Épigramme De La Fontaine De Narcisse

Narcisse aime sa soeur, sa chère soeur jumelle,

Sa soeur aussi pour lui brûle d’ardeur extrême ;

L’un en l’autre se sent être un second soi-même :

Ce qu’elle veut pour lui, il veut aussi pour elle.
De semblable beauté est cette couple belle,

Et semblable est le feu qui fait que l’un l’autre aime,

Mais la soeur est première à qui la Parque blême

Ferme les jeunes yeux d’une nuit éternelle.
Narcisse en l’eau se voit, y pensant voir sa soeur ;

Ce penser le repaît d’une vaine douceur,

Qui coulée en son coeur, lui amoindrit sa peine.
De lui son nom retint l’amoureuse fontaine,

Dans laquelle reçoit, quiconque aimant s’y mire,

Quelque douce allégeance à l’amoureux martyre.

Épigramme De Salmace

A peine avait seize ans, de la belle Vénus

Et du Cyllénien la jeune et chère race,

Quand, au temps que Phébus son plus long chemin trace,

Dans un fleuve il voulut baigner ses membres nus.
Mes souhaits, dit Salmace, ore sont advenus.

Ce disant, elle court, entre en l’eau et l’embrasse,

La peur saisit le coeur, et la honte la face

D’Hermaphrodit, qui n’a les feux d’Amour connu.
Plus la Nymphe l’étreint, plus d’échapper il tâche,

Dea, dit-elle, fâcheux, donc ma beauté te fâche.

Si faut-il qu’à jamais ton corps au mien s’assemble.
Soit ainsi, dit Vénus, mais aussi vrai sera

Que quiconque en ton fleuve, ô Salmace, entrera,

Aura, comme vous deux, les deux sexes ensemble.