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Recueil : Charmes

Le Cimetière Marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée Ô récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des dieux! Quel pur travail de fins éclairs consume Maint diamant d’imperceptible…

Poésie

Par la surprise saisie, Une bouche qui buvait Au sein de la Poésie En sépare son duvet: -Ô ma mère Intelligence, De qui la douceur coulait Quelle est cette négligence Qui laisse tarir son lait? À peine sur ta poitrine, Accablé de blancs liens, Me berçait l’onde marine De ton…

Palme

A Jeannue. De sa grâce redoutable Voilant à peine l’éclat, Un ange met sur ma table Le pain tendre, le lait plat; Il me fait de la paupière Le signe d’une prière Qui parle à ma vision: -Calme, calme, reste calme! Connais le poids d’une palme Portant sa profusion! Pour…

Ode Secrète

Chute superbe, fin si douce, Oubli des luttes, quel délice Que d’étendre à même la mousse Après la danse, le corps lisse! Jamais une telle lueur Que ces étincelles d’été Sur un front semé de sueur N’avait la victoire fêté! Mais touché par le Crépuscule, Ce grand corps qui fit…

L’insinuant

Ô courbes, méandre, Secrets du menteur, Est-il art plus tendre Que cette lenteur? Je sais où je vais, Je t’y veux conduire, Mon dessein mauvais N’est pas de te nuire Quoique souriante En pleine fierté, Tant de liberté Te désoriente? Ô Courbes, méandres, Secrets du menteur, Je veux faire attendre…

Les Pas

Tes pas, enfants de mon silence, Saintement, lentement placés, Vers le lit de ma vigilance Procèdent muets et glacés. Personne pure, ombre divine, Qu’ils sont doux, tes pas retenus! Dieux! tous les dons que je devine Viennent à moi sur ces pieds nus! Si, de tes lèvres avancées, Tu prépares…

Les Grenades

Dures grenades entr’ouvertes Cédant à l’excès de vos grains, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes! Si les soleils par vous subis, Ô grenades entre-bâillées Vous ont fait d’orgueil travaillées Craquer les cloisons de rubis, Et que si l’or sec de l’écorce À la demande d’une force…

Le Vin Perdu

J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux Qui voulut ta perte, ô liqueur? J’obéis peut-être au devin? Peut-être au souci de mon coeur, Songeant au sang, versant le vin? Sa transparence accoutumée Après…

Le Sylphe

Ni vu ni connu Je suis le parfum Vivant et défunt Dans le vent venu! Ni vu ni connu Hasard ou génie? À peine venu La tâche est finie! Ni lu ni compris? Aux meilleurs esprits Que d’erreurs promises! Ni vu ni connu, Le temps d’un sein nu Entre deux…

Le Rameur

A André Lebey. Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames M’arrachent à regret aux riants environs; Âme aux pesantes mains, pleines des avirons, Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames. Le coeur dur, l’oeil distrait des beautés que je bats, Laissant autour de moi mûrir…

Au Platane

A André Fontainas. Tu penches, grand Platane, et te proposes nu, Blanc comme un jeune Scythe, Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu Par la force du site. Ombre retentissante en qui le même azur Qui t’emporte, s’apaise, La noire mère astreint ce pied natal et pur À…

L’abeille

A Francis De Miomandre. Quelle, et si fine, et si mortelle, Que soit ta pointe, blonde abeille, Je n’ai, sur ma tendre corbeille, Jeté qu’un songe de dentelle. Pique du sein la gourde belle, Sur qui l’Amour meurt ou sommeille, Qu’un peu de moi-même vermeille, Vienne à la chair ronde…

La Pythie

A Pierre Louys. Hoec effata silet; pallor simul occupat ora. Virgile, AEn, IV. La Pythie, exhalant la flamme De naseaux durcis par l’encens, Haletante, ivre, hurle! l’âme Affreuse, et les flancs mugissants! Pâle, profondément mordue, Et la prunelle suspendue Au point le plus haut de l’horreur, Le regard qui manque…

La Fausse Morte

Humblement, tendrement, sur le tombeau charmant Sur l’insensible monument, Que d’ombres, d’abandons, et d’amour prodiguée, Forme ta grâce fatiguée, Je meurs, je meurs sur toi, je tombe et je m’abats, Mais à peine abattu sur le sépulcre bas, Dont la close étendue aux cendres me convie, Cette morte apparente, en…

La Dormeuse

A Lucien Fabre. Quels secrets dans mon coeur brûle ma jeune amie, Âme par le doux masque aspirant une fleur? De quels vains aliments sa naïve chaleur Fait ce rayonnement d’une femme endormie? Souffles, songes, silence, invincible accalmie, Tu triomphes, ô paix plus puissante qu’un pleur, Quand de ce plein…