Nanny

Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,

Et toi, source vive, et vous, frais sentiers ;

Pleurez, ô bruyères sauvages,

Buissons de houx et d’églantiers !
Du courlis siffleur l’aube saluée

Suspend au brin d’herbe une perle en feu ;

Sur le mont rose est la nuée ;

La poule d’eau nage au lac bleu.
Pleurez, ô courlis ; pleure, blanche aurore ;

Gémissez, lac bleu, poules, coqs pourprés ;

Vous que la nue argente et dore,

O claires collines, pleurez !
Printemps, Roi fleuri de la verte année,

O jeune Dieu, pleure ! Eté mûrissant,

Coupe ta tresse couronnée ;

Et pleure, Automne rougissant !
L’angoisse d’aimer brise un coeur fidèle.

Terre et ciel, pleurez ! Oh ! que je l’aimais !

Cher pays, ne parle plus d’elle :

Nanny ne reviendra jamais !

Nell

Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon coeur à ta rose est pareil.

Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon coeur, sa plainte amoureuse.

Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon coeur charmé !

La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon coeur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !

Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Jane

Je pâlis et tombe en langueur :

Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.
Rose pourprée et tout humide,

Ce n’était pas sa lèvre en feu ;

C’étaient ses yeux d’un si beau bleu

Sous l’or de sa tresse fluide.
Je pâlis et tombe en langueur :

Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.
Toute mon âme fut ravie !

Doux étaient son rire et sa voix ;

Mais ses deux yeux bleus, je le vois,

Ont pris mes forces et ma vie !
Je pâlis et tombe en langueur :

Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.
Hélas ! la chose est bien certaine :

Si Jane repousse mon voeu,

Dans ses deux yeux d’un si beau bleu

J’aurai puisé ma mort prochaine.
Je pâlis et tombe en langueur :

Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

La Chanson Du Rouet

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Je vous aime mieux que l’or et l’argent !
Vous me donnez tout, lait, beurre et farine,
Et le gai logis, et le vêtement.
Je vous aime mieux que l’or et l’argent,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux ;
Eté comme hiver, chanvre ou laine fine,
Par vous, jusqu’au soir, charge les fuseaux
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux,
O mon cher rouet, ma blanche bobine.

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous me filerez mon suaire étroit,
Quand, près de mourir et courbant l’échine.
Je ferai mon lit éternel et froid.
Vous me filerez mon suaire étroit,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

La Fille Aux Cheveux De Lin

Sur la luzerne en fleur assise,

Qui chante dès le frais matin ?

C’est la fille aux cheveux de lin,

La belle aux lèvres de cerise.
L’amour, au clair soleil d’été,

Avec l’alouette a chanté.
Ta bouche a des couleurs divines,

Ma chère, et tente le baiser !

Sur l’herbe en fleur veux-tu causer,

Fille aux cils longs, aux boucles fines ?
L’amour, au clair soleil d’été,

Avec l’alouette a chanté.
Ne dis pas non, fille cruelle !

Ne dis pas oui ! J’entendrai mieux

Le long regard de tes grands yeux

Et ta lèvre rose, ô ma belle !
L’amour, au clair soleil d’été,

Avec l’alouette a chanté.
Adieu les daims, adieu les lièvres

Et les rouges perdrix ! Je veux

Baiser le lin de tes cheveux,

Presser la pourpre de tes lèvres !
L’amour, au clair soleil d’été,

Avec l’alouette a chanté.