Placet

Reine, acquiescez-vous qu’une boucle déferle

Des lames des cheveux aux lames du ciseau,

Pour que j’y puisse humer un peu de chant d’oiseau,

Un peu de soir d’amour né de vos yeux de perle ?
Au bosquet de mon cœur, en des trilles de merle,

Votre âme a fait chanter sa flûte de roseau.

Reine, acquiescez-vous qu’une boucle déferle

Des lames des cheveux aux lames du ciseau ?
Fleur soyeuse aux parfums de rose, lis ou berle,

Je vous la remettrai, secrète comme un sceau,

Fût-ce en Eden, au jour que nous prendrons vaisseau

Sur la mer idéale où l’ouragan se ferle.
Reine, acquiescez-vous qu’une boucle déferle ?

Rêve D’artiste

Parfois j’ai le désir d’une sœur bonne et tendre,

D’une sœur angélique au sourire discret :

Sœur qui m’enseignera doucement le secret

De prier comme il faut, d’espérer et d’attendre.
J’ai ce désir très pur d’une sœur éternelle,

D’une sœur d’amitié dans le règne de l’Art,

Qui me saura veillant à ma lampe très tard

Et qui me couvrira des cieux de sa prunelle ;
Qui me prendra les mains quelquefois dans les siennes

Et me chuchotera d’immaculés conseils,

Avec le charme ailé des voix musiciennes.
Et pour qui je ferai, si j’aborde à la gloire,

Fleurir tout un jardin de lys et de soleils

Dans l’azur d’un poème offert à sa mémoire.

Thème Sentimental

Je t’ai vue un soir me sourire

Dans la planète des Bergers ;

Tu descendais à pas légers

Du seuil d’un château de porphyre.
Et ton œil de diamant rare

Eblouissait le règne astral.

Femme, depuis, par mont ou val,

Femme, beau marbre de Carrare.
Ta voix me hante en sons chargés

De mystère et fait mon martyre,

Car toujours je te vois sourire

Dans la planète des Bergers.

Le Mai D’amour

Voici que verdit le printemps

Où l’heure au cœur sonne vingt ans,
Larivarite et la la ri.
Voici que j’ai touché l’époque

Où l’on est las d’habits en loque,

Au gentil sieur il faudra ça
Ça
La la ri
Jeunes filles de bel humour,

Donnez-nous le mai de l’amour,
Larivarite et la la ri.
Soyez blonde ou brune ou châtaine,

Ayez les yeux couleur lointaine
Larivarite et la la ri.
Des astres bleus, des perles roses,

Mais surtout, pas de voix moroses,
Belles de liesse, il faudra ça
Ça
La la ri
Il faudra battre un cœur de joie

Tout plein de gaîté qui rougeoie,
Larivarite et la la ri.
Moi, j’ai rêvé de celle-là

Au cœur triste dans le gala,
Larivarite et la la ri.
Comme l’oiseau d’automne au bois

Ou le rythme du vieux hautbois,

Un cœur triste, il me faudra ça
Ça
La la ri
Triste comme une main d’adieu

Et pur comme les yeux de Dieu,
Larivarite et la la ri.
Voici que vient l’amour de mai,

Vivez-le vite, le cœur gai,
Larivarite et la la ri.
Ils tombent tôt les jours méchants,

Vous cesserez aussi vos chants ;

Dans le cercueil il faudra ça
Ça
La la ri
Belles de vingt ans au cœur d’or,

L’amour, sachez-le, tôt s’endort,
Larivarite et la la ri.

Le Missel De La Morte

Ce missel d’ivoire

Que tu m’as donné,

C’est au lys fané

Qu’est sa page noire.
O legs émané

De pure mémoire

Quand tu m’as donné

Ce missel d’ivoire !
Tout l’antan de gloire

En lui, suranné,

Survit interné.

Quel lacrymatoire,
Ce missel d’ivoire !

Le Robin Des Bois

Pendant que nous lisions Werther au fond des bois,

Hier s’en vînt chanter un robin dans les branches;

Et j’en saisi vos mains, j’ai saisi vos mains blanches,

Et je vous ai parlé d’amour comme autrefois.
Mais vous êtes restée insensible à ma voix,

Muette au jeune aveu des affections franches;

Quand soudain, vous levant, courant dans les pervenches,

Émue, et m’appelant, vous m’avez crié:  » Vois !  »
Voici qu’était tombé du frissonnant feuillage

L’oiseau sentimental, frappé dans son jeune âge,

Et qui mourrait, sitôt, pauvre ami du printemps.
Et vous, vous le pleuriez, regrettant sa romance,

Pendant que je songeais, fixant l’azur immense:

Le Robin et l’Amour sont morts en même temps !

Châteaux En Espagne

Je rêve de marcher comme en conquistador,

Haussant mon labarum triomphal de victoire,

Plein de fierté farouche et de valeur notoire,

Vers des assauts de ville aux tours de bronze et d’or.
Comme un royal oiseau, vautour, aigle ou condor,

Je rêve de planer au divin territoire,

De brûler au soleil mes deux ailes de gloire

À vouloir dérober le céleste Trésor.
Je ne suis hospodar, ni grand oiseau de proie;

À peine si je puis dans mon cœur qui guerroie

Soutenir le combat des vieux Anges impurs ;
Et mes rêves altiers fondent comme des cierges

Devant cette Ilion éternelle aux cent murs,

La ville de l’Amour imprenable des Vierges !

La Belle Morte

Ah ! la belle morte, elle repose

En Eden blanc son ange la pose.
Elle sommeille emmi les pervenches,

Comme en une chapelle aux dimanches.
Les cheveux sont couleur de la cendre,

Son cercueil, on vient de le descendre.
Et ses beaux yeux verts que la mort fausse

Feront un clair de lune en sa fosse.

Beauté Cruelle

Certes, il ne faut avoir qu’un amour en ce monde,

Un amour, rien qu’un seul, tout fantasque soit-il ;

Et moi qui le recherche ainsi, noble et subtil,

Voilà qu’il m’est à l’âme une entaille profonde.
Elle est hautaine et belle, et moi timide et laid :

Je ne puis l’approcher qu’en des vapeurs de rêve.

Malheureux ! Plus je vais, et plus elle s’élève

Et dédaigne mon cœur pour en œil qui lui plaît.
Voyez comme, pourtant, notre sort est étrange !

Si nous eussions tous deux fait de figure échange,

Comme elle m’eût aimé d’un amour sans pareil !
Et je l’eusse suivie, en vrai fou de Tolède,

Aux pays de la brume, aux landes du soleil,

Si le Ciel m’eût fait beau, et qu’il l’eût faite laide !