L’ours

Le grand ours est dans la cage,

Il s’y régale de miel.
La grande ourse est dans le ciel,

Au pays bleu des orages.
Bisque ! Bisque ! Bisque ! rage !

Tu n’auras pour tout potage

Qu’un balai dans ton ménage,

Une gifle pour tes gages,

Ta chambre au dernier étage

Et un singe en mariage !

Le Tamanoir

— Avez-vous vu le tamanoir ?

Ciel bleu, ciel gris, ciel blanc, ciel noir.

— Avez-vous vu le tamanoir ?

Œil bleu, œil gris, œil blanc, œil noir.

— Avez-vous vu le tamanoir ?

Vin bleu, vin gris, vin blanc, vin noir.
Je n’ai pas vu le tamanoir !

Il est rentré dans son manoir

Et puis avec son éteignoir

Il a coiffé tous les bougeoirs.

Il fait tout noir.

Le Ver Luisant

Ver luisant tu luis à minuit,

Tu t’allumes sous les étoiles

Et, quand tout dort, tu t’introduis

Dans la lune et ronge sa moelle.
La lune, nid des vers luisants,

Dans le ciel continue sa route.

Elle sème sur les enfants,

Sur tous les beaux enfants dormant,

Rêve sur rêve, goutte à goutte.

Le Zèbre

Le zèbre, cheval des ténèbres,

Lève le pied, ferme les yeux

Et fait résonner ses vertèbres

En hennissant d’un air joyeux.
Au clair soleil de Barbarie,

Il sort alors de l’écurie

Et va brouter dans la prairie

Les herbes de sorcellerie.
Mais la prison sur son pelage,

A laissé l’ombre du grillage.

Les Hiboux

Ce sont les mères des hiboux

Qui désiraient chercher les poux

De leurs enfants, leurs petits choux,

En les tenant sur les genoux.
Leurs yeux d’or valent des bijoux,

Leur bec est dur comme cailloux,

Ils sont doux comme des joujoux,

Mais aux hiboux point de genoux !
Votre histoire se passait où ?

Chez les Zoulous ? les Andalous ?

Ou dans la cabane Bambou ?

À Moscou ou à Tombouctou ?

En Anjou ou dans le Poitou ?

Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout c’était chez les fous.

L’escargot

Est-ce que le temps est beau ?

Se demandait l’escargot

Car, pour moi, s’il faisait beau

C’est qu’il ferait vilain temps.

J’aime qu’il tombe de l’eau,

Voilà mon tempérament.
Combien de gens, et sans coquille,

N’aiment pas que le soleil brille.

Il est caché ? Il reviendra !

L’escargot ? On le mangera.

L’hippocampe

Gloire ! Gloire au bel hippocampe,

Cheval marin, cheval de trempe,

Qu’aucun jockey n’a chevauché,

Qu’aucun cocher n’a harnaché.
Hip ! Hip ! Hip ! Pour l’hippocampe.
Gloire ! Gloire au bel hippocampe.

Dans une poche, sur son ventre,

Il porte et il couve ses œufs.

Là, ses petits sont bien chez eux.
Hip ! Hip ! Hip ! Pour l’hippocampe.

Le Pélican

Le Capitaine Jonathan,

Étant âgé de dix-huit ans,

Capture un jour un pélican

Dans une île d’Extrême-orient.
Le pélican de Jonathan,

Au matin, pond un œuf tout blanc

Et il en sort un pélican

Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican

Pond à son tour, un œuf tout blanc

D’où sort, inévitablement

Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer pendant très longtemps

Si l’on ne fait pas d’omelette avant.

Le Crapaud

Sur les bords de la Marne

Un crapaud il y a

Qui pleure à chaudes larmes

Sous un acacia.
— Dis-moi pourquoi tu pleures

Mon joli crapaud ?

— C’est que j’ai le malheur

De n’être pas beau.
Sur les bords de la Seine

Un crapaud il y a

Qui chante à perdre haleine

Dans son charabia.
— Dis-moi pourquoi tu chantes

Mon vilain crapaud ?

— Je chante à voix plaisante,

Car je suis très beau,

Des bords de la Marne aux bords de la Seine

Avec les sirènes.

Le Dromadaire

Il fait beau voir Jean de Paris

Avec ses douze méharis.

Il fait beau voir Jean de Bordeaux

Avec ses quatorze chameaux.

Mais j’aime mieux Jean de Madère

Avec ses quatre dromadaires.
Bien loin d’ici Jean de Madère

Voyage avec Robert Macaire

Et leur ami Apollinaire

Qui, de son temps, a su bien faire

Avec les quatre dromadaires.

Le Gnou

Pan ! Pan ! Pan ! Qui frappe à ma porte ?

Pan ! Pan ! Pan ! C’est un jeune faon

Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte

Pan ! Pan ! Pan ! Je t’apporte un paon

Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte

Pan ! Pan ! Pan ! J’arrive de Laon

Pan ! Pan ! Pan ! Mon père est un gnou

Né on ne sait où,

Un gnou à queue blanche

Qui demain dimanche,

Te fera les cornes

Sur les bords de l’Orne.

Le Homard

Homard le pacha de la mer,

Homard le bleu, Homard le rouge,

Homard le nageur à l’envers,

Homard, si tu remues, tu bouges.
Homard, ermite des rochers,

Homard, mauvais garçon, bon prince,

Homard, la gloire des marchés,

Homard, Monseigneur de la Pince.

Le Kangourou

Kangourou premier, roi des kangourous,

Ayant accroché son grand sabre au clou

S’assoit dans un trône en feuilles de chou.
Sa femme arrivant, pleine de courroux,

Dans sa poche a mis ses fils et ses sous,

Ses gants, son mouchoir et ses roudoudous.
Kangourou dernier, roi des kangourous,

Avait les yeux verts et les cheveux roux.

Sa femme peignait son royal époux.
Kangourou le Roux, roi des kangourous,

Kangourou dernier, kangourou le Roux.

Le Lama

Lama, fils de lama

Et père de lama,

Cousin de l’alpaca,

Frère de la vigogne,

Frère du guanaco

A pour toute besogne

D’écouter les échos

Et fuir le loup-garou

Qui vit sous son climat :

Il habite au Pérou

Capitale Lima.

Le Léopard

Si tu vas dans les bois,

Prends garde au léopard.

Il miaule à mi-voix

Et vient de nulle part.
Au soir, quand il ronronne,

Un gai rossignol chante

Et la forêt béante

Les écoute et s’étonne,
S’étonne qu’en ses bois

Vienne le léopard

Qui ronronne à mi-voix

Et vient de nulle part.