Rrose Sélavy

1. Dans un temple en stuc de pomme le pasteur distillait le suc des psaumes.
2. Rrose Sélavy demande si les Fleurs du Mal ont modifié les mœurs du phalle : qu’en pense Omphale ?
3. Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de Pampelune.
4. La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page ?
5. Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.
Question aux astronomes :

6. Rrose Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans ?
7. Ô mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.
8. Au pays de Rrose Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi.
9. Suivrez-vous Rrose Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux ?
10. Rrose Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.
11. Passez-moi mon arc berbère dit le monarque barbare.
12. Les planètes tonnantes dans le ciel effrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaille cultivées par Rrose Sélavy.
13. Rrose Sélavy connaît bien le marchand du sel.
Épitaphe :

14. Ne tourmentez plus Rrose Sélavy, car mon génie est énigme. Caron ne le déchiffre pas.
15. Perdue sur la mer sans fin, Rrose Sélavy mangera-t-elle du fer après avoir mangé ses mains ?
16. Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.
17. André Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.
18. Francis Picabia l’ami des castors

Fut trop franc d’être un jour picador

À Cassis en ses habits d’or.
19. Rrose Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cette colle à mouches, rend plus dures les molles couches.
20. Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna ?
21. Au virage de la course au rivage, voici le secours de Rrose Sélavy.
22. Rrose Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.
23. Rrose Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à Lakmé bergère en Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.
24. Croyez-vous que Rrose Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues ?
25. Rrose Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain a sa môme.
26. Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints ?
27. Le temps est un aigle agile dans un temple.
28. Qu’arrivera-t-il si Rrose Sélavy, un soir de Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle ?
29. Ah ! meurs, amour !
30. Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard ?
31. Un prêtre de Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui ?
32. Voici le cratère où le Missouri prend sa source et la cour de Sara son mystère.
33. Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.
34. Dans le sommeil de Rrose Sélavy il y a un nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.
35. Si le silence est d’or, Rrose Sélavy abaisse ses cils et s’endort.
36. Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous, que Rrose Sélavy soit la reine du crime ?
37. Au temps où les caravelles accostaient La Havane, les caravanes traversaient-elles Laval ?
Question d’Orient :

38. À Sainte Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.
39. Rrose Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.
40. Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de Rrose ?
41. Benjamin Péret ne prend jamais qu’un bain par an.
42. Paul Éluard : le poète élu des draps.
Épitaphe pour Apollinaire :

43. Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.
44. Amoureux voyageurs sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre ?
Martyre de saint Sébastien :

45. Mieux que ses seins, ses bas se tiennent.
46. Rrose Sélavy a visité l’archipel où la reine Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses îlots.
47. From Everest mountain I am falling down to your feet for ever, Mrs. Everling.
48. André Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade ?
49. Rrose Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.
50. Rrose Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.
51. Rrose Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née de la religion catholique.
52. Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.
Devise de Rrose Sélavy

53. Plus que poli pour être honnête

Plus que poète pour être honni.
54. Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de Rrose Sélavy les sourdes paroles.
Épiphanie :

55. Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger les fèves.
56. Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristal.
57. Les pommes de Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des Mores.
58. Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées !
59. Rrose Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.
60. Aux agapes de Rrose Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.
61. Apprenez que la geste célèbre de Rrose Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.
62. Habitants de Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.
63. Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.
64. Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal ?
65. Rrose Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.
66. Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards !
67. Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.
68. Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.
69. De cirrhose du foie meurt la foi du désir de Rrose.
70. Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.
71. Rrose Sélavy au seuil des cieux porte le deuil des dieux.
72. Les orages ont pu passer sur Rrose Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.
73. Ce que Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme !
74. Les idées de Morise s’irisent d’un charme démodé.
75. Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.
76. Les yeux des folles sont sans fard. Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.
77. Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.
78. Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.
79. Aimez, ô gens, Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.
80. Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes ?
81. Rrose Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.
82. Rrose Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.
Dictionnaire La Rrose :

83. Latinité — Les cinq nations latines.

La Trinité — L’émanation des latrines.
84. Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.
85. Dans un lac d’eau minérale Rrose Sélavy a noyé la câline morale.
86. Rrose Sélavy glisse le cœur de Jésus dans le jeu des Crésus.
Conseil aux catholiques :

87. Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.
88. Au fond d’une mine Rrose Sélavy prépare la fin du monde.
89. La jolie sœur disait :  » Mon droit d’aînesse pour ton doigt, Ernest.  »
90. Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.
91. Dans le ton rogue de Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.
92. Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de Simone.
Question :

93. Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère ?
Réponse :

94. Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère ?
95. La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts ?
96. L’acte des sexes est l’axe des sectes.
97. Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.
98. Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.
99. Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?
100. Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.
101. La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.
102. À son trapèze Rrose Sélavy apaise la détresse des déesses.
103. Les vestales de la Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô Pétales !
104. Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?
105. Dans le pays de Rrose Sélavy les mâles font la guerre sur la mer. Les femelles ont la gale.
106. À tout miché, pesez Ricord.
107. Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts ?
108. L’argot de Rrose Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes ?
109. Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.
110. Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.
111. Je vis où tu vis, voyou dont le visage est le charme des voyages.
112. Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.
113. Connaissez-vous la jolie faune de la folie ? — Elle est jaune.
114. Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots ?
115. La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié ?
116. Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long ?
117. Qu’en pensent les cocus ?

Recette culinaire : plutôt que Madeleine l’apotrophage, femmes ! imitez la vierge cornivore.
118. Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps quand éteindrez-vous les flambeaux ?
119. Prométhée moi l’amour !
120. Ô ris cocher des flots ! Auric, hochet des flots au ricochet des flots.
121. L’espèce folles aime les fioles et les pièces fausses.
Définition de la poésie pour :

122. Louis Aragon : À la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.
123. Benjamin Péret : Le ventre de chair est un centre de vair.
124. Tristan Tzara :

Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de

{ verre }

{ vers } ? Qu’en dis-tu, ver de terre ?
125. Max Ernst : La boule rouge bouge et roule.
126. Max Morise : À figue dolente, digue affolante.
127. Georges Auric : La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées ?
128. Philippe Soupault : Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.
129. Roger Vitrac : Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant  » allô  » des poètes comme la lune.
130. Georges Limbour : Pour les Normands le Nord ment.
131. Francis Picabia : Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête, Rrose Sélavy ?
132. Marcel Duchamp : Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc. Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant ?
133. G. de Chirico : Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.
134. Quand donc appellerez-vous Prétéritions, Paul Éluard, les Répétitions ?
135. Ô laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.
136. Fleuves! portez au Mont-de-Piété les miettes de pont.
137. Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.
138. Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.
139. Dans le silence des cimes, Rrose Sélavy regarde en riant la science qui lime.
140. Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.
141. Femmes ! faux chevaux sous vos cheveux de feu.
142. Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la France.
143. De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines ?
144. La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.
145. Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde Man Ray.
146. Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la Seine.
147. À cœur payant un rien vaut cible.
148. Plus fait violeur que doux sens.
149. Jeux de mots jets mous.
150. Aimable souvent est sable mouvant.
L’auteur regrette ici de ne pouvoir citer le nom de l’initiateur à Rrose Sélavy sans se désobliger. Les esprits curieux pourront le déchiffrer au n°13.

Sirène-anémone

Qui donc pourrait me voir

Moi la flamme étrangère

L’anémone du soir

Fleurit sous mes fougères
Ô fougères mes mains

Hors l’armure brisée

Sur le bord des chemins

En ordre sont dressées
Et la nuit s’exagère

au brasier de la rouille

Tandis que les fougères

Vont aux écrins de houille
L’anémone des cieux

Fleurit sur mes parterres

Fleurit encore aux yeux

À l’ombre des paupières
Anémone des nuits

qui plonge ses racines

Dans l’eau creuse des puits,

Aux ténèbres des mines
Poseraient-ils leurs pieds

Sur le chemin sonore

où se niche l’acier

Aux ailes de phosphore
Verraient-ils les mineurs

Constellés d’anthracite

Paraître l’astre en fleur

Dans un ciel en faillite
En cet astre qui luit

S’incarne la sirène

L’anémone des nuits

fleurit sur son domaine
Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage

Les puissances Vertige au verger des éclairs

La sirène dardée à la proue d’un sillage

Vers la lune chanta la romance de fer
Sa nage déchirait l’hermine des marées

Et la comète errant rouge sur un ciel noir

Paraissait par mirage aux étoiles ancrées

L’anémone fleurie aux jardins des miroirs
Et parallèlement la double chevelure

Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux

Fougères surgissez hors de la déchirure

Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux
Nulle armure jamais ne valut votre angoisse

Fougères pourrissant parmi nos souvenirs

Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasses

Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir
Le cheval vieux cheval de retour et de rêve

Vers les champs clos emportera nos ossements

Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève

Où la sirène dort sous un soleil clément
L’anémone fleurit partout sous les carènes

Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts

Dans le train des miroirs sur les parquets d’ébène

Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt
C’est le joyau serti au vif des nébuleuses

L’orgueil des voies lactées et des constellations

La prunelle qui met au regard des plus gueuses

Le diamant de fureur et de consolation
Heureuse de nager loin des hauts promontoires

Parmi les escadrons de requins fraternels

La sirène aux seins durs connaît maintes histoires

Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels
Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines

Ni les clefs retrouvées des légendes du port

Ne la charment autant que d’ouvrir les narines

Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort
C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour

D’une des années gagnées à l’amour pour jamais

Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre

La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements

S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer

Tu naquis de ce mirage

Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos

Devait-elle ta chanson pour jamais

Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent

Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns

Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces

Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres

Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit

0ù détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules

Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière

Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie

Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs

Vestiges d’amours et de rivages où l’anémone refuse de s’effeuiller

De céder à la volonté des flots et des destins végétaux

À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage

Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge

Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées

Le sel s’y cristallise en fleurs de givre

Vidées des corps des amoureuses

Et des mains qui les enlaçaient

Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses

Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient

Les cuirasses d’acier et les corsets de satin

N’ont elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres

Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules

Je l’ai vue tomber

Tu te transfiguras

Reviendras-tu jamais des ténèbres

Nue et plus triomphante au retour de ton voyage

Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante

Ô les mille regrets n’en finiront jamais

D’occuper cette horloge dans la clairière voisine

Tes cheveux de sargasse se perdent

Dans la plaine immense des rendez-vous manqués
Sans bruit au port désert arrivent les rameurs

Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère

Incliner à minuit sur le front du dormeur

L’anémone du soir fleurie sous tes paupières
Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos

Incliner sur son front l’immense chevelure

Bérénice de l’ombre ah ! retourne à tes flots

Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures
Une steppe naîtra de l’écume atlantique

Du clair de lune et de la neige et du charbon

où nous emportera la licorne magique

Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons
Tempête de suie nuage en forme de cheval

Ah malheur ! Sacré nom de Dieu ! La nuit naufrage

La nuit ? Voici sonner les grelots ! Carnaval

Ferme l’œil ! En vérité le bel équipage
Et dans ce ciel suintant des barriques des docks

Soudain brusquement s’interrompent les rafales

Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs

L’anémone du ciel est la fleur triomphale
C’est elle qui dresse au-dessus des volcans

Jette une lueur blafarde à travers la campagne

C’est l’aile du vautour le cri du pélican

C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne
C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons

Le sang coagulé sur les draps mortuaires

C’est un voile de deuil pourri sur le gazon

C’est la robe de bal découpée dans un suaire
C’est l’anathème et l’insulte et le juron

C’est le tombeau violé les morts à la voirie

La vérole promise à trois générations

Et c’est le vitriol jeté sur les soieries
C’est le bordel du Christ le tonnerre de Brest

C’est le crachat le geste obscène vers la vierge

C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est

C’est le poignard le poison ce sont les verges
C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille

Le masochiste qui se livre au martinet

Le scatophage hideux au masque de gargouille

Et la putain furonculeuse aux yeux punais
C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe

C’est le ciel reflété par un œil de lépreux

C’est le châtré qui se dénude sous les arbres

Et l’amateur d’urine au sourire visqueux
C’est l’empire des sens anémone l’ivresse

Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri

La légitimité de toutes les caresses

Et la mort délicieuse entre des bras flétris
Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures

Je veux un ciel tout nu sur un globe désert

où des brouillards mettront une robe de bure

aux mortes adorées pourrissant hors de terre
Adieu déjà parmi les heures de porcelaine

Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre

Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes

Et les femmes effeuillant 1a marguerite du silence

Adieu dans la boue noire des gares

Dans les empreintes de mains sur les murs

Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée

Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus

J’écrase sans cesse des larves sous mes pas

Adieu dans le claquement des voiles

Adieu dans le bruit monotone des moteurs

Adieu ô papillons écrasés dans les portes

Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu
Perdus à jamais dans les ombres des corridors

Nous t’appelons du fond des échos de la terre,

Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or

Et que brisé en mille volutes de mercure

Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes

L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures

Et cire l’escalier de la sinistre descente

Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre

Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute

Dans l’écume de la mort et celle des Finistères

Balançant le corps souple des amoureuses

Dans les courants marqués d’initiales illisibles

Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle

Ange d’anthracite et de bitume

Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes

eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées

Créature sanglante et végétale des marées
Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin

Tout ce que tu brises est étoile et diamant

Ange d’anthracite et de bitume

Éclat du noir orfraie des vitrines

Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds

Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits
Haletant de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche

Les grands mannequins écorchés par l’orage

Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu
Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué

Où donc sont les baisers où donc sont les caresses

Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué

où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse
Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux

Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air un autre

Me pardonnant de croire au noir au merveilleux

D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres
Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices

D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées

D’avoir été tenté par des voix tentatrices

Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée
Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois

Les fortunes perdues et les larmes versées

L’étoile sans merci brillant au fond des bois

Et les désirs meurtris en des nuits insensées
Et ces phrases tordues comme notre amour même

Et que je murmurais lorsque minuit blafard

Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes

Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards
Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres

Le sonore minuit conduisait vers mon lit

Des visiteuses sans pitié et plus funèbre

Que la mort l’anémone évoquait la folie
Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne

Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers

Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes

Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers
Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines

Flotteront dans la paix des salles à manger

Et les cristaux de sel brilleront dans la laine

Des grands manteaux flottants que portent les bergers
Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître

Ils rejoindront la solitude sans pitié

Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres

Et les parfums mourants au fond des compotiers
Je suis marqué par mes amours et pour la vie

Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos

Qui retrouvant la liberté de la prairie

Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud
Tandis qu’au large avec de grands gestes virils

La sirène chantant vers un ciel de carbone

au milieu des récifs éventreurs de barils,

au cœur des tourbillons fait surgir l’anémone.
1929

L’ode À Coco

Coco ! Perroquet vert de concierge podagre,

Sur un ventre juché, ses fielleux monologues

Excitant aux abois la colère du dogue

Fait surgir au galop de zèbres et d’onagres.
Cauchemar, son bec noir plongera dans un crâne

Et deux grains de soleil sous l’écorce paupière

Saigneront dans la nuit sur un édredon blanc.
L’amour d’une bigote a perverti ton cœur ;

Jadis gonflant col ainsi qu’un tourtereau

Coco ! Tu modulais au ciel de l’équateur

De sonores clameurs qui charmaient les perruches.

Vint le marin sifflant la polka périmée,

Vint la bigote obscène et son bonnet à ruches,

Puis le perchoir de bois dans la cage dorée :

Les refrains tropicaux désertent ta gorge.
Rastaquouère paré de criardes couleurs

O général d’empire, ô métèque épatant

Tu simules pour moi, grotesque voyageur,

Un aigle de lutrin perché sur un sextant.
()
Coco ! Cri avorté d’un coq paralytique,

Les poules en ont ri, volatiles tribades,

Des canards ont chanté qui sont crus des cygnes

Qui donc n’a pas voulu les noyer dans la rade ?

Mouchoirs Au Nadir

Comme l’espace entre eux devenait plus opaque

Le signe des mouchoirs disparut pour jamais

Eux c’était une amante aux carillons de Pâques

Qui revenait de Rome et que l’onde animait
Eux c’était un amant qui partait vers la nuit

Érigée sur la route au seuil des capitales

Eux c’était la rivière et le miroir qui fuit

la porte du sépulcre et le cœur du crotale
Combien d’oiseaux combien d’échos combien de flammes

Se sont unis aux fond des lits de cauchemars

Combien de matelots ont-ils brisé leurs rames

En les trempant dans l’eau hantée par les calmars
Combien d’appels perdus à travers les déserts

Avant de se briser aux portes de la ville

Combien de prêtres morts pendus à leurs rosaires

Combien de trahisons dans les guerres civiles
Le signe des mouchoirs qui se perd dans les nuages

Aux ailes des oiseaux fait ressembler le lin

Les filles à minuit contemplent son image

Vol de mouette apparue dans le miroir sans tain
Les avirons ne heurtent plus les flots du port

Les cloches vendredi ne partent plus pour Rome

Tout s’est tu puisqu’un soir l’au revoir et la mort

Ont échangé le sel le vin et la pomme
Les astres sont éteints au zénith qui les porte

Ô Zénith ô Nadir ô ciel tous les chemins

conduisent à l’amour marqué sur chaque porte

Conduisent à la mort marquée dans chaque main
Ô Nadir je connais tes parcs et ton palais

Je connais ton parfum tes fleurs tes créatures

Tes sentiers de vertige où passent les mulets

Du ciel les nuages blancs du soir à l’aventure
Ô Nadir dans ton lit de torrent et cascades

Le négatif de celle aimée la seule au ciel

Se baigne et des troupeaux lumineux de dorades

Paissent l’azur sous les arceaux de l’arc-en-ciel
Ni vierge di déesse et posant ses deux pieds

Sur le croissant de lune et l’anneau des planètes

Dans le ronronnement de tes rouages d’acier

Hors du champ tumultueux fouillé par les lunettes
Vieux Nadir ô pavé au col pur des amantes

Est-ce dans ta volière au parc des étincelles

Qu’aboutissent les vols de mouchoirs et la menthe

L’herbe d’oubli dans tes gazons resplendit-elle ?
1930

Le Poème À Florence

Comme un aveugle s’en allant vers les frontières

Dans les bruits de la ville assaillie par le soir

Appuie obstinément aux vitres des portières

Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs
Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres

Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants

Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre

Comme un législateur parlant à des déments
Une flamme a jailli pour perpétuer Florence

Non pas celle qui haute au détour d’un chemin

Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance

Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains
dressées comme cinq branches d’une étoile opaque

attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui

Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques

Quand la déesse nue vers le nadir a fui
Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge

Quand fugitive et pure image de l’amour

Tu surgis tu partis et que le feu des forges

Rougeoyait les sapins les palais et les tours
J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes

Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens

Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes

Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens
Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse

au bord de ce rivage où ne brille aucun feu

Nul phare blanchissant les bateaux en détresse

Nulle lanterne de rivage au front des bœufs
Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire

Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums

Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire

dans un miroir brisé sous les pas des défunts
Afin que si le tour des autres amoureuses

Venait avant le mien de s’abîmer tu sois

Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse

la sœur des mes chagrins et la flamme à mes doigts
Car la route se brise au bord des précipices

je sens venir les temps où mourront les amis

Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui

Voici venir les jours de crêpe et d’artifice
Voici venir les jours où les œuvres sont vaines

où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits

Mais je bois goulûment les larmes de nos peines

quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris
Je bois joyeusement faisant claquer ma langue

le vin tonique et mâle et j’invite au festin

Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue

qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin
Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse !

nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles

Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.

Les verrous sont poussés au pays des merveilles.
4 novembre 1929

Le Fard Des Argonautes

Les putains de Marseille ont des sœurs océanes

Dont les baisers malsains moisiront votre chair.

Dans leur taverne basse un orchestre tzigane

Fait valser les péris au bruit lourd de la mer.
Navigateurs chantant des refrains nostalgiques,

Partis sur la galère ou sur le noir vapeur,

Espérez-vous d’un sistre ou d’un violon magique

Charmer les matelots trop enclins à la peur ?
La légende sommeille altière et surannée

Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône

Des Argonautes qui voilà bien des années

Partirent conquérir l’orientale toison.
Sur vos tombes naîtront les sournois champignons

Que louangera Néron dans une orgie claudienne

Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons

Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.
Partez ! harpe éolienne gémit la tempête
Chaque fois qu’une vague épuisée éperdue

Se pâmait sur le ventre arrondi de l’esquif

Castor baisait Pollux chastement attentif

À l’appel des alcyons amoureux dans la nue.
Ils avaient pour rameur un alcide des foires

Qui depuis quarante ans traînait son caleçon

De défaites payées en faciles victoires

Sur des nabots ventrus ou sur de blancs oisons.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une à une agonie harmonieuse et multiple

Les vagues sont venues mourir contre la proue.

Les cygnes languissants ont fui les requins bleus

La fortune est passée très vite sur sa roue.
Les cygnes languissants ont fui les requins bleus

Et les perroquets verts ont crié dans les cieux.
— Et mort le chant d’Éole et de l’onde limpide

Lors nous te chanterons sur la Lyre ô Colchide.
Un demi-siècle avant une vieille sorcière

Avait égorgé là son bouc bi-centenaire.

En restait la toison pouilleuse et déchirée

Pourrie par le vent pur et mouillée par la mer.
— Médée tu charmeras ce dragon venimeux

Et nous tiendrons le rang de ton bouc amoureux

Pour voir pâmer tes yeux dans ton masque sénile ;

Ô ! tes reins épineux ô ton sexe stérile,
Ils partirent un soir semé des lys lunaires.

Leurs estomacs outrés teintaient tels des grelots.

Ils berçaient de chansons obscènes leur colère

De rut inassouvi en paillards matelots
Les devins aux bonnets pointus semés de lunes

Clamaient aux rois en vain l’oracle ésotérique

Et la mer pour rançon des douteuses fortunes

Se paraît des joyaux des tyrans érotiques.
— Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes

Et les femmes voudront s’accoupler avec nous

Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête

Et les hommes voudront nous baiser les genoux.
Ah ! la jonque est chinoise et grecque la trirème

Mais la vague est la même a l’orient comme au nord

Et le vent colporteur des horizons extrêmes

Regarde peu la voile où s’asseoit son essor.
Ils avaient pour esquif une vieille gabarre

Dont le bois merveilleux énonçait des oracles.

Pour y entrer la mer ne trouvait pas d’obstacle

Premier monta Jason s’assit et tint la barre.
Mais Orphée sur la lyre attestait les augures;

Corneilles et corbeaux hurlant rauque leur peine

De l’ombre de leur vol rayaient les sarcophages

Endormis au lointain de l’Égypte sereine.
J’endormirai pour vous le dragon vulgivague

Pour prendre la toison du bouc licornéen.

J’ai gardé de jadis une fleur d’oranger

Et mon doigt portera l’hyménéenne bague.
Mais la seule toison traînée par un quadrige

Servait de paillasson dans les cieux impudiques

A des cyclopes nus couleur de prune et de cerise

Hors nul d’entre eux ,ne vit le symbole ironique.
— Oh ! les flots choqueront des arêtes humaines

Les tibias des titans sont des ocarinas

Dans l’orphéon joyeux des stridentes sirènes

Mais nous mangerons l’or des juteux ananas.
Car nous incarnerons nos rêves mirifiques

Qu’importe que Phœbus se plonge sous les flots

Des rythmes vont surgir ô Vénus Atlantique

De la mer pour chanter la gloire des héros.
Ils mangèrent chacun deux biscuits moisissants

Et l’un d’eux psalmodia des chansons de Calabre

Qui suscitent la nuit les blêmes revenants

Et la danse macabre aux danseurs doux et glabres.
Ils revinrent chantant des hymnes obsolètes

Les femmes entr’ouvrant l’aisselle savoureuse

Sur la toison d’or clair s’offraient à leur conquête

Les maris présentaient de tremblantes requêtes

Et les enfants baisaient leurs sandales poudreuses.
— Nous vous ferons pareils au vieil Israélite

Qui menait sa nation par les mers spleenétiques

Et les Juifs qui verront vos cornes symboliques

Citant Genèse et Décalogue et Pentateuque

Viendront vous demander le sens secret des rites.
Alors sans gouvernail sans rameurs et sans voiles

La nef Argo partit au fil des aventures

Vers la toison lointaine et chaude dont les poils

Traînaient sur l’horizon linéaire et roussi.
— Va-t-en, va-t-en, va-t-en qu’un peuple ne t’entraîne

Qui voudrait le goujat, fellateur clandestin

Au phallus de la vie collant sa bouche blême

Fût-ce de jours honteux prolonger son destin !

L’aumonyme

À André Breton
21 heures, le 26.11.1922
En attendant Breton

en nattant l’attente

Sous quelle tente ?

nos tantes

ont elles engendré

les neveux silencieux

que nul ne veut sous les cieux

appeler ses cousins

en nattant les cheveux du silence ?

six lances

percent mes pensées en attendant

Breton
* * *
À Benjamin Péret
Notre paire quiète, ô yeux !

que votre  » non  » soit sang (t’y fier ?)

que votre araignée rie,

que votre vol honteux soit fête (au fait)

Sur la terre (commotion).
Donnez-nous, aux joues réduites,

notre pain quotidien.

Part, donnez-nous, de nos œufs foncés

comme nous part donnons

à ceux qui nous ont offensés.

Nounou laissez-nous succomber à la tentation

et d’aile ivrez nous du mal.
* * *
Exhausser ma pensée

Exaucer ma voix.
* * *
Prisonnier des syllabes
* * *
* Cataracte des flots
* * *
Les moules des mers

aux moules des mères

empruntent leur forme d’œil.

Homme — houle d’aimer.
* * *
Ail de ton œil,

je t’aime à cause de cela.
* * *
Nos tâches tachent

tour à tour

les tours

d’alentours.
* * *
Vers quel verre, œil vert, diriges-tu tes regards chaussés de vair ?
* * *
Maître des pals, ô mâle !

le mal ne rend pas ta face plus pâle ;

que les opales fassent naître dans tes malles

des cours d’eau.

Mais ils seront si courts

que les chanteurs des cours,

baissant le dos, perdront le do.

Ah ! cours, maître du mal et du pal.

Il n’y a pas de mètre pour mesurer ta vie

{ }

{ ton } ta

{ l’âme sûre de la vie { }

ni de malle pour mettre {

{ et la mesure de l’envie.
* * *
Plutôt se perdre aux pins,

s’éprendre des yeux peints,

que de gagner son pain

où les fleuves vont s’épandre
* * *
Mords le mors de la mort Maure silencieux

Cils ! aux cieux

dérobez nos yeux
Non, nous n’avons pas de nom.
* * *
Plus que la nuit nue

la femme vient hanter

nos rêves pareils à Antée

antés des désirs renaissants
Nos pères ! C’est parce que vous n’aviez pas les yeux pers.
Changez vos cœurs au pair avec les dollars,

Change ton cœur, opère sans douleur.
* * *
J’aime vos cous marqués de coups,

maîtresse des fauves

(mes tresses défaut)

j’aime des dessins, non des seins,

j’aime les dents des dames.

Pis, j’aime les pieds, non les pies non les pis.
mais l’épée ?
* * *
Mais chants sont si peu méchants

Ils ne vont pas jusqu’à Longchamp

Ils meurent avant d’atteindre les champs

Où les bœufs s’en vont léchant

Des astres

Désastres.
* * *
L’an est si lent.

Abandonnons nos ancres dans l’encre,

mes amis.
* * *
De si haut les eaux tombent-elles sur nos os ?

Voici haut les oiseaux

la voie des tombes : voix os.
* * *
Un à un

les Huns

passent l’Aisne.

Nos aines confondent nos haines,

Henri Heine.

Un à un

les Huns

deviennent des nains.

Perdez-vous dans l’Ain

et non dans l’Aisne.
Hein ?
* * *
Tant d’or.
Passez les patries à l’épreuve du tan

et du temps

et encore des taons.
* * *
L’art est le dieu lare
des mangeurs de lard

et des phares dévoilent le fard

des courtisanes du Far-West qui s’effarent.
* * *
Dormir.

Les sommes noctures révèlent

la somme des mystères des hommes.
Je vous somme, sommeils, de
m’étonner

et de tonner.
* * *

* * *