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Recueil : Au jardin de l'infante

Viole

Mon coeur, tremblant des lendemains, Est comme un oiseau dans tes mains Qui s’effarouche et qui frissonne. Il est si timide qu’il faut Ne lui parler que pas trop haut Pour que sans crainte il s’abandonne. Un mot suffit à le navrer, Un regard en lui fait vibrer Une inexprimable…

Ville Morte

Vague, perdue au fond des sables monotones, La ville d’autrefois, sans tours et sans remparts, Dort le sommeil dernier des vieilles Babylones, Sous le suaire blanc de ses marbres épars. Jadis elle régnait ; sur ses murailles fortes La Victoire étendait ses deux ailes de fer. Tous les peuples d’Asie…

Vague Et Noyée

Sonnet. Vague et noyée au fond du brouillard hiémal, Mon âme est un manoir dont les vitres sont closes, Ce soir, l’ennui visqueux suinte au long des choses, Et je titube au mur obscur de l’animal. Ma pensée ivre, avec ses retours obsédants S’affole et tombe ainsi qu’une danseuse soûle…

Soirs (iii)

Le ciel comme un lac d’or pâle s’évanouit, On dirait que la plaine, au loin déserte, pense ; Et dans l’air élargi de vide et de silence S’épanche la grande âme triste de la nuit. Pendant que çà et là brillent d’humbles lumières, Les grands boeufs accouplés rentrent par les…

Soirs (ii)

Le Séraphin des soirs passe le long des fleurs La Dame-aux-Songes chante à l’orgue de l’église ; Et le ciel, où la fin du jour se subtilise, Prolonge une agonie exquise de couleurs. Le Séraphin des soirs passe le long des coeurs Les vierges au balcon boivent l’amour des brises…

Soirs (i)

Calmes aux quais déserts s’endorment les bateaux. Les besognes du jour rude sont terminées, Et le bleu Crépuscule aux mains efféminées Éteint le fleuve ardent qui roulait des métaux. Les ateliers fiévreux desserrent leurs étaux, Et, les cheveux au vent, les fillettes minées Vers les vitrines d’or courent, illuminées, Meurtrir…

Orgueil

J’ai secoué du rêve avec ma chevelure. Aux foules où j’allais, un long frisson vivant Me suivait, comme un bruit de feuilles dans le vent ; Et ma beauté jetait des feux comme une armure. Au large devant moi les coeurs fumaient d’amour ; Froide, je traversais les désirs et…

L’hermaphrodite

Vers l’archipel limpide, où se mirent les Iles, L’Hermaphrodite nu, le front ceint de jasmin, Épuise ses yeux verts en un rêve sans fin ; Et sa souplesse torse empruntée aux reptiles, Sa cambrure élastique, et ses seins érectiles Suscitent le désir de l’impossible hymen. Et c’est le monstre éclos,…

L’indifférent

Dans le parc vaporeux où l’heure s’énamoure, Les robes de satin et les sveltes manteaux Se mêlent, reflétés au ciel calme des eaux, Et c’est la fin d’un soir infini qu’on savoure. Les éventails sont clos ; dans l’air silencieux Un andante suave agonise en sourdine, Et, comme l’eau qui…

Midi

Au zénith aveuglant brûle un globe de flamme, Le ciel entier frémit criblé de flèches d’or. Immobile et ridée à peine la mer dort, La mer dort au soleil comme une belle femme. Ça et là, dans le creux des rochers, une lame Blanchit, et par degrés d’un insensible effort…

Mon Âme Est Une Infante

Mon Ame est une infante en robe de parade, Dont l’exil se reflète, éternel et royal, Aux grands miroirs déserts d’un vieil Escurial, Ainsi qu’une galère oubliée en la rade. Aux pieds de son fauteuil, allongés noblement, Deux lévriers d’Écosse aux yeux mélancoliques Chassent, quand il lui plaît, les bêtes…

Musique

Puisqu’il n’est point de mots qui puissent contenir, Ce soir, mon âme triste en vouloir de se taire, Qu’un archet pur s’élève et chante, solitaire, Pour mon rêve jaloux de ne se définir. O coupe de cristal pleine de souvenir ; Musique, c’est ton eau seule qui désaltère ; Et…

Musique Sur L’eau

Oh ! Écoute la symphonie ; Rien n’est doux comme une agonie Dans la musique indéfinie Qu’exhale un lointain vaporeux ; D’une langueur la nuit s’enivre, Et notre coeur qu’elle délivre Du monotone effort de vivre Se meurt d’un trépas langoureux. Glissons entre le ciel et l’onde, Glissons sous la…

Nuit Blanche

Cette nuit, tu prendras soin que dans chaque vase Frissonne, humide encore, une gerbe de fleurs. Nul flambeau dans la chambre où tes chères pâleurs Se noieront comme un rêve en des vapeurs de gaze. Pour respirer tous nos bonheurs avec emphase, Sur le piano triste, où trembleront des pleurs,…