Soeur De Phébus Charmante

Soeur de Phébus charmante,

Qui veilles sur les flots, je pleure et je lamente,

Et je me suis meurtri avec mes propres traits.

Qu’avais-je à m’enquérir d’Eros, fils de la terre !

Eros, fils de Vénus, me possède à jamais.
Guidant ta course solitaire,

Lune, tu compatis à mon triste souci.

Ô Lune, je le sais, non, tu n’as pas, vénale,

A Pan barbu livré ta couche virginale,

Mais les feux doux-amers te renflammant aussi

Par les yeux d’un berger dans sa jeunesse tendre,

Sur le mont carien tu as voulu descendre.

De ta douce lueur, ô Phébé, favorise

Ma plaintive chanson qu’emporte au loin la brise,

Et fais que mes soupirs, de l’écho répétés,

Étonnent la frayeur des antres redoutés.

Téthys Qui M’as Vu Naître

Téthys qui m’as vu naître, ô Méditerranée !

Quinze fois le Taureau nous ramena l’année,

Depuis que, par ton zèle exilé de ton sein,

Ton aimable couleur à mes yeux fut ravie.

Certes, mon âme est forte et brave est mon dessein,

Et rapide est mon soc dans la trace suivie :

Et jà ma bouche a su entonner l’aquilon

Avecque l’Euménis, dans l’airain d’Apollon,
Car, enfant, j’ai mâché, d’une fureur avide,

Le rameau Pénéan, de tes embruns humide.

Mais du fils d’Oïlée ou d’Hector la valeur

Un instant elle fault : et parfois mon courage

(Toujours la pique au poing !) médite la douceur

Que je m’accoude un soir pleurant sur ton rivage

Tandis que, sur tes flots où Diane a versé

La stérile lueur de son flambeau glacé,

La plainte de l’alcyon ne cesse de s’accroître.

L’automne Ou Les Satyres

Hier j’ai rencontré dans un sentier du bois

Où j’aime de ma peine à rêver quelquefois,

Trois satyres amis ; l’un une outre portait

Et pourtant sautelait, le second secouait

Un bâton d’olivier, contrefaisant Hercule.

Sur les arbres dénus, car Automne leur chef

A terre a répandu, tombait le crépuscule.

Le troisième satyre, assis sur un coupeau,

De sa bouche approcha son rustique pipeau,

Fit tant jouer ses doigts qu’il en sortit un son

Et menu et enflé, frénétique et plaisant :

Lors ses deux compagnons, délivres se faisant,

De l’outre le premier et l’autre du bâton,

Dansèrent, et j’ai vu leurs pieds aux jambes tortes,

Qui, alternés, faisaient voler les feuilles mortes.