Voix De Gabriel

Voix de Gabriel

Chez l’humble Marie,

Cloches de Noël,

Dans la nuit fleurie,

Siècles, célébrez

Mes sens délivrés !

Martyrs, troupe blanche,

Et les confesseurs,

Fruits d’or de la branche,

Vous, frères et sœurs,

Vierges dans la gloire,

Chantez ma victoire !

Les Saints ignorés,

Vertus qu’on méprise,

Qui nous sauverez

Par votre entremise,

Prier, que la foi

Demeure humble en moi.

Pécheurs, par le monde,

Qui vous repentez,

Dans l’ardeur profonde

D’être rachetés,

Or, je vous contemple,

Donnez-moi l’exemple.

Nature, animaux,

Eaux, plantes et pierres.

Vos simples travaux

Sont d’humbles prières,

Vous obéissez :

Pour Dieu c’est assez.

Tu N’es Pas Vaincu, Sinon Par Le Seigneur

Or, tu n’es pas vaincu, sinon par le Seigneur,

Oppose au siècle un front de courage et d’honneur

Bande ton coeur moins faible au fond que tu ne crois,

Ne cherche, en fait d’abri, que l’ombre de la croix.

Ceins, sinon l’innocence, hélas ! et la candeur,

Du moins la tempérance et du moins la pudeur,

Et dans le bon combat contre péchés et maux

S’il faut, eh bien, emprunte à certains animaux,

Béhémos et Léviathan, prudents qu’ils sont,

Les armures pour la défensive qu’ils ont,

Puisque ton cas, pour l’offensive est superflu.

Abdique les airs martiaux où tu t’es plu.

Laisse l’épée et te confie au bouclier.

Carapace-toi bien, comme d’un bon acier,

De discrétion fine et de fort quant-à-moi.

Puis, quand tu voudras r’attaquer, reprends la Foi !

Un Projet De Mon Âge Mûr

Un projet de mon âge mûr

Me tint six ans l’âme ravie,

C’était, d’après un plan bien sûr.

De réédifier ma vie.

Vie encor vivante après tout.

Insuffisamment ruinée.

Avec ses murs toujours debout

Que respecte la graminée,

Murs de vraie et franche vertu.

Fondations intactes certes.

Fronton battu, non abattu.

Sans noirs lichens ni mousses vertes,

L’orgueil qu’il faut et qu’il fallait,

Le repentir quand c’était brave,

Douceur parfois comme le lait,

Fierté souvent comme la lave.

Or, durant ces deux fois trois ans,

L’essai fut bon, grand le courage.

L’œuvre en aspects forts et plaisants

Montait, tenant tête à l’orage.

Un air de grâce et de respect

Magnifiait les calmes lignes

De l’édifice que drapait

L’éclat de la neige et des cygnes…

Furieux mais insidieux,

Voici l’essaim des mauvais anges.

Rayant le pur, le radieux

Paysage de vols étranges,

Salissant d’outrages sans nom,

Obscénités basses et fades,

De mon renaissant Parthénon

Les portiques et les façades.

Tandis que quelques-uns d’entre eux,

Minant le sol, sapant la base,

S’apprêtent, par un art affreux,

A faire de tout table rase.

Ce sont, véniels et mortels.

Tous les péchés des catéchismes

Et bien d’autres encore, tels

Qu’ils font les sophismes des schismes.

La Luxure aux tours sans merci,

L’affreuse Avarice morale,

La Paresse morale aussi,

L’envie à la dent sépulcrale,

La Colère hors des combats,

La Gourmandise, rage, ivresse,

L’Orgueil, alors qu’il ne faut pas,

Sans compter la sourde détresse

Des vices à peine entrevus.

Dans la conscience scrutée,

Hideur brouillée et tas confus.

Tourbe brouillante et ballottée.

Mais quoi! n’est-ce pas toujours vous,

Démon femelle, triple peste,

Pire flot de tout ce remous,

Pire ordure que tout le reste,

Vous toujours, vil cri de haro.

Qui me proclame et me diffame,

Gueuse inepte, lâche bourreau,

Horrible, horrible, horrible femme ?

Vous l’insultant mensonge noir,

La haine longue, l’affront rance,

Vous qui seriez le désespoir.

Si la foi n’était l’Espérance.

Et l’Espérance le pardon,

Et ce pardon une vengeance.

Mais quel voluptueux pardon,

Quelle savoureuse vengeance !

Et tous trois, espérance et foi

Et pardon, chassant la séquelle

Infernale de devant moi,

Protégeront de leur tutelle

Les nobles travaux qu’a repris

Ma bonne volonté calmée,

Pour grâce à des grâces sans prix,

Achever l’œuvre bien-aimée

Toute de marbre précieux

En ordonnance solennelle

Bien par-delà les derniers cieux,

Jusque dans la vie éternelle.

Un Scrupule Qui M’a L’air Sot

Un scrupule qui m’a l’air sot comme un péché

Argumente.

Dieu vit au sein d’un cœur caché,

Non d’un esprit épars, en milliers de pages,

En millions de mots hardis comme des pages,

A tous les vents du ciel ou plutôt de l’enfer,

Et d’un scandale tel, précisément tout fier.

Il faut, pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite,

Suivre le long sentier, gravir la pente étroite,

Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux,

Sans un geste au surplus, même agréable aux yeux,

Laisser à d’autres l’art et la littérature

Et ne vivre que juste à même la nature

Tu pratiquais jadis et naguère ces us

Content de reposer à l’ombre de Jésus

Y pansant de vin, d’huile de lin tes blessures

Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t’assures

En la gloire profane et le renom païen,

Comme si iout cela n’était pas trois fois rien,

Comme si tel beau vers, telle phrase sonore,

Chantait mieux qu’un grillon, brillait plus qu’un fulgore

Va, risque ton salut, ton salut racheté

Un temps, par une vie autre, c’est vérité,

Que celle de tes ans primes, enfance molle,

Age pubère fou, jeunesse molle et folle

Risque ton âme, objet de tes soins d’autrefois

Pour quels triomphes vains sur quels banals pavois ?

Malheureux !

Je réponds avec raison, je pense :

Je n’attends, je ne veux pas d’autre récompense

A ce mien grand effort d’écrire de mon mieux

Que l’amitié du jeune et l’estime du vieux

Lettrés qui sont au fond les seules belles âmes,

Car où prendre un public en ces foules infâmes

D’idioterie en haut et folles par en bas ?

Où, — le trouver ou pas, le mériter ou pas,

Le conserver ou pas ! — l’assentiment d’un être

Simple, naïf et bon, sans même le connaître

Que par ce seul lien comme immatériel,

C’est tout mon attentat au seul devoir réel,

Essentiel gagner le ciel par les mérites,

Et je doute, Jésus pieux, que tu t’irrites

Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien

Étalant ses péchés au pilori chrétien ;

Tu ne suscites pas l’aspic et la couleuvre

Contre un poème ou contre un poète. Ton œuvre,

Consolant les ennuis de ce morne séjour

Par un concert de foi, d’espérance et d’amour ;

Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre,

Le don aussi, sans quoi je meurs ! de faire un livre,

Une œuvre où s’attestât toute ma quantité,

Toute, bien mal, la force et l’orgueil révolta

Des sens et leur colère encore qui sont la même

Luxure au fond et bien la faiblesse suprême,

Et la mysticité, l’amour d’aller au ciel

Par le seul graduel du juste graduel,

Douceur et charité, seule toute-puissance.

Tu m’as donné ce don, et par reconnaissance

J’en use librement, qu’on me blâme, tant pis.

Quant à quêter les voix, quant à tâter les pis

De dame Renommée, à ses heures marâtre,

Fi !

Mais, pour en finir, leur foyer ou son âtre

Souffrent-ils de mon cas ? Quelle poutre en votre œil,

Quelle paille en votre œil de ce fait ? De quel deuil,

De quel scandale, vers ou proses, sont-ils cause

Dont cela vaille un peu la peine qu’on en cause ?

Ô J’ai Froid D’un Froid De Glace

Ô ! j’ai froid d’un froid de glace

Ô ! je brûle à toute place !

Mes os vont se cariant,

Des blessures vont criant ;

Mes ennemis pleins de joie

Ont fait de moi quelle proie !

Mon cœur, ma tête et mes reins

Souffrent de maux souverains.

Tout me fuit, adieu ma gloire !

Est-ce donc le Purgatoire ?

Ou si c’est l’enfer ce lieu

Ne me parlant plus de Dieu ?

— L’indignité de ton sort

Est le plaisir d’un plus Fort,

Dieu plus juste, et plus Habile

Que ce toi-même débile.

Tu souffres de tel mal profond

Que des volontés te font,

Plus bénignes que la tienne

Si mal et si peu chrétienne,

Tes humiliations

Sont des bénédictions

Et ces mornes sécheresses

Où tu te désintéresses

De purs avertissements

Descendus de cieux aimants.

Tes ennemis sont les anges,

Moins cruels et moins étranges

Que bons inconsciemment,

D’un Seigneur rude et clément

Aime tes croix et tes plaies,

Il est sain que tu les aies.

Face aux terribles courroux,

Bénis et tombe à genoux.

Fer qui coupe et voix qui tance,

C’est la bonne Pénitence.

Sous la glace et dans le feu

Tu retrouveras ton Dieu.

Mon Ami, Ma Plus Belle Amitié

Mon ami, ma plus belle amitié, ma meilleure,

— Les morts sont morts, douce leur soit l’éternité !

Laisse-moi te le dire en toute vérité,

Tu vins au temps marqué, tu parus à ton heure ;

Tu parus sur ma vie et tu vins dans mon cœur

Au jour climatérique où, noir vaisseau qui sombre,

J’allais noyer ma chair sous la débauche sombre.

Ma chair dolente, et mon esprit jadis vainqueur,

Et mon âme naguère et jadis toute blanche !

Mais tu vins, tu parus, tu vins comme un voleur,

— Tel Christ viendra — Voleur qui m’a pris mon malheur !

Tu parus sur ma mer non pas comme une planche

De salut, mais le Salut même ! Ta vertu

Première, la gaieté, c’est elle-même, franche

Comme l’or, comme un bel oiseau sur une brandie

Qui s’envole dans un brillant turlututu.

Emportant sur son aile électrique les ires

Et les affres et les tentations encor ;

Ton bon sens, — tel après du fifre c’est du cor, —

Vient paisiblement mettre fin aux délires,

N’étant point, ô que non ! le prud’homisme affreux,

Mais l’équilibre, mais la vision artiste,

Sûre et sincère et qui persiste et qui résiste

A l’argumentateur plat comme un songe creux ;

Et ta bonté, conforme à ta jeunesse, est verte,

Mais elle va mûrir délicieusement !

Elle met dans tout moi le renouveau charmant

D’une sève éveillée et d’une âme entr’ouverte.

Elle étend, sous mes pieds, un gazon souple et frais

Où ces marcheurs saignants reprennent du courage,

Caressés par des fleurs au gai parfum sauvage,

Lavés de la rosée et s’attardant exprès.

Elle met sur ma tête, aux tempêtes calmées.

Un ciel profond et clair où passe le vent pur

Et vif, éparpillant les notes dans l’azur

D’oiseaux volant et s’éveillant sous les ramées.

Elle verse à mes yeux, qui ne pleureront plus,

Un paisible sommeil dans la nuit transparente

Que de rêves légers bénissent, troupe errante

De souvenirs et d’espoirs révolus.

Avec des tours naïfs et des besoins d’enfance,

Elle veut être fière et rêve de pouvoir

Être rude un petit sans pouvoir que vouloir

Tant le bon mouvement sur l’autre prend d’avance.

J’use d’elle et parfois d’elle j’abuserais

Par égoïsme un peu bien surérogatoire,

Tort d’ailleurs pardonnable en toute humaine histoire

Mais non dans celle-ci, de crainte des regrets.

De mon côté, c’est vrai qu’à travers mes caprices,

Mes nerfs et tout le train de mon tempérament.

Je t’estime et je t’estime, ô si fidèlement,

Trouvant dans ces devoirs mes plus chères délices.

Déployant tout le peu que j’ai de paternel

Plus encor que de fraternel, malgré l’extrême

Fraternité, tu sais, qu’est notre amitié même,

Exultant sur ce presque amour presque charnel !

Presque charnel à force de sollicitude

Paternelle vraiment et maternelle aussi.

Presque un amour à cause, ô toi de l’insouci

De vivre sinon pour cette sollicitude.

Vaste, impétueux donc, et de prime-saut, mais

Non sans prudence en raison de l’expérience

Très douloureuse qui m’apprit toute nuance.

Du jour lointain, quand la première fois j’aimais :

Ce presque amour est saint ; il bénit d’innocence

Mon reste d’une vie en somme toute au mal,

Et c’est comme les eaux d’un torrent baptismal

Sur des péchés qu’en vain l’Enfer déçu recense.

Aussi, précieux toi plus cher que tous les moi

Que je fus et serai si doit durer ma vie,

Soyons tout l’un pour l’autre en dépit de l’envie,

Soyons tout l’un à l’autre en toute bonne foi.

Allons, d’un bel élan qui demeure exemplaire

Et fasse autour le monde étonné chastement,

Réjouissons les cieux d’un spectacle charmant

Et du siècle et du sort défions la colère.

Nous avons le bonheur ainsi qu’il est permis.

Toi de qui la pensée est toute dans la mienne,

Il n’est, dans la légende actuelle et l’ancienne

Rien de plus noble et de plus beau que deux amis,

Déployant à l’envi les splendeurs de leurs âmes,

Le Sacrifice et l’Indulgence jusqu’au sang,

La Charité qui porte un monde dans son flanc

Et toutes les pudeurs comme de douces flammes !

Soyons tout l’un à l’autre enfin ! et l’un pour l’autre

En dépit des jaloux, et de nos vains soupçons,

A nous, et cette foi pour de bon, renonçons

Au vil respect humain où la foule se vautre,

Afin qu’enfin ce Jésus-Christ qui nous créa

Nous fasse grâce et fasse grâce au monde immonde

D’autour de nous alors unis, — paix sans seconde ! —

Définitivement, et dicte: Alléluia.

 » Qu’ils entrent dans ma joie et goûtent mes louanges ;

Car ils ont accompli leur tâche comme dû,

Et leur cri d’espérance, il me fut entendu,

Et voilà pourquoi les anges et les archanges

S’écarteront de devant Moi pour avoir admis,

Purifiés de tous péchés inévitables

Et des traverses quelquefois épouvantables,

Ce couple infiniment bénissable d’Amis. « 

L’homme Pauvre Du Cœur Est-il Si Rare

L’homme pauvre du cœur est-il si rare, en somme !

Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme,

Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui,

Ou le seront quand l’heure opportune aura lui.

Conçus dans l’agonie épuisée et plaintive

De deux désirs que, seul, un feu brutal avive,

Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi,

Qu’une larme de quoi! Que pleure quoi! dans quoi !

Nés parmi la douleur, le sang et la sanie

Nus, de corps sans instinct et d’âme sans génie

Pour grandir et souffrir par l’âme et par le corps,

Vivant au jour le jour, bernés de vœux discors,

Pour mourir dans l’horreur fatale et la détresse,

Quoi de nous, dès qu’en nous la question se dresse ?

Quoi ? qu’un être capable au plus de moins que peu

En dehors du besoin d’aimer et de voir Dieu

Et quelque chose, au front, du fond du cœur te monte

Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,

Quelque chose, on dirait, d’encore incomplété,

Mais dont la Charité ferait l’Humilité.

Lors, à quelqu’un vraiment de nature ingénue

Sa conscience n’a qu’à dire : continue,

Si la chair n’arrivait à son tour, en disant :

Arrête, et c’est la guerre en ce juste à présent.

Mais tout n’est pas perdu malgré le coup si rude :

Car la chair avant tout est chose d’habitude,

Elle peut se plier et doit s’acclimater

C’est son droit, son devoir, la loi de la mater

Selon les strictes lois de la bonne nature.

Or la nature est simple, elle admet la culture ;

Elle procède avec douceur, calme et lenteur.

Ton corps est un lutteur, fais-le vivre en lutteur

Sobre et chaste, abhorrant l’excès de toute sorte,

Femme qui le détourne et vin qui le transporte

Et la paresse pire encore que l’excès.

Enfin pacifié, puis apaisé, — tu sais

Quels sacrements il faut pour cette tâche intense.

Et c’est l’Eucharistie après la Pénitence, —

Ce corps allégé, libre et presque glorieux,

Dûment redevenu, dûment laborieux

Va se rompre au plutôt, s’assouplir au service

De ton esprit d’amour, d’offre et de sacrifice

Subira les saisons et les privations,

Enfin sera le temple embaumé d’actions

De grâce, d’encens pur et de vertus chrétiennes,

Et tout retentissant de psaumes et d’antiennes

Qu’habite l’Esprit-Saint et que daigne Jésus

Visiter comparable aux bons rois bien reçus.

De ce moment, toi, pauvre avec pleine assurance,

Après avoir prié pour la persévérance,

Car, docte charité tout d’abord pense à soi,

Puise au gouffre infini de la Foi — plus de foi. —

Que jamais et présente à Dieu ton vœu bien tendre,

Bien ardent, bien formel et de voir et d’entendre

Les hommes t’imiter, même te dépasser

Dans la course au salut, et pour mieux les pousser

A ces fins que le ciel en extase contemple,

Dieu humble (souviens-toi !), prêcheur, prêche d’exemple !

L’incroyable, L’unique Horreur De Pardonner

L’incroyable, l’unique horreur de pardonner,

Quand l’offense et le tort ont eu cette envergure,

Est un royal effort qui peut faire figure

Pour le souci de plaire et le soin d’étonner :

L’orgueil, qu’il faut, se doit prévaloir sans scrupule

Et s’endormir pur, fort des péchés expiés,

Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds

Sur cette humanité toute honte et crapule

Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut

Au cœur qu’un rien émeut, tel sous des doigts un luth,

Faire un peu de repos dans l’entier sacrifice.

Paix à ce cœur enfin de bonne volonté

Qui ne veut battre plus que vers la Charité,

Et que votre plaisir, ô Jésus, s’assouvisse.

L’indulgence Qui N’est Pas De L’indifférence

L’indulgence qui n’est pas de l’indifférence

Et qui n’est pas non plus de la faiblesse, ni

De la paresse, pour un devoir défini,

Monitoire au plaisir, bénin à la souffrance.

Non plus le scepticisme et ni préjugé rance

Mais grand’délicatesse et bel accord béni

Et ni la chair honnie et ni l’ennui banni

Toute mansuétude et comme vieille France.

Nous serions une mer en deux fleuves puissants

Où le Bonheur et le Malheur têtes de flottes

Nous passeraient sans heurts, montés par le Bon sens,

Ubiquiste équipage, ubiquiste pilote,

Ubiquiste amiral sous ton sûr pavillon.

Amitié, non plus sous le vôtre, Amour brouillon.

Maintenant, Un Gouffre Du Bonheur

Maintenant, au gouffre du Bonheur !

Mais avant le glorieux naufrage

Il faut faire à cette mer en rage

Quelque sacrifice et quelque honneur.

Jettes-y, dans cette mer terrible,

Ouragan de calme, flot de paix,

Tes songes creux, tes rêves épais,

Et tous les défauts comme d’un crible.

(Car de gros vices tu n’en as plus.

Quant aux défauts, foule vénielle

Contaminante, ivraie et nielle,

Tu les as tous on ne peut pas plus.)

Jettes-y tes petites colères,

— Garde-les grandes pour les cas vrais, —

Les scrupules excessifs après,

— Les extrêmes, que tu les tolères !

Jette la moindre velléité

De concupiscence, quelle qu’elle

Soit, femmes ou vin ou gloire, ah ! quelle

Qu’elle soit, qu’importe en vérité !

Jette-moi tout ce luxe inutile

Sans soupir, au contraire, en chantant,

Jette sans peur, au contraire étant

Lors détesté d’un luxe inutile

Jette à l’eau ! Que légers nous dansions

En route pour l’entonnoir tragique

Que nul atlas ne cite ou n’indique,

Sur la mer des Résignations.

Le Sort Fantasque Qui Me Gâte À Sa Manière

Le  » sort  » fantasque qui me gâte à sa manière —

M’a logé cette fois, peut-être la dernière

Et la dernière c’est la bonne — à l’hôpital !

De mon rêve à ceci le réveil est brutal

Mais explicable par le fait d’une voleuse

(Dont l’histoire posthume est, dit-on, graveleuse)

Du fait d’un rhumatisme aussi, moindre détail ;

Puis d’un gîte où l’on est qu’importe le portail ?

J’y suis, j’y vis.  » Non, j’y végète « , on rectifie ;

On se trompe. J’y vis dans le strict de la vie,

Le pain qu’il faut, pas trop de vin, et mieux couché !

Évidemment j’expie un très ancien péché

(Très ancien ?) dont mon sang a des fois la secousse,

Et la pénitence est relativement douce

Dans le martyrologe et sur l’armorial

Des poètes, peut-être un peu proverbial.

C’est un lieu comme un autre, on en prend l’habitude:

A prison bonne enfant longanime Latude.

Sans compter qu’au rimeur, pour en parler, alors !

Pauvre et fier, il ne reste qu’à mourir dehors

Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices.

Et mourir pour mourir. Muse qui me respices,

Autant le faire ici qu’ailleurs, et même mieux,

Sinon qu’ici l’on est tout  » laïque « , les vieux

Abus sont réformés et le  » citoyen  » libre !

Et fort ! doit, ou l’État perdrait son équilibre,

Avec ça qu’il n’est pas à cheval sur un pall !

Mourir dans les bras du Conseil Municipal,

Mal rassurante et pas assez édifiante

Conclusion pour tel, qu’un vœu mystique hante

Moi par exemple, j’en forme l’aveu sans fard,

Me dût-on traiter d’âne ou d’impudent cafard,

La conversation, dans ce modeste asile,

Ne m’est pas autrement pénible et difficile !

Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots,

Du moins ont conservé, malgré tous les assauts

Que  » l’Instruction  » livre à leur tête obsédée ;

Quelque saveur encor de parole et d’idée ;

La Révolution, qu’il faut toujours citer

Et condamner, n’a pu complètement gâter

Leur trivialité non sans grâce et sincère.

Même je les préfère aux mufles de ma sphère

Certes ! et je subis leur choc sans trop d’émoi.

Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi

Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires

(A comme moi) des espèces de solitaires,

Espèce de couvent moins cet espoir chrétien !

Le monde est tel qu’ici je n’ai besoin de rien

Et que j’y resterais, ma foi, toute ma vie,

Sans grands jaloux, j’espère, et pour sûr, sans envie !

Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut,

Je n’avais quelque chose à faire, que Dieu veut.

L’ennui De Vivre Avec Le Monde

L’ennui de vivre avec les gens et dans les choses

Font souvent ma parole et mon regard moroses.

Mais d’avoir conscience et souci dans tel cas

Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.

Alors mon discours chante et mes yeux de sourire

Où la divine certitude s’en vient luire.

Et la divine patience met son sel

Dans mon long bon conseil d’usage universel.

Car non pas tout à fait par effet de l’âge

A mes heures je suis une façon de sage,

Presque un sage sans trop d’emphase ou d’embarras.

Répandant quelque bien et faisant des ingrats.

Or néanmoins la vie et son morne problème

Rendent parfois ma voix maussade et mon front blême.

De ces tentations je me sauve à nouveau

En des moralités juste à mon seul niveau ;

Et c’est d’un examen méthodique et sévère,

Dieu qui sondez les reins ! que je me considère.

Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,

Tel un juge interroge à fond des prisonniers.

Je poursuis à ce point l’humeur de mon scrupule,

Que de gens ont parlé qui m’ont dit ridicule.

N’importe ! en ces moments est-ce d’humilité ?

Je me semble béni de quelque charité,

De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme.

De quelque encore charité. — Folie en somme !

Nous ne sommes rien. Dieu c’est tout. Dieu nous créa,

Dieu nous sauve. Voilà ! Voici mon aléa :

Prier obstinément. Plonger dans la prière,

C’est se tremper aux flots d’une bonne rivière

C’est faire de son être un parfait instrument

Pour combattre le mal et courber l’élément.

Prier intensément. Rester dans la prière

C’est s’armer pour l’élan et s’assurer derrière.

C’est de paraître doux et ferme pour autrui

Conformément à ce qu’on se rend envers lui.

La prière nous sauve après nous faire vivre,

Elle est le gage sûr et le mot qui délivre

Elle est l’ange et la dame, elle est la grande sœur

Pleine d’amour sévère et de forte douceur.

La prière a des pieds légers comme des ailes ;

Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles ;

La prière est sagace ; elle pense, elle voit,

Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.

Elle ne peut nier, étant par excellence

La crainte salutaire et l’effort en silence.

Elle est universelle et sanglante ou sourit,

Vole avec le génie et court avec l’esprit.

Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine

Sa langue est indifféremment grecque ou latine,

Ou vulgaire, ou patoise, argotique s’il faut !

Car souvent plus elle est bas, mieux elle vaut.

Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,

Seigneur, donnez-moi de m’élever de terre

En l’humble vœu que seul peut former un enfant

Vers votre volonté d’après comme d’avant.

Telle action quelconque en tel temps de ma vie

Et que cette action quelconque soit suivie

D’un abandon complet en vous que formulât

Le plus simple et le plus ponctuel postulat,

Juste pour la nécessité quotidienne

En attendant, toujours sans fin, ma mort chrétienne.

Les Plus Belles Voix

Les plus belles voix

De la Confrérie

Célèbrent le mois

Heureux de Marie.

Ô les douces voix !

Monsieur le curé

L’a dit à la Messe :

C’est le mois sacré.

Écoutons sans cesse

Monsieur le Curé.

Faut nous distinguer,

Faut, mesdemoiselles,

Bien dire et fuguer

Les hymnes nouvelles.

Faut nous distinguer,

Bien dire et filer

Les motets antiques,

Bien dire et couler

Les anciens cantiques,

Filer et couler.

Dieu nous bénira,

Nous et nos familles.

Marie ouïra

Les vœux de ses filles,

Dieu nous bénira.

Elle est la bonté,

C’est comme la Mère

Dans la Trinité,

La Fille et la Mère.

Elle est la bonté,

La compassion,

Sans fin et sans trêve,

L’intercession

Qu’appuie et soulève

La compassion.

Avant le salut,

Chantons ses louanges ;

Pendant le salut,

Chantons ses louanges

Après le salut

Chantons ses louanges.

La Cathédrale Est Majestueuse

La cathédrale est majestueuse

Que j’imagine en pleine campagne

Sur quelque affluent de quelque Meuse

Non loin de l’Océan qu’il regagne,
L’Océan pas vu que je devine

Par l’air chargé de sels et d’arômes.

La croix est d’or dans la nuit divine

D’entre l’envol des tours et des dômes.
Des angélus font aux campaniles

Une couronne d’argent qui chante.

De blancs hiboux, aux longs cris graciles,

Tournent sans fin de sorte charmante.
Des processions jeunes et claires

Vont et viennent de porches sans nombre,

Soie et perles de vivants rosaires,

Rogations pour de chers fruits d’ombre.
Ce n’est pas un rêve ni la vie,

C’est ma belle et ma chaste pensée,

Si vous voulez, ma philosophie,

Ma mort bien mienne ainsi déguisée.

La Neige À Travers La Brume

La neige à travers la brume

Tombe et tapisse sans bruit

Le chemin creux qui conduit

À l’église où l’on allume

Pour la messe de minuit.
Londres sombre flambe et fume :

Ô la chère qui s’y cuit

Et la boisson qui s’ensuit !

C’est Christmas et sa coutume

De minuit jusqu’à minuit.
Sur la plume et le bitume,

Paris bruit et jouit.

Ripaille et Plaisant Déduit

Sur le bitume et la plume

S’exaspèrent dès minuit.
Le malade en l’amertume

De l’hospice où le poursuit

Un espoir toujours détruit

S’épouvante et se consume

Dans le noir d’un long minuit
La cloche au son clair d’enclume

Dans la tour fine qui luit,

Loin du péché qui nous nuit,

Nous appelle en grand costume

A la messe de minuit.