Tombola

On dirait la Grande Roue.

Une broche à l’heureux gagnant ; le pauvre marin, ne sachant qu’en faire, de rage, pique au vif l’azur de son béret, et, à défaut d’un prénom de femme, y fait inscrire celui de son bateau.

– Où puis-je avoir laissé mon éventail ?

– Vous ne voyez pas d’ici ? Il fait la roue, sur la pelouse, où des trèfles à quatre feuilles poussent en cachette.
Les jeunes filles qui montent en balançoire rougissent chacune à leur tour : leurs robes blanches s’accrochent aux bras de l’épouvantail.

– Elles aussi sont toutes rouges, les cerises.
Sans faire de jalouses, le galant épouvantail offre des boucles d’oreilles.

Le pauvre marin ne possède d’autre bijou qu’un broche, gagnée à la tombola.

Une Carte Postale : Les Quais De Paris

On a remplacé les coquillages

Par des boîtes à livres. J’appris

Qu’il est de bien plus jolis rivages,

En feuilletant les livres de prix.
Cher ami, sans retard levons l’ancre ;

Encrier triste comme la mer.

De grâce, n’écrivez plus à l’encre :

Les mots qu’on y pêche sont amers.

Amélie

Vagues charmeuses ô peut-être votre essaim

Mouille le ramage des vieux oiseaux moqueurs

Ils se moquent de nous qui perdîmes un cœur

Cœur d’or que l’océan veut garder en son sein
Faire entendre raison à des âmes pareilles

En vain vous gazouillez bijoux à ses oreilles

Cher René nous savons que c’est pure folie

Ce voyage au long cours à cause d’Amélie
Moissonneur de nos mains fanées par les hivers

Les mousses se noyaient dans vos regards déserts

Auprès des matelots ce silence vous nuit

Vous devez avoir tort on ne meurt pas d’ennui
Orages sur le pont si le champagne mousse

Versons une liqueur de fantaisie au mousse

Pour nous remercier de ces verres de menthe

Il nous épellera le nom de son amante

Colin-maillard

Craignons de marcher sur le sable

indiscret plus qu’il ne le faut

Aline poupée incassable

comme elle soyons sans défaut
Un sourire que le vent berce

la tonnelle était son berceau

Un nuage entre deux averses

taquinerait les arbrisseaux
Pas plus grand qu’un mouchoir de poche

futile bandeau sur mes yeux

Paris sans souci des reproches

que me fera quelque envieux

Hymen

Plus doux et blanc que des moutons

Avance un troupeau de nuages

La bergère était de bon ton

Surtout chérissant les orages
Tout à l’heure l’essentiel

Ce sera de ne pas se taire

Quand apparaîtra l’arc-en-ciel

Paraît-il l’écharpe du maire

Le Pluriel Des Noms

Il y a des boîtes à bijoux dont le couvercle est un miroir. Le fleuve sur lequel patine Narcisse emprisonne ses paroles. Larive et Fleury : Narcisse se change en fleur dès qu’on veut mettre son nom au pluriel.

Déjeuner De Soleil

Ah les cornes : c’est un colimaçon.

Paresseuse, si vous voulez nous plaire,

Désormais sachez mieux votre leçon,
Nous ne sommes plus ces mauvais garçons

Ivres à jamais de boissons polaires,

Depuis que les flots vivent sans glaçons.
Seize ans : les glaces sont à la framboise.

Je ne viderai pas votre panier

Avant la mort de cette aube narquoise.
À mon âge les pleurs manquent de charme ;

J’irai près du soleil, dans le grenier,

Afin que sèchent plus vite mes larmes.

Alphabet

Un vrai petit diable (dictée)
 » Le mois dernier, Irène atteignit l’âge de raison.

– Il faut travailler d’après nature, affirment les parents.

Irène voulut choisir elle-même le chapeau de paille destiné à la garder des insolations.
Seule en face du gros arbre, laid à faire peur, elle trouve plus amusant de dessiner de mémoire, au verso de son Billet d’Honneur, les clowns qu’elle vit jeudi dernier, en récompense d’une semaine d’application.

Mademoiselle Personne ne sera pas contente. Cette vieille voisine qui, à ses heures perdues, enseigne les arts d’agrément, ne sait quelle punition infliger à l’espiègle Irène. À sa place, nous lui ferions apprendre par cœur l’alphabet contenu dans vingt-cinq Cornets à Surprises.  »
Un point, c’est tout.
Album
Apprendre n’est pas un pensum

Lectrice qui ne savez lire

Ayez grand soin de cet album

Né du plus funeste délire
Bateau
Bateau debout bateau hagard

La danseuse sans crier gare

Sans même appeler les pompiers

Mourut sur la pointe des pieds
Cocarde
Pour faire éclore une cocarde

Aux boutonnières de Juillet

Bara notre frère de lait

Il suffit que tu les regardes
Domino
Le domino, jeu des ménages

Embellit les soirs de campagne.

Du grand-père écoutons l’adage :

 » Qui triche enfant finit au bagne  »
Escarpin
Grand bal dans la forêt ce soir

Les dryades à chaque pin

Ont accroché deux escarpins

Que chaussent leurs cavaliers noirs
Filet à papillons
 » Papillon, tu es inhumain !

Je te poursuis depuis hier  »

Ainsi parlait une écolière

Que j’ai rencontrée en chemin
Grenadine
Amour ! moins bénigne des fièvres !

Rien que la regarder m’enivre

Grenadine couleur des lèvres

Qui de tous chagrins me délivrent
Hirondelle
Comme chacun sait l’hirondelle

Annonce la belle saison

Elle n’a pas toujours raison

Cependant nous croyons en elle
Initiales
Initiales enlacées

Sur le sable comme nous-mêmes

Nos amours seront effacées

Avant ce fugitif emblème
Journal
Las de savoir par cœur la terre

Un journal laissé sur la plage

Oiseau inquiet désaltère

Dans l’onde sa soif des voyages
Képi
La guerre fut un chapelier

Coiffant les Français d’un képi

La paix y broda des lauriers

Dès que le canon s’assoupit
Loup
Neige un carnaval insolent

Je vous reconnais joli masque

Ce loup fuyait sous la bourrasque

Des confettis roses et blancs
Mallarmé
Un éventail qui fut l’oiselle

Exquise des rudes étés

Effleure fraîchement de l’aile

L’oiseau peint sur la tasse à thé
Nacelle
Gambetta dans une nacelle

Disait au revoir à Paris

Et Paris pleurait comme celle

Qu’abandonne un époux chéri
Ombrelle
Facilement on se console

Des agaceries du soleil

L’ombrelle ou bien le parasol

Est la fleur qui nous émerveille
Paravent
Ô mon lys ma chaste Suzanne

Fleuris derrière un paravent

Cette pudeur me décevant

Tu rougis comme une pivoine
Quatrain
Ôte ton bandeau Cupidon

Et sollicite mon pardon

Victime de ta perfidie

Ce quatrain je te le dédie
Rose
Tu pourras embrasser les roses

Sans en abîmer la couleur

Car (embrasse-les si tu l’oses)

Zéphir a souffleté ces fleurs
Sachet
Jardinier chéri des verveines

Enferme leur parfum qui ment

Et change en sachet porte-veine

Notre insensible talisman
Tirelire
Enfant bientôt tu sauras lire

Nous te comblerons de cadeaux

Une pesante tirelire

Sera ton plus léger fardeau
Uniforme
Les arbres soldats du printemps

Ont revêtu leur uniforme

Et pour qu’aucun d’eux ne s’endorme

L’oiseau veille, armé de ses chants
Vitre
Voici la mauvaise saison

Le froid qui est un assassin

S’amuse à faire des dessins

Sur les vitres de sa prison
Xylolâtrie
Ne connaissant pas l’hiver, tu

Peux, bon nègre, être xylolâtre

Mais dans ma maison, tes statues

Sans regret je les donne à l’âtre
Yole
Chavirez chère demoiselle

Qui ramâtes sans gloriole

Un refrain se mouille les ailes

Dernière chanson de Mayol
Zéro
Lectrice adorable bourreau

Plus que jamais soyez sévère

Quand vous découvrirez ces vers

À peine dignes d’un zéro