Seul Et Désespéré

Seul et désespéré

J’habite la conscience de l’invisible débat

Et la pluie qui tombe après le froid glacial

N’a pas changé l’apparence de l’asphalte mon seul

refuge

J’ai descellé la pierre à battement

Pour le triple battement de l’enfer

Et mon voyage à travers la déraison

S’incline à durer comme celui de l’esprit des morts

Tout Entière Au Néant

Tout entière au néant

Epouvantée misérable et folle

Je ne suis pas un homme à bout de stupeur

Je ne suis pas un homme qui revient ni qui part

Je suis un homme épouvanté

Et dont la stupeur comme des flammes
Personne ne saura me dire pourquoi ce choc

Se répercute comme des flammes

Et s’empare de mon être informe déjà

Tu Es Comme Un Nuage

Tu es comme un nuage

Et tu es retenue dans un paysage aveuglant

Terni et menacé par un trop long miracle

Un incendie de gerbes coupées sur leurs arêtes

Tu es née de l’apparence comme cet or à profusion sur les blés

Cet or qui se reflète lourd et léger

Sur tes épaules découpées en biseau

Comme tes lèvres ulcérées et tes mains minuscules

Tes lèvres dont le tremblement n’ajoutera rien au morfil

De leur plainte excessive

Sinon le premier symptôme d’une violence

Un Printemps Magique Naîtra

Un printemps magique naîtra

De l’horreur brisée

L’horreur c’était la glace sur le fer

La neige immaculée et le sang coagulé sur le fer

L’angoisse asymétrique sur nos faces

Comme un même délire obscène

Une vengeance de l’incommensurable attente

Du poison d’un impossible apaisement

Et le printemps sera comme un noyé

Décomposé par un trop long séjour

De l’inaccessible sommeil

Vent De Glace

Vent de glace feuilles tremblantes

Printemps comme un somnambule

Dans la lumière d’un ciel en proie à la peur

Ce refus de mourir exalté

Et l’angoisse de la gloire

D’une gloire fragile

Que l’on regarde fixement durant les jours

Rêve au matin après la veille

Blocs incandescents et l’éclatement qui menace

Ville Creusée Au Burin Des Larmes

Ville creusée au burin des larmes et des cris de

haine

Je connais ton labyrinthe menaçant

Je connais la perte de tes détours

Car j’ai fait éclater mon cœur

Dans ton tourbillon de sanglots

il ne me reste qu’à forger ce coin d’acier

A la fureur destructrice où se rejoignent les lamentations

Du fleuve souterrain de l’espace

Comme une fresque qui se refléterait dans le miroir

De ma furieuse survie

Ville Tu Es Toujours La Même

Ville tu es toujours la même

Si désemparée d’attendre des hommes qui te

reviennent

Des hommes qui te comprennent

Et triste d’une joie amère et sauvage

Ville dégrisée qui se révolte au bord d’un monde

Ville qui comprend les hommes aux visages invisibles

Les rares hommes comme des fantômes

Dernier sursaut avant les larmes

D’une jeune fille nue et désespérée par des caresses

sans grandeur

Des caresses retirées de l’amour

Pour toujours retirées de l’amour

L’écoulement De Tant De Vie Signifié

L’écoulement de tant de vie signifié

Hautement à travers un voile de larmes

L’accidentel et l’absurde se partagent ses coraux

sanglants

A peine quelques lumières dans le crépuscule de

l’automne

Toujours l’automne une saison qui m’appartient

Une saison pour les rapaces

Longtemps affamés

Et dont les plaies ouvertes ensanglantent à jamais

ma mémoire

Et je connais assez la dure et difficile entrave de la

colère et de la révolte

Pour la situer avec le sextant du coeur

Et de nos deux mains celle qui saisira l’épée

Possède un langage levé par le désespoir

Dans un pays vierge et confondu déjà me semble-t-il

Au bord de l’éternel

Les Grands Scarabées Joueurs D’échec

Je t’ai raconté l’histoire des grands scarabées

joueurs d’échec

Des grands scarabées légendaires

Qui gardent la lumière des astres

Et de ce poète allemand pendant ses vacances à la

mer

Avec son chien fabuleux qui lisait Maître Eckart

Et interprétait les songes de son maître qui

s’ennuyait

Pourquoi n’as-tu pas voulu croire à ces aventures

Notre amour fut une aventure plus rare que celle

des scarabées

Noirs comme la nuit, scarabées qui gardent la

lumière des astres

Poe n’en avait imaginé qu’un mais si lourd et si

prometteur de gloire et de fortune

Qu’il appartenait sans doute à la race légendaire et

forte

Des grands scarabées joueurs d’échec

Ma Vie Se Confond Avec Le Bruit Que Fait Ta Vie

Ma vie se confond avec le bruit que fait ta vie

Toujours éternelle et brisée

Je ne suis que l’instrument peut-être

L’instrument sonore qui te répond

Et qui restait silencieux sans griffes et sans

désordre

Sans le visage décoloré du réel

Ta voix fragile tes mains jaunies au feu de l’angoisse

Ta silhouette détournée de son chemin

Et toujours à chercher dans la perte

Irrémédiable qui te concerne

Mécanique De L’absolu

Mécanique de l’absolu

Lumière qui flagelle ma face

Quand serai-je enfin libéré de ta noire désolation

Soleil frappé d’interdit

Totem d’une trahison plus totale

Et moi qui suis toujours à t’attendre

Visage diaphane ensanglanté

Monde Ennemi Construit Avec Des Pierres

Monde ennemi construit avec des pierres

J’ai usé ma vie profonde dans tes remparts

Monde ennemi et sans conscience

Il n’ y a que le vide

Et le silence et l’horreur sans nom du silence

Dans tes débris squelettes à jour

Sur le ciel qui n’est plus le ciel

Et qu’ai-je à faire dans tes remparts

Je n’ai rencontré partout que des troncs sans tête

Partout des troncs partout des bras partout des

jambes

Mais la tête avait roulé dans quelque ornière sur la

route

Et je sentais que j’étais frappé

Que j’étais moi-même frappé

Par le vertige et par l’horreur

A jamais dessiné par l’horreur

Monde Invisible

Monde invisible catapulté hors du gouffre

J’arracherai le chiendent qui lacère tes ruines

Et je reconstruirai pierre sur pierre

Ta citadelle de haute mer

Regarde le pentagramme est déjà tracé

Et cette épée qui tournoie t’horrifiera jusqu’au

jour dernier

Du dernier des jours

Mur Qui Se Propage En Moi

Mur qui se propage en moi

Forme découpée à travers moi

Par des mains que j’aurais pu aimer

Des mains qui ne m’ont laissé vivre

Des mains qui m’ont retenu sur toutes les routes

Des doigts frêles et malades

Que je ne pourrai plus serrer ni réunir

Et ce mur infranchissable

Forme découpée à travers moi

N’est-ce Pas Mon Destin

N’est-ce pas mon destin de retrouver toujours

Cette pierre froide et dure

De m’arrêter épuisé dans la nuit

De regarder la pluie se fracasser sur l’asphalte

Et de pressentir les ombres