Qu’en Avez-vous Fait ?

Vous aviez mon coeur,

Moi, j’avais le vôtre :

Un coeur pour un coeur ;

Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu,

Je n’en ai plus d’autre,

Le vôtre est rendu,

Le mien est perdu !
La feuille et la fleur

Et le fruit lui-même,

La feuille et la fleur,

L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait,

Mon maître suprême ?

Qu’en avez-vous fait,

De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant

Quitté par sa mère,

Comme un pauvre enfant

Que rien ne défend,
Vous me laissez là,

Dans ma vie amère ;

Vous me laissez là,

Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour

L’homme est seul au monde ?

Savez-vous qu’un jour

Il revoit l’amour ?
Vous appellerez,

Sans qu’on vous réponde ;

Vous appellerez,

Et vous songerez !
Vous viendrez rêvant

Sonner à ma porte;

Ami comme avant,

Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira :

 » Personne ! elle est morte.  »

On vous le dira ;

Mais qui vous plaindra ?

Qui, Toi, Mon Bien-aimé

Qui, toi, mon bien-aimé, t’attacher à mon sort,
Te parer d’une fleur que la tombe t’envie !
Lier tes jours de gloire à ma tremblante vie,
Et ton baiser d’amour au baiser de la mort !
Me suivre, toi si cher, aux rives enchantées
Que pour jamais bientôt mes pas auront quittées !
Mes pas que tu soutiens, qui te cherchaient toujours,
Dont la trace légère effleura le rivage
Où tu m’avais montré des fleurs et de beaux jours,
Où je vais devant toi passer comme un nuage !
Oui, devant toi ma vie incline son flambeau,
De ses pâles rayons le dernier va s’éteindre.
Ces fleurs, ces belles fleurs, que je ne puis atteindre,
Tu les effeuilleras un soir sur mon tombeau.

La Mort m’a regardée, et ta plainte adorable,
Ma jeunesse, tes vœux, rien ne doit l’attendrir.
Elle m’a regardée, et cette inexorable,
Quand j’écoutais ton chant, m’a dit : Tu vas mourir !

Oh ! non : prodigue encor les hymnes, les offrandes ;
Jette-lui ta couronne et tes lauriers en fleurs ;
Cache-moi dans ton sein, couvre-moi de guirlandes,
Et, longtemps immobile, elle craindra tes pleurs.
Conduis-moi près des flots. La nymphe qui soupire
Y rafraîchit l’air de sa voix :
Cet air doux et mortel, que ma bouche respire,
Brûle moins à l’ombre des bois.

Vois dans l’eau, vois ce lis, dont la tête abaissée
Semble se dérober au sourire des cieux :
Telle, craignant l’Amour et le cherchant des yeux,
J’essayais de te fuir, innocente et blessée.
Je demandais aux bois l’oubli de tes accents :
Un vague, un triste écho m’en rappelait les charmes,
Et dans les rameaux frémissants
Ton image venait s’attendrir à mes larmes.

Un jour, ce fut toi-même, un jour, à mes genoux,
Je te vis sous le saule, ami de mon jeune âge :
Je ne m’y trouvai plus seule avec ton image,
Il nous cachait ensemble, il se penchait sur nous.
Trop tard, hélas ! trop tard ; et ta flamme timide
Enhardit vainement mes timides secrets.
Tu les connus trop tard, et ma fuite rapide
T’abandonne à de longs regrets.

Oh ! que je crains pour toi l’aurore désolée
Qui ne pourra me rendre à tes vœux superflus,
Quand sa douce lueur, pour moi seule voilée,
Ne m’éveillera plus !
Mais le ruisseau répond, par un faible murmure,
Au souffle expirant des zéphyrs ;
La nymphe qui s’endort entraîne mes soupirs
À la source déjà moins pure.
Demain… L’écho plus triste a dit aussi : Demain.
Adieu, ma jeune vie ! adieu, toi que j’adore !
Ne gémis pas. Ce soir, je serre encor ta main :
Ce soir, efforce-toi de me sourire encore.

Regret

Des roses de Lormont la rose la plus belle,

Georgina, près des flots nous souriait un soir :

L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile,

Et l’Aurore passa triste, sans la revoir !
Pure comme une fleur, de sa fragile vie

Elle n’a respiré que les plus beaux printemps.

On la pleure, on lui porte envie :

Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps !

Rêve D’une Femme

Veux-tu recommencer la vie ?

Femme, dont le front va pâlir,

Veux-tu l’enfance, encor suivie

D’anges enfants pour l’embellir ?

Veux-tu les baisers de ta mère

Echauffant tes jours au berceau ?

–  » Quoi ? mon doux Eden éphémère ?

Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau !  »
Sous la paternelle puissance

Veux-tu reprendre un calme essor ?

Et dans des parfums d’innocence

Laisser épanouir ton sort ?

Veux-tu remonter le bel âge,

L’aile au vent comme un jeune oiseau ?

–  » Pourvu qu’il dure davantage,

Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau !  »
Veux-tu rapprendre l’ignorance

Dans un livre à peine entr’ouvert :

Veux-tu ta plus vierge espérance,

Oublieuse aussi de l’hiver :

Tes frais chemins et tes colombes,

Les veux-tu jeunes comme toi ?

–  » Si mes chemins n’ont plus de tombes,

Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi !  »
Reprends-donc de ta destinée,

L’encens, la musique, les fleurs ?

Et reviens, d’année en année,

Au temps qui change tout en pleurs ;

Va retrouver l’amour, le même !

Lampe orageuse, allume-toi !

 » – Retourner au monde où l’on aime

O mon Sauveur ! éteignez-moi ! « 

Son Image

Elle avait fui de mon âme offensée ;

Bien loin de moi je crus l’avoir chassée :

Toute tremblante, un jour, elle arriva,

Sa douce image, et dans mon coeur rentra :

Point n’eus le temps de me mettre en colère ;

Point ne savais ce qu’elle voulait faire ;

Un peu trop tard mon coeur le devina.
Sans prévenir, elle dit :  » Me voilà ?

 » Ce coeur m’attend. Par l’Amour, que j’implore,

 » Comme autrefois j’y viens régner encore.   »

Au nom d’amour ma raison se troubla :

Je voulus fuir, et tout mon corps trembla.

Je bégayai des plaintes au perfide ;

Pour me toucher il prit un air timide ;

Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.

J’oubliai tout dès que l’Amour pleura

Toi Qui M’as Tout Repris

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,C’est là que sans fierté je me révèle encore.Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;Tu n’y sentiras plus une âme palpitanteAu bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;Une part de toi-même aura fui l’univers.Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intimeDonne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !Pour t’oublier, viens voir ! qu’ai-je dit ? Vaine étude,Où la nature apprend à surmonter ses cris,Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,Et la fatigue endort jusqu’au malheur.Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

Un Arc De Triomphe

Tout ce qu’ont dit les hirondelles

Sur ce colossal bâtiment,

C’est que c’était à cause d’elles

Qu’on élevait un monument.
Leur nid s’y pose si tranquille,

Si près des grands chemins du jour,

Qu’elles ont pris ce champ d’asile

Pour causer d’affaire, ou d’amour.
En hâte, à la géante porte,

Parmi tous ces morts triomphants,

Sans façon l’hirondelle apporte

Un grain de chanvre à ses enfants.
Dans le casque de la Victoire

L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,

Qui, tout ignorants de l’histoire,

Eclosent fiers comme chez eux.
Voulez-vous lire au fond des gloires,

Dont le marbre est tout recouvert ?

Mille doux cris à têtes noires

Sortent du grand livre entr’ouvert.
La plus mince qui rentre en France

Dit aux oiseaux de l’étranger

 » Venez voir notre nid immense.

Nous avons de quoi vous loger.  »
Car dans leurs plaines de nuages

Les canons ne s’entendent pas

Plus que si les hommes bien sages

Riaient et s’entr’aimaient en bas.
La guerre est un cri de cigale

Pour l’oiseau qui monte chez Dieu ;

Et le héros que rien n’égale

N’est vu qu’à peine en si haut lieu.
Voilà pourquoi les hirondelles,

A l’aise dans ce bâtiment,

Disent que c’est à cause d’elles

Que Dieu fit faire un monument.

Un Billet De Femme

Puisque c’est toi qui veux nouer encore

Notre lien,

Puisque c’est toi dont le regret m’implore,

Ecoute bien :
Les longs serments, rêves trempés de charmes,

Ecrits et lus,

Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,

N’en écris plus !
Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage

Rit au soleil,

Séchons nos yeux et reprenons courage,

Le front vermeil.
Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie

Sur mon chemin ;

Mais ne dis plus :   » A toujours !   » je t’en prie ;

Dis :   » A demain !   »
Nos jours lointains glissés purs et suaves,

Nos jours en fleurs ;

Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,

Pesants de pleurs ;
De ces tableaux dont la raison soupire

Otons nos yeux,

Comme l’enfant qui s’oublie et respire,

La vue aux cieux !
Si c’est ainsi qu’une seconde vie

Peut se rouvrir,

Pour s’écouler sous une autre asservie,

Sans trop souffrir,
Par ce billet, parole de mon âme,

Qui va vers toi,

Ce soir, où veille et te rêve une femme,

Viens ! Et prends-moi !

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile

Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,

Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,

Et que la lune marche à travers un long voile,

Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,

Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.
Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :

Agité sans repos par la mer inconstante,

Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,

Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.

Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,

Avant de regagner sa patrie éternelle.
Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,

Se regardent, disant :   » D’où sommes-nous venus ?   »

Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,

Tous portent le rayon de divine lumière ;

Et tous ces hauts pensers m’éblouissent j’ai peur ;

Mais je me dis encor :   » Non, tout n’est pas malheur ! « 

L’insomnie

Je ne veux pas dormir. Ô ma chère insomnie !
Quel sommeil aurait ta douceur ?
L’ivresse qu’il accorde est souvent une erreur,
Et la tienne est réelle, ineffable, infinie.
Quel calme ajouterait au calme que je sens ?
Quel repos plus profond guérirait ma blessure ?
Je n’ose pas dormir ; non, ma joie est trop pure ;
Un rêve en distrairait mes sens.

Il me rappellerait peut-être cet orage
Dont tu sais enchanter jusques au souvenir ;
Il me rendrait l’effroi d’un douteux avenir,
Et je dois à ma veille une si douce image !
Un bienfait de l’Amour a changé mon destin :
Oh ! qu’il m’a révélé de touchantes nouvelles !
Son message est rempli ; je n’entends plus ses ailes :
J’entends encor : demain, demain !

Berce mon âme en son absence,
Douce insomnie, et que l’Amour
Demain me trouve, à son retour,
Riante comme l’espérance.
Pour éclairer l’écrit qu’il laissa sur mon cœur,
Sur ce cœur qui tressaille encore,
Ma lampe a ranimé sa propice lueur,
Et ne s’éteindra qu’à l’aurore.

Laisse à mes yeux ravis briller la vérité ;
Écarte le sommeil, défends-moi de tout songe :
Il m’aime, il m’aime encore ! Ô Dieu ! pour quel mensonge
Voudrais-je me soustraire à la réalité ?

L’isolement

Quoi ! ce n’est plus pour lui, ce n’est plus pour l’attendre,
Que je vois arriver ces jours longs et brûlants ?
Ce n’est plus son amour que je cherche à pas lents ?
Ce n’est plus cette voix si puissante, si tendre,
Qui m’implore dans l’ombre, ou que je crois entendre ?
Ce n’est plus rien ? Où donc est tout ce que j’aimais ?
Que le monde est désert ! n’y laissa-t-il personne ?
Le temps s’arrête et dort : jamais l’heure ne sonne.
Toujours vivre, toujours ! on ne meurt donc jamais ?
Est-ce l’éternité qui pèse sur mon âme ?
Interminable nuit, que tu couvres de flamme !
Comme l’oiseau du soir qu’on n’entend plus gémir,
Auprès des feux éteints que ne puis-je dormir !
Car ce n’est plus pour lui qu’en silence éveillée
La muse qui me plaint, assise sur des fleurs,
M’attire dans les bois, sous l’humide feuillée,
Et répand sur mes vers des parfums et des pleurs.
Il ne lit plus mes chants, il croit mon âme éteinte ;
Jamais son cœur guéri n’a soupçonné ma plainte ;
Il n’a pas deviné ce qu’il m’a fait souffrir.
Qu’importe qu’il l’apprenne ? il ne peut me guérir.
J’épargne à son orgueil la volupté cruelle
De juger dans mes pleurs l’excès de mon amour.
Que devrais-je à mes cris ? Sa frayeur ? son retour ?
Sa pitié ? . . . C’est la mort que je veux avant elle.
Tout est détruit : lui-même, il n’est plus le bonheur :
Il brisa son image en déchirant mon cœur.
Me rapporterait-il ma douce imprévoyance,
Et le prisme charmant de l’inexpérience ?
L’amour en s’envolant ne me l’a pas rendu :
Ce qu’on donne à l’amour est à jamais perdu.

Ma Chambre

Ma demeure est haute,

Donnant sur les cieux ;

La lune en est l’hôte,

Pâle et sérieux :

En bas que l’on sonne,

Qu’importe aujourd’hui

Ce n’est plus personne,

Quand ce n’est plus lui !
Aux autres cachée,

Je brode mes fleurs ;

Sans être fâchée,

Mon âme est en pleurs ;

Le ciel bleu sans voiles ,

Je le vois d’ici ;

Je vois les étoiles

Mais l’orage aussi !
Vis-à-vis la mienne

Une chaise attend :

Elle fut la sienne,

La nôtre un instant ;

D’un ruban signée,

Cette chaise est là,

Toute résignée,

Comme me voilà !

Plus De Chants

À Madame De Simonis
Enfant d’un nid loin du soleil éclos,

Tombée un jour du faîte des collines,

Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,

Poussée aux vents sur la terre ou les flots,

Mon coeur chantait, mais avec des sanglots.
Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,

Que m’importait ma frêle voix de femme ?

Tout le concert se tenait dans mon âme.

Que l’on passât sans daigner m’écouter,

Je louais Dieu ! Qui pouvait m’arrêter ?
Le front vibrant d’étranges et doux sons,

Toute ravie et jeune en solitude,

Trouvant le monde assez beau sans l’étude,

Je souriais, rebelle à ses leçons,

Le coeur gonflé d’inédites chansons.
J’étais l’oiseau dans les branches caché,

S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute

Que le faneur fatigué qui l’écoute,

Dont le sommeil à l’ombre est empêché,

S’en va plus loin tout morose et fâché.
Convive sobre et suspendue aux fleurs,

J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ;

Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête,

Les grands échos m’ont crié leurs douleurs,

Et je les chante affaiblis de mes pleurs.
La solitude est encor de mon goût,

Je crois toujours à l’auteur de mon être :

Mes beaux enfants me l’ont tant fait connaître !

Je monte à lui, je le cherche partout ;

Mais de chansons, plus une ! Oh ! Plus du tout !

Point D’adieu

Jeunesse, adieu ! Car j’ai beau faire,

J’ai beau t’étreindre et te presser,

J’ai beau gémir et t’embrasser,

Nous fuyons en pays contraire.
Ton souffle tiède est si charmant !

On est si beau sous ta couronne !

Tiens ! Ce baiser que je te donne,

Laisse-le durer un moment.
Ce long baiser, douce chérie,

Si c’est notre adieu sans retour,

Ne le romps pas jusqu’au détour

De cette haie encor fleurie !
Si j’ai mal porté tes couleurs,

Ce n’est pas ma faute, ô jeunesse !

Le vent glacé de la tristesse

Hâte bien la chute des fleurs !

Prière Pour Lui

Dieu ! créez à sa vie un objet plein de charmes,

Une voix qui réponde aux secrets de sa voix !

Donnez-lui du bonheur, Dieu ! donnez-lui des larmes ;

Du bonheur de le voir j’ai pleuré tant de fois !
J’ai pleuré, mais ma voix se tait devant la sienne ;

Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera ;

Il ne dira jamais :  » Soyons heureux, sois mienne !  »

L’aimera-t-elle assez celle qui l’entendra ?
Celle à qui sa présence ira porter la vie,

Qui sentira son coeur l’atteindre et la chercher ;

Qui ne fuira jamais, bien qu’à jamais suivie,

Et dont l’ombre à la sienne osera s’attacher ?
Ils ne feront qu’un seul, et ces ombres heureuses

Dans les clartés du soir se confondront toujours ;

Ils ne sentiront pas d’entraves douloureuses

Désenchaîner leurs nuits, désenchanter leurs jours !
Qu’il la trouve demain ! Qu’il m’oublie et l’adore !

Demain ; à mon courage il reste peu d’instants.

Pour une autre aujourd’hui je peux prier encore :

Mais Dieu ! vous savez tout ; vous savez s’il est temps !