L’escalier De L’ara Coeli

On a bâti là, plus réel

Que l’échelle du patriarche,

Un escalier dont chaque marche

Est vraiment un pas vers le ciel.
Dans la nature tout entière

L’architecte prit à son gré

Pour cet édifice sacré

La plus glorieuse matière :
Il prit des marbres sans rivaux,

Fragments de ces pierres illustres

Que la pioche aveugle des rustres

Brisait pour faire de la chaux,
Et qui toutes étincelèrent

Au front des temples abattus,

Ou que les Gracques et Brutus

Au Forum de leur pied foulèrent !
I1 les prit et les entassa,

Rejeton hardi de la race

Qui, regardant les dieux en face,

Roulait Pélion sur Ossa.
Et malgré les hordes très sales

De mendiants et de fiévreux

Se cherchant leur vermine entre eux

Sur ces assises colossales,
Bien qu’il s’y traîne des dévots

Dont une poupée est l’idole,

On y voit, comme au Capitole,

Monter les ombres des héros !