, relirez-vous mes vers

Par les futurs matins neigeant sur l’univers,

Et par les soirs futurs de roses et de flammes ?
Songerez-vous, parmi le désordre charmant

De vos cheveux épars, de vos robes défaites :

 » Cette femme, à travers les sanglots et les fêtes,

A porté ses regards et ses lèvres d’amant.  »
Pâles et respirant votre chair embaumée,

Dans l’évocation magique de la nuit,

Direz-vous :  » Cette femme eut l’ardeur qui me fuit

Que n’est-elle vivante ! Elle m’aurait aimée « 

Sur La Place Publique

Les nuages flottants déroulaient leur écharpe

Dans le ciel pur, de la couleur des fleurs de lin.

J’étais fervente et jeune et j’avais une harpe.

Le monde se paraît, suave et féminin.
Dans la forêt, des gris violets d’amarante

Réjouissaient mes yeux larges ouverts. J’entendais

Rire en moi, comme au fond d’un passé, l’âme errante

Et le cœur musical des pâtres irlandais.
La sève m’emplissait d’une multiple ivresse

Et je buvais ce vin merveilleux, à longs traits.

Ainsi j’errais, portant ma harpe et sa promesse,

Et je ne savais pas quel trésor je portais.
Un matin, je suivis des hommes et des femmes

Qui marchaient vers la ville aux toits bleus. J’ai quitté

Pour les suivre les bois pleins d’ombres et de flammes

Et j’ai porté ma harpe à travers la cité.
Puis, j’ai chanté debout sur la place publique

D’où montait une odeur de poisson desséché,

Mais, dans l’enivrement de ma propre musique,

Je ne percevais point la rumeur du marché.
Car je me souvenais que les arbres très sages

M’avaient parlé, dans le silence des grands bois.

A mon entour sifflaient les âpres marchandages

Mêlés aux quolibets des compères sournois.
Dans la foule criant son aigre convoitise

Une femme me vit et me tendit la main,

Mais, emportée ailleurs par l’appel d’une brise,

Celle-là disparut au tournant du chemin.
Je chantais franchement : ainsi chantent les pâtres.

Autour de moi, le bruit de la vile cessait,

Et, comme le couchant jetait ses lueurs d’âtres,

Je vis que j’étais seule et que le jour baissait.
Je me mis à chanter sans témoins, pour la joie

De chanter, comme on fait lorsque l’amour vous fuit,

Lorsque l’espoir vous raille et que l’oubli vous broie.

La harpe se brisa sous mes mains, dans la nuit.

Mes Victoires

I
Tel un arc triomphal, plein d’ocres et d’azurs,

Les horizons du soir s’ouvrent larges et purs.
Quand passerai-je, avec mes Victoires dans l’âme,

Sous l’arc édifié pour celui qu’on acclame ?
L’arc mémorable et vaste enferme le couchant

En sa courbe pareille au rythme fier d’un chant.
Quand passerai-je, ayant sur moi comme un bruit d’ailes

Que font, dans l’air sacré, mes Victoires fidèles ?
Certes, l’heure n’est point aux poètes, et moi

Je n’ai que ma jeunesse et ma force et ma foi.
L’arc triomphal est là, clair parmi les nuits noires.

Quand passerai-je, sous l’aile de mes Victoires ?
II
Je le sais, ― aujourd’hui cela fait moins de mal,

Je ne passerai point sous un arc triomphal.
Et je n’entendrai point la voix ivre des femmes

Qui sanglotent :  » Voici l’offrande de nos âmes  »
Résignée, et songeant aux défaites passées,

J’aurai sur moi le bruit de leurs ailes lassées
Comme un arc triomphal plein d’ocres et d’azurs,

Les horizons du soir s’ouvrent larges et purs

Mon Ami Le Vent

Je t’aime et te salue, ô mon ami le vent

Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,

Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant

Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême
Rien ne saurait combler le vide de mes bras,

Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises

J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas

Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?
Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,

Vers les récifs et vers les îles désolées

Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?

Que cherchent en vain les princesses exilées ?
Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver

Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,

Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,

Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

Nous Irons Vers Les Poètes

L’ombre nous semble une ennemie en embuscade

Viens, je t’emporterai comme une enfant malade,

Comme une enfant plaintive et craintive et malade.
Entre mes bras nerveux j’étreins ton corps léger.

Tu verras que je sais guérir et protéger,

Et que mes bras sont forts pour mieux te protéger.
Les bois sacrés n’ont plus d’efficaces dictames,

Et le monde a toujours été cruel aux femmes.

Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.
Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts,

Mais nous irons plus loin. Là-bas, nous oublierons

Sous un ciel plus clément, plus doux, nous oublierons
Nous souvenant qu’il est de plus larges planètes,

Nous entrerons dans le royaume des poètes,

Ce merveilleux royaume où chantent les poètes.
La lumière s’y meut sur un rythme divin.

On n’a point de soucis et l’on est libre enfin.

On s’étonne de vivre et d’être heureux enfin.
Vois, élevés pour toi, ces palais d’émeraude

Où le parfum s’égare, où la musique rôde,

Où pleure un souvenir qui s’attarde et qui rôde.
Mon amour, qui s’élève à la hauteur du chant,

Louera tes cheveux roux plus beaux que le couchant

Ah ! ces cheveux, plus beaux que le plus beau couchant !
Les douleurs se feront exquises et lointaines,

Au milieu des jardins et du bruit des fontaines,

O mauresques jardins où dorment les fontaines.
Nous bénirons les doux poètes fraternels

En errant au milieu des jardins éternels,

Dans l’harmonie et le clair de lune éternels

Nous Nous Sommes Assises

Ma douce, nous étions comme deux exilées,

Et nous portions en nous nos âmes désolées.
L’air de l’aurore était plus lancinant qu’un mal

Nul ne savait parler le langage natal
Alors que nous errions parmi les étrangères,

Les odeurs du matin ne semblaient plus légères.
Lorsque tu te levas sur moi, tel un espoir,

Ta robe triste était de la couleur du soir.
Voyant tomber la nuit, nous nous sommes assises,

Pour sentir la fraîcheur amical des bises.
Puisque nous n’étions plus seules dans l’univers,

Nous goûtions avec plus de langueur les beaux vers.
Chère, nous hésitions, sans oser croire encore,

Et je te dis :  » Le soir est plus beau que l’aurore.  »
Tu me donnas ton front, tu me donnas tes mains,

Et je ne craignis plus les mauvais lendemains.
Les couleurs éteignaient leurs splendide insolence ;

Nulle voix ne venait troubler notre silence
J’oubliai les maisons et leur mauvais accueil

Le couchant empourprait mes vêtements de deuil.
Et je te dis, fermant tes paupières mi-closes :

 » Les violettes sont plus belles que les roses.  »
Les ténèbres gagnaient l’horizon, flot à flot

Ce fut autour de nous l’harmonieux sanglot
Une langueur noyait la cité forte et rude,

Nous savourions ainsi l’heure en sa plénitude.
La mort lente effaçait la lumière et le bruit

Je connus le visage auguste de la nuit.
Et tu laissas glisser à tes pieds nus tes voiles

Ton corps m’apparut, plus noble sous les étoiles.
C’était l’apaisement, le repos, le retour

Et je te dis :  » Voici le comble de l’amour  »
Jadis, portant en nous nos âmes désolées,

Ma Douce, nous étions comme deux exilées

Nuit Mauresque

La nuit est façonnée avec un art subtil

Ainsi qu’un merveilleux palais de Boabdil.
La fontaine redit ses rythmes monotones

Et les ifs argentés sont de blanches colonnes.
Dans le jardin, roi morne et conquérant lassé.

Se recueille et s’attarde et veille le passé.
Le ciel, où la lumière est éclatante et noire,

Est un plafond de cèdre et de nacre et d’ivoire.
Par cette nuit d’amour, mon désir est moins près

Des jets d’eau radieux et purs que des cyprès.
Pourtant j’aime l’élan des rossignols, et j’aime

Ces fontaines qui sont plus belles qu’un poème.
Viens dans ces murs, où ton caprice me céda,

Ma maîtresse de tous les temps, Zoraïda !
Faisons revivre, au fond de ces tièdes allées,

Les languides ghuzlas et les femmes voilées.
Et rêvons un amour insensé, frémissant

De victoire fatale et de fièvre et de sang.
Ma maîtresse ! tandis que l’instant se prolonge,

Errons, les doigts unis, dans l’Alhambra du songe.

Où Donc Irai-je ?

Nul flot ne bouge, nul rameau ne se balance

Le gris se fait plus gris, le noir se fait plus noir,

Et le chant des oiseaux ne vaut pas le silence

Où donc irai-je, avec mon cœur, par ce beau soir ?
Dans le ciel du couchant triomphal, les nuages

Roulent, lourds et dorés comme des chariots

Je suis lasse des jours, des voix et des visages

Et des pleurs refoulés et des muets sanglots
Toi qui ressembles aux royales amoureuses,

Revis auprès de moi les bonheurs effacés

A l’avenir chargé de ses roses fiévreuses

Je préfère la pourpre et l’or des temps passés
Soyons lentes, parmi les choses trop hâtives

Il ne faut rien chercher Il ne faut rien vouloir

Allons en pleine mer, sans aborder aux rives

Me suivras-tu, vers l’infini, par ce beau soir ?

Par Les Soirs Futurs

Non ! par les soirs futurs de roses et de flammes,

Mystérieux ainsi que les temples hindous,

Nul ne saura mon nom et nulle d’entre vous

Ne redira mes vers, ô belles jeunes femmes !
Nulle de vous n’aura le caprice charmant

De regretter l’amour d’une impossible amie,

Et d’appeler tout bas, désireuse et blêmie,

L’impérieux baiser de mes lèvres d’amant.
Vous chercherez l’amour, fraîches et parfumées,

Tournant vers l’avenir vos pas irrésolus,

Et nulle d’entre vous ne se souviendra plus

De moi, qui vous aurais si gravement aimées