Ville Tu Es Toujours La Même

Ville tu es toujours la même

Si désemparée d’attendre des hommes qui te

reviennent

Des hommes qui te comprennent

Et triste d’une joie amère et sauvage

Ville dégrisée qui se révolte au bord d’un monde

Ville qui comprend les hommes aux visages invisibles

Les rares hommes comme des fantômes

Dernier sursaut avant les larmes

D’une jeune fille nue et désespérée par des caresses

sans grandeur

Des caresses retirées de l’amour

Pour toujours retirées de l’amour

Seul Et Désespéré

Seul et désespéré

J’habite la conscience de l’invisible débat

Et la pluie qui tombe après le froid glacial

N’a pas changé l’apparence de l’asphalte mon seul

refuge

J’ai descellé la pierre à battement

Pour le triple battement de l’enfer

Et mon voyage à travers la déraison

S’incline à durer comme celui de l’esprit des morts

Tout Entière Au Néant

Tout entière au néant

Epouvantée misérable et folle

Je ne suis pas un homme à bout de stupeur

Je ne suis pas un homme qui revient ni qui part

Je suis un homme épouvanté

Et dont la stupeur comme des flammes
Personne ne saura me dire pourquoi ce choc

Se répercute comme des flammes

Et s’empare de mon être informe déjà

Tu Es Comme Un Nuage

Tu es comme un nuage

Et tu es retenue dans un paysage aveuglant

Terni et menacé par un trop long miracle

Un incendie de gerbes coupées sur leurs arêtes

Tu es née de l’apparence comme cet or à profusion sur les blés

Cet or qui se reflète lourd et léger

Sur tes épaules découpées en biseau

Comme tes lèvres ulcérées et tes mains minuscules

Tes lèvres dont le tremblement n’ajoutera rien au morfil

De leur plainte excessive

Sinon le premier symptôme d’une violence

Un Printemps Magique Naîtra

Un printemps magique naîtra

De l’horreur brisée

L’horreur c’était la glace sur le fer

La neige immaculée et le sang coagulé sur le fer

L’angoisse asymétrique sur nos faces

Comme un même délire obscène

Une vengeance de l’incommensurable attente

Du poison d’un impossible apaisement

Et le printemps sera comme un noyé

Décomposé par un trop long séjour

De l’inaccessible sommeil

Vent De Glace

Vent de glace feuilles tremblantes

Printemps comme un somnambule

Dans la lumière d’un ciel en proie à la peur

Ce refus de mourir exalté

Et l’angoisse de la gloire

D’une gloire fragile

Que l’on regarde fixement durant les jours

Rêve au matin après la veille

Blocs incandescents et l’éclatement qui menace

Ville Creusée Au Burin Des Larmes

Ville creusée au burin des larmes et des cris de

haine

Je connais ton labyrinthe menaçant

Je connais la perte de tes détours

Car j’ai fait éclater mon cœur

Dans ton tourbillon de sanglots

il ne me reste qu’à forger ce coin d’acier

A la fureur destructrice où se rejoignent les lamentations

Du fleuve souterrain de l’espace

Comme une fresque qui se refléterait dans le miroir

De ma furieuse survie

Mur Qui Se Propage En Moi

Mur qui se propage en moi

Forme découpée à travers moi

Par des mains que j’aurais pu aimer

Des mains qui ne m’ont laissé vivre

Des mains qui m’ont retenu sur toutes les routes

Des doigts frêles et malades

Que je ne pourrai plus serrer ni réunir

Et ce mur infranchissable

Forme découpée à travers moi

N’est-ce Pas Mon Destin

N’est-ce pas mon destin de retrouver toujours

Cette pierre froide et dure

De m’arrêter épuisé dans la nuit

De regarder la pluie se fracasser sur l’asphalte

Et de pressentir les ombres

Nous Avons Immergé Ces Blocs Comme Des Icebergs

Nous avons immergé ces blocs comme des icebergs

Débâcle d’une mer de mitraille

Étale et qui soulève un jour éternel

Dans la matrice de l’hypnose

Pentagramme chargé de signes

Et de la démence d’une délirante victoire

Formes violentées nécessité brutale

Or et sang mêlés

Spermatozoïdes par milliards de spermes

Fusée astrale d’une chair débridée à même la chair

Pleine Chair D’une Vie Déréglée Et Navrante

Pleine chair d’une vie déréglée et navrante

Et vous vous imaginiez que j’étais dupe de ces rêves
Je n’étais dupe ni de cette parade ni du bariolage de

ces voix

Ceinturées par un alcool dépensé à même

l’inacceptable

Hommes perdus chaque soir dans une ville qui

battait du sang des artères

Conquérants sans histoire

Si près d’une histoire avec des masques

Dérision de sperme éclaté dans la fumée
Mais qu’importe que ces hommes aient vécu sans

rien connaître

J’étais présent et leur solitude m’était révélée

luxurieuse de gloire

et j’ai gardé toute cette bataille faite par des enfants

Dans les prunelles d’une femme qui me le redira

Quand je traînerai dans les corridors d’une vie

mal employée

A courir de déchirement

Poignardé Par Le Choc

Poignardé par le choc en retour des forces

Menacé par la mort menacé par la dérision

Je n’avancerai pas sans vertige

Et je pressens que n’ayant tenu compte

Ni de la douleur ni du souvenir lucide

Il ne me restera qu’un immense empire

Mais peu de force pour conquérir ce royaume

Pour Ern

Cette époque propice aux douleurs

Accuse je ne sais quoi de révolté

Dans un tumulte où se joue

La fausse déposition sur la table tragique

De la vie incertaine et maudite

Le jeu de la dispersion

Opère dans les faubourgs de la mort

Et la fortune installe un présent

Calciné par le froid du délire

L’hiver n’est plus l’hiver

Le vent n’est plus le vent

L’amour n’est plus l’amour

La terre elle-même n’est plus la terre

Tout est renversé dans le creuset

D’une alchimie de débris

Que Chaque Parole Me Soit Comme Un Bruit De Ressac

Que chaque parole me soit comme un bruit de ressac

Et qu’importe que mon sang coule et que je sois meurtri

Je ne périrai pas si je ne fais pas un geste affolé

Pour arrêter cette course située dans l’élargissement

incandescent de la durée

Je ne périrai pas

Si ma voix ne s’élève que pour conjuguer le sarcasme

avec ce vertige de me reconnaître

Et non pour demander que s’arrête cette mort et

cette survie qui m’ont scalpé

Depuis je ne sais combien d’années au long des siècles

Dans la gigantesque dérision du temps

Car je me souviens d’une explosion de laves englouties

Dans une glissade immobile où tout était situé dans

la parenthèse éternelle

Et ratifié par le surgissement saccadé de je ne sais

quelle sourde et sauvage mélopée

La Solitude La Mort La Dernière Révolte

La solitude la mort la dernière révolte

Celle d’une gloire jouée sur le tapis du temps

Et la parodie qui défigure toute douleur

La fatigue et ce rictus qui n’en finit plus de

masquer la vie

Dont la substance est confondue avec le sperme

Pour un breuvage plus amer et plus mortel que

la misère

Je suis un monstre sans doute

Car je suis encore à l’agonie après des années

Une agonie généralisée dans la dérision

Dans la parodie de la plus totale douleur