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Recueil : Chansons des nids et des berceaux

Vol D’oiseaux

À David Sauvageot. I. Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs, Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes, Sont tout surpris de voir tant d’espaces déserts : Des steppes, des marais, des grèves et des landes.  » C’est triste, pensent-ils… Ne croit-on pas rêver Quand, à perte…

Paix Aux Morts

Vous qui dormiez en paix dans le sein de la terre, Au vaste champ des morts, heureux d’être oubliés, On fouille vos cercueils dans leur profond mystère : Les secrets de vos cœurs vont être publiés. Aux siècles finissants grouille une race impie D’ignorants vaniteux, de plats écrivailleurs Dont le…

Pastorale

À Henri Boutet. Deux grands bœufs vendéens à robe jaune pâle, Traînant un lourd charroi d’arbres mal équarris, Que mène un fier garçon tout bronzé par le haie Et les soleils marins, sont entrés dans Paris. Ces deux bons ruminants, si loin de leurs charrues, Venus de Sainte-Hermine et La…

Paysage De Nuit

À Jules Berge. C’est un dimanche soir. — Un large clair de lune Étale son argent sur la grève et la dune. La mer baisse… On entend comme un orgue lointain Dans la rumeur du flot qui jamais ne s’éteint. Sous le rayonnement de cette nuit paisible L’œil perçoit jusqu’aux…

Propos Aériens

À madame Ernest Courbet. LE PAPILLON. Où t’endors-tu, le soir, pauvre petite abeille, Butineuse des fleurs, qui t’en vas picorant Dès la pointe du jour, quand l’aube se réveille, Jusqu’au dernier rayon du soleil expirant ? L’ABEILLE. Sans trop hâter mon vol, c’est à moins d’un quart d’heure Dans le…

Rêve D’oiseau

À Mademoiselle Bertbe Wells. Sous les fleurs d’églantier nouvellement écloses, Près d’un nid embaumé dans le parfum des roses, Quand la forêt dormait immobile et sans bruit, Le rossignol avait chanté toute la nuit. Quand les bois s’éclairaient au réveil de l’aurore, Le fortuné chanteur vocalisait encore. Sous les grands…

Sara La Chanteuse

À Gustave Droz. La petite Sara, la brune guitariste, Qui se recueille au bruit de sa robe en marchant, Possède une vois d’or dans un gosier d’artiste Et m’accepte parfois comme écuyer tranchant. Elle aime le rosbif dans les fleurs du vieux Sèvres, Les verres de Bohême au timbre musical.…

Symphonie Équestre

À Henri Chantavoine. Au printemps de la jeune et belle Antiquité, Quand le maître des Dieux laissait le jour éclore, Aux bords de l’Orient, d’où jaillit la Clarté, Les chevaux d’Apollon hennissaient à l’Aurore. Si Pindare a chanté le noble et haut renom De ceux qui triomphaient aux joutes olympiques,…

Une Page De L’enfer

À François Coppèe. I. Lorsque Dante, égaré dans un âpre chemin, Marchait, sans le savoir, aux ténébreux abîmes, Virgile, comme un frère, y vint prendre la main Du sombre évocateur qui parle en tierces rimes. Anxieux au tomber du jour, le Florentin Restait pâle et muet comme un enfant qui…

Vains Regrets

À Adolphe Brisson. Je mourrai sans avoir la petite maison Qui voit sa claire image aux bords d’une eau courante Sous l’abri de la haute et large feuillaison D’un vieux saule trempant son pied dans la Charente. Et voici que j’arrive à l’arrière-saison, Assez pauvre d’argent sans misère apparente ;…

Vieux Logis

À D.-U.-N. Maillart. Dans un cher souvenir de vos jeunes années, Ne regrettez-vous pas ces hautes cheminées Où l’âtre, réjoui par un grand feu de bois, Réchauffait, en flambant, nos maisons d’autrefois ? Ne regrettez-vous pas ces vieilles cheminées Dans l’épaisseur des murs en granit maçonnées, Qui portaient sur trois…

Vieux Moulins

À Alfred Barthe. En pays de Saintonge, où nos meilleures vignes Sont, comme au champ d’honneur, mortes en droites lignes, Sous le fléau terrible, on voit encor souvent, Dominant les hauteurs, un vieux moulin à vent. Sur le coteau pierreux et nu comme un calvaire, Ce reste d’un autre âge…

Jours Futurs

À Ernest Benjamin. LE POÈTE. En quel temps vivons- nous, mon pauvre philosophe ? LE PHILOSOPHE. Dans un siècle d’argent qui bientôt doit finir. LE POÈTE. D’une tranquille mort, sans bruit ni catastrophe ? Que vois-tu sous le ciel du prochain avenir ? LE PHILOSOPHE. Toujours la fin d’un siècle…

Nocturne

À Madame Fernand Barthe. LA CÉTOINE-EMERAUDE. Quand la lune apparaît, silencieuse amie, Dans le cœur embaumé d’une rose endormie Je me blottis sans crainte et jusqu’au lendemain. LE CRIOCÈRE. Moi, c’est dans un grand lys à corolle d’ivoire Que, le soir, je commence à perdre la mémoire En repliant mes…

Matin D’hiver

À Mademoiselle Marguerite Coutanseau. La neige tombe en paix sur Paris qui sommeille, De sa robe d’hiver à minuit s’affublant. Quand la ville surprise au grand jour se réveille, Fins clochers, dômes ronds, palais vieux, tout est blanc. Moins rudes sont les froids, et la Seine charrie : D’énormes blocs…