Vers En Assonances

Les variations normales

De l’esprit autant que du cœur,

En somme, témoignent peu mal

En dépit de tel qui s’épeure,

Parlent par contre, contre tel

Qui s’effraierait au nom du monde

Et déposent pour tel ou telle

Qui virent ou dansent en rond…

Que vient faire l’hypocrisie

Avec tout son dépit amer

Pour nuire au cœur vraiment choisi,

À l’Âme exquisément sincère

Qui se donne et puis se reprend

En toute bonne foi divine,

Que d’elle, se vendre et se rendre

Plus odieuse avec son spleen.

Que la faute qu’elle dénonce,

Et qu’au fait, glorifier,

Plutôt, en outre, hic et nunc,

L’esprit altier et l’âme fière !

Vers Sans Rimes

Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume

Sont le silence d’or dont on parla d’argent.

Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,

Et travaillons tranquillement au nez des gens !
Quant à souffrir, quant à mourir, c’est nos affaires

Ou plutôt celles des toc-tocs et des tic-tacs

De la pendule en garni dont la voix sévère

Voudrait persévérer à nous donner le trac
De mourir le premier ou le dernier. Qu’importe,

Si l’on doit, ô mon Dieu, se revoir à jamais ?

Qu’importe la pendule et notre vie, ô Mort ?

Ce n’est plus nous que l’ennui de tant vivre effraye !

Tu Vis En Toutes Les Femmes

Car tu vis en toutes les femmes

Et toutes les femmes c’est toi.

Et tout l’amour qui soit, c’est moi

Brûlant pour toi de mille flammes.

Ton sourire tendre ou moqueur,

Tes yeux, mon Styx ou mon Lignon,

Ton sein opulent ou mignon

Sont les seuls vainqueurs de mon cœur.

Et je mords à ta chevelure

Longue ou frisée, en haut, en bas,

Noire ou rouge et sur l’encolure

Et là ou là — et quels repas !

Et je bois à tes lèvres fines

Ou grosses, — à la Lèvre, toute !

Et quelles ivresses en route,

Diaboliques et divines !

Car toute la femme est en toi

Et ce moi que tu multiplies

T’aime en toute Elle et tu rallies

En toi seule tout l’amour : Moi !

Notre-dame De Santa Fé De Bogota

Notre-Dame de Santa Fé de Bogota,

Qui vous apprêtez à faire le tour de ce monde,

Or, mon émotion serait trop profonde

Dans le chagrin réel dont mon cœur éclata,

À la nouvelle de ce départ déplorable,

Si je n’avais l’orgueil de vous avoir à ta-

Ble d’hôte vue ainsi que tel ou tel rasta.

Et de vous devoir ce sonnet point admirable

Hélas ! assez, mais que voici de tout mon cœur

Tel que je l’ai conçu dans un rêve vainqueur,

Dont, hélas ! je reviens avec le bruit qui grise.

D’un tambourin, bruyant sans doute mais gentil

D’être, grâce à votre talent de femme exquise-

Ment amusant, décoré d’un doigt subtil.

Money

Ah oui, la question d’argent !

Celle de te voir pleine d’aise

Dans une robe qui te plaise,

Sans trop de ruse ou d’entregent :

Celle d’adorer ton caprice

Et d’aider s’il pleut des louis,

Aux jeux où tu t’épanouis,

Toute de vice et de malice.

D’être là, dans ce Waterloo,

La vie à Paris, de réserve,

Vieille garde que rien n’énerve

Et qui fait bien dans le tableau ;

De me priver de toute joie

En faveur de toi, dusses-tu

Tromper encore ce moi têtu

Qui m’obstine à rester ta proie !

Me l’ont-ils assez reprochée !

Ceux qui ne te comprennent pas,

Grande maîtresse que d’en bas

J’adore, sur mon cœur penchée,

Amis de Job aux conseils vils,

Ne s’étant jamais senti battre

Un cœur amoureux comme quatre

À travers misère et périls !

Ils n’auront jamais la fortune

Ni l’honneur de mourir d’amour

Et de verser tout leur sang pour

L’amour seul de toi, blonde ou brune !

Logique

Quand même tu dirais

Que tu me trahirais

Si c’était ton caprice,

Qu’est-ce que me ferait

Ce terrible secret

Si c’était mon caprice ?

De quand même t’aimer,

— Dusses-tu le blâmer,

Ou plaindre mon caprice,

D’être si bien à toi

Qu’il ne m’est dieu ni roi

Ni rien que ton caprice ?

Quand tu me trahirais,

Eh bien donc, j’en mourrais

Adorant ton caprice ;

Alors que me ferait

Un malheur qui serait

Conforme à mon caprice ?

Minuit

Et je t’attends en ce café,

Comme je le fis en tant d’autres.

Comme je le ferais, en outre.

Pour tout le bien que tu me fais.

Tu sais, parbleu ! que cela m’est

Égal aussi bien que possible :

Car mon cœur il n’est telles cibles…

Témoin les belles que j’aimais…

Et ce ne m’est plus un lapin

Que tu me poses, salle rosse,

C’est un civet que tu opposes

Vers midi à mes goûts sans freins.

Mon Cœur Jamais Fatigué

Car mon cœur, jamais fatigué

D’être ou du moins de le paraître,

Quoi qu’il en soit, s’efforce d’être

Ou de paraître fol et gai.

Mais, mieux que de chercher fortune

Il tend, ce cœur, dur comme l’arc

De l’Amour en plâtre du parc,

À se détendre en l’autre et l’une

Et les autres : des cibles qu’on

Perçoit aux ventres des nuages

Noirs et rosâtres et volages

Comme tels désirs en flocon.

Les Méfaits De La Lune

Sur mon front, mille fois solitaire,

Puisque je dois dormir loin de toi,

La lune déjà maligne en soi,

Ce soir jette un regard délétère.

Il dit ce regard — pût-il se taire !

Mais il ne prétend pas rester coi, —

Qu’il n’est pas sans toi de paix pour moi ;

Je le sais bien, pourquoi ce mystère,

Pourquoi ce regard, oui, lui, pourquoi ?

Qu’ont de commun la lune et la terre ?

Bah, vite reviens, assez de mystère ?

Toi, c’est le soleil, luis clair sur moi !

La Classe

Allez, enfants de nos entrailles, nos enfants

À tous qui souffririons de vous savoir trop braves

Ou pas assez, allez, vaincus ou triomphants

Et revenez ou mourez… Tels sont fiers et graves,

Nos accents, pourtant doux, si doux qu’on va pleurer,

Puisqu’on vous aime mieux que soi-même — mais vive

La France encore mieux, puisque, sans plus errer,

Il faut mourir ou revenir, proie ou convive !

Revenir ou mourir, cadavre ou revenant,

Cadavre saint, revenant pire qu’un cadavre

En raison des chers torts et revenant planant

Comme des torts sur un cœur tendre que l’on navre.

S’en revenant estropias ou bien en point

Sous le drapeau troué, parbleu ! de mille balles,

Ou, nom de Dieu ! pris et repris à coups de poing !

Ô nos enfants, ô mes enfants — car tu t’emballes,

Pauvre vieux cœur pourtant si vieux, si dégoûté

De tout, hormis de cette éternelle Pairie.

Liberté ! Égalité ! Fraternité ?

Non ! pas possible !… Enfin, enfants de la Patrie,

Allez, — et tâchez donc de sauver la Patrie.

L’amour Est Infatigable

L’amour est infatigable !

Il est ardent comme un diable,

Comme un ange il est aimable.

L’amant est impitoyable,

Il est méchant comme un diable,

Comme un ange, redoutable.

Il va rôdant comme un loup

Autour du cœur de beaucoup

Et s’élance tout à coup

Poussant un sombre hou-hou !

Soudain le voilà roucou-

Lant ramier gonflant son cou.

Puis que de métamorphoses !

Lèvres rouges, joues roses,

Moues gaies, ris moroses,

Et, pour finir, moulte chose

Blanche et noire, effet et cause ;

Le lys droit, la rose éclose…

Je Vous Ai Promis Mon Baiser

Je vous ai promis mon baiser pour ce soir,

En revanche vous m’avez promis la récompense

Certes imméritée, et voici que j’y pense !

Et depuis lors je vis en un si doux et vague espoir !

Mais que pour l’avenir serait donc noir

Si, pendant que je rêve à la bonne bombance

Espérée et promise, et voici que je panse

La blessure que me ferait de ne pas voir

De mes yeux, presque en pleurs dans cette incertitude,

Vos yeux sourire avec plus de mansuétude

Que de coutume avec l’œuvre et de plus l’auteur.

Et j’ai fait ces vers-ci, qu’il fallait que je fisse.

Ne vous faisant d’ailleurs pas d’autre sacrifice

Que de vous plaire un peu, bien qu’un peu radoteur.

La Bonne Crainte

Le diable de Papefiguière

Eut tort, d’accord, d’être effrayé

De quoi, bons Dieu !

Mais que veut-on que je requière

À son encontre, moi qui ai

Peur encore mieux ?

Eh quoi, cette grâce infinie

Délice, délire, harmonie

De cette chair,

Ô femme, ô femmes, qu’est la vôtre

Dont le mol péché qui s’y vautre

M’est si cher

Aboutissant, c’est vrai, par quelles

Ombreuses gentiment venelles

Ou richement,

Légère toison qui ondoie,

Toute de jour, toute de joie

Innocemment,

Or frisotté comme eau qui vire

Où du soleil tiède qui se mire

Et qui sent fin,

Lourds copeaux si minces ! d’ébène

Tordus, sans nombre, sous l’haleine

D’étés sans fin

Aboutissant à cet abîme

Douloureux et gai, vil, sublime,

Mais effrayant

On dirait de sauvagerie.

De structure mal équarrie.

Clos et béants.

Oh ! oui, j’ai peur, non pas de l’antre

Ni de la façon qu’on y entre

Ni de l’entour.

Mais, dès l’entrée effectuée

Dans l’âpre caverne d’amour,

Qu’habituée

Pourtant à l’horreur fraîche et chaude,

Ma tête en larmes et en feu,

Jamais en fraude,

N’y reste un jour, tant vaut le lieu !

Fog

Ce brouillard de Paris est fade,

On dirait même qu’il est clair

Au prix de cette promenade

Que l’on appelle Leicester Square

Mais le brouillard de Londres est

Savoureux comme non pas d’autres ;

Je vous le dis et fermes et

Pires les opinions nôtres !

Pourtant dans ce brouillard hagard

Ce qu’il faut retenir quand même

C’est, en dépit de tout hasard,

Que je l’adore et qu’elle m’aime.

Chanson Pour Elles

Ils me disent que tu es blonde

Et que toute blonde est perfide,

Même ils ajoutent   » comme l’onde  » .

Je me ris de leur discours vide !

Tes yeux sont les plus beaux du monde

Et de ton sein je suis avide.
Ils me disent que tu es brune,

Qu’une brune a des yeux de braise

Et qu’un coeur qui cherche fortune

S’y brûle Ô la bonne foutaise !

Ronde et fraîche comme la lune,

Vive ta gorge aux bouts de fraise !
Ils me disent de toi, châtaine :

Elle est fade, et rousse trop rose.

J’encague cette turlutaine,

Et de toi j’aime toute chose

De la chevelure, fontaine

D’ébène ou d’or (et dis, ô pose-

Les sur mon coeur), aux pieds de reine.