La Promenade

Oh ! ne me conduis plus dans ces fêtes frivoles

Où les rêves du cœur ne sauraient se fixer ;

Où de la vanité les brillantes idoles

Obtiennent des succès qu’un jour doit effacer :

Dis-moi, pourquoi veux-tu qua ce monde j’étale

Les rêves de bonheur que je forme en secret,

Désirs mystérieux d’une âme virginale

Que de son souffle impur soudain il flétrirait ?

Je sais lui dérober les sentiments qu’il raille ;

Et légère et folâtre au milieu des plaisirs,

Quand de gloire et d’amour mon cœur ému tressaille.

Je feins, pour l’abuser, de frivoles désirs :

Et lui, ne levant pas le voile qui me cache.

A mon air dédaigneux, à mes regards railleurs.

N’a jamais soupçonné l’âme ardente et sans tache

Qui pleure, et sympathise à toutes les douleurs.

Mais qu’au sein de ce monde un cri sincère échappe,

Qu’un cœur triste et souffrant appelle un cœur ami ;

Comme l’écho répond à l’accent qui le frappe,

Mon âme entend la voix qui près d’elle a gémi :

Ainsi je t’ai compris ; et, me sentant aimée,

J’ai fui ces faux plaisirs pour n’être plus qu’à toi ;

La solitude plait à mon âme charmée,

Et le monde aujourd’hui n’est qu’un désert pour moi…

Le voile de la nuit dans les cieux se déploie ;

Viens ! fuyons ces clameurs dont les airs sont frappés

Le cœur n’éprouve ici qu’une factice joie :

Viens ! allons nous asseoir sur ces rocs escarpés ;

Je guiderai tes pas ; vois-tu ces champs superbes

Où la vigne a formé de verdoyants sillons ?

Vois-tu ces moissonneurs folâtrant sur les gerbes,

Et dont les cris joyeux animent nos vallons ?

Le jour a disparu derrière la colline ;

Contemple à l’horizon ces flots d’or et d’azur ;

Ils succèdent aux feux du soleil qui décline :

Vois, comme tout est beau ! Comme le ciel est pur !

Vois, la nuit qui s’étend n’a pas de sombres voiles ;

Tel qu’un phare brillant entouré de flambeaux,

Il plane sur ces monts, l’astre ami des tombeaux !

Escorté de milliers d’étoiles !

Mon cœur est pénétré d’un doux ravissement.

Avançons à pas lents ; que ton bras me soutienne ;

L’amour est doux ici ; mets ta main dans la mienne,

Parle-moi du bonheur qu’on éprouve en aimant :

Entends-tu des forêts le bruissement sonore ?

Le chêne retentit sous les ailes du vent,

Et des cloches du soir le son se mêle encore

A la voix du torrent…

De ces rochers déserts nos pieds foulent la cime ;

Arrêtons-nous ici sur ces débris sans nom :

Dis-moi, ne sens-tu pas une extase sublime

Quand tu peux d’un regard embrasser l’horizon !

Vois comme l’Océan vient mourir sur la plage ;

De rapides vaisseaux fendent ses flots amers :

Oh ! je voudrais, fuyant vers un lointain rivage,

Contempler avec toi l’immensité des mers !

Vois ces globes de feu scintiller dans la nue ;

Vois ces monts nébuleux que la neige a couverts ;

Leur sommet dans les cieux se cache à notre vue,

Et le fleuve mugit dans leurs flancs entr’ouverts :

Vois ce lac transparent qu’un vieux château domine,

Et cette tour gothique où tintait le beffroi ;

L’oiseau des nuits planant sur ces murs en ruine

Fait entendre son cri d’effroi.

Aux regards de l’amour que la nature est belle !

Ces chaumières, ces bois font palpiter mon cœur :

Ici, seule avec toi… chaque objet me révèle

Un asile pour le bonheur.

Regarde, sous nos pieds la cité se déroule ;

De ses plaisirs bruyants, non, tu n’es plus jaloux ;

Parmi ses habitants qui se pressent en foule

Est-il un seul mortel plus fortuné que nous ?

Partage ce bonheur que mon âme préfère :

Ne cherche plus des biens qui ne font qu’éblouir ;

Dans un monde pervers, dis-moi, qu’irais-tu faire ?

On t’apprendrait à me trahir.

Strophes

N’a-t-on pas épuisé la coupe de la haine !

Est-il encore des noms qui n’aient été flétris ;

Des malheurs respectés par la foule inhumaine,

Et que n’ait pas frappés la verge du mépris ?

Est-il un citoyen, dans la France en délire,

Dont la gloire ou l’honneur n’ait pas subi d’affront

Un héros, qui n’ait vu tomber sous la satyre,

Le laurier qui cachait les rides de son front !

Non ! l’injure atteint tout : on jette aux gémonies

Les dieux, les rois déchus et les rois couronnés,

Les tribuns, les guerriers, les sublimes génies,

Les vaincus, les vainqueurs l’un par l’autre entraînés.

Le pouvoir qui succède au pouvoir qui s’écroule,

Par le peuple en démence est soudain renversé ;

Et les rugissements échappés de la foule

Accusent le présent, et souillent le passé.

Telle au pied de l’Etna, quand son sommet s’allume,

Une terre nouvelle apparaît tout-à-coup ;

Mais le feu l’a créée, et le feu la consume,

Et les flots de la lave anéantissent tout.

L’abandon

Vous en souvenez-vous de ces heures passées

L’une à côté de l’autre, où toutes nos pensées

Sans crainte, sans soupçon, s’échangeaient entre nous ?

L’amitié, disions-nous, est une douce chose ;

Heureux qui trouve un cœur où son cœur se repose !…

Vous en souvenez-vous ?

Nous parlions de vertu, d’amour, de poésie,

De tout ce qui fait l’âme, et dont l’âme est saisie :

J’aimais à prolonger ces entretiens si doux ;

Et souvent près de vous attentive, inclinée,

Je vis passer ainsi la rapide journée…

Vous en souvenez-vous ?

Oui, j’avais mis en vous toute ma confiance ;

A l’œil désenchanté de votre expérience

Je dévoilais les vœux dont mon cœur fut jaloux ;

Par l’ardeur de ma foi je vous forçais à croire

A mes rêves d’amour, à mes rêves de gloire…

Vous en souvenez-vous ?

Et quand vint ma douleur, profonde, déchirante.

Je vous dis en pleurant que ma mère mourante

Pour appui m’indiquait votre cœur entre tous ;

Je vous dis que mon âme ardente restant vide,

Il lui fallait l’amour dont elle était avide…

Vous en souvenez-vous ?

Eh bien ! quand cet amour vint s’offrir à ma vie ;

Lorsque je l’acceptais, orgueilleuse et ravie ;

Quand je remerciais le ciel de ce bienfait…

Vous, vous m’abandonniez ! Votre amitié parjure

Jetait à mon bonheur le dédain et l’injure ;

Que vous avais-je fait ?

De celui qui m’aimait votre langue méchante

A voulu m’arracher la tendresse touchante ;

Inspirant le soupçon à son cœur satisfait

Par les faux arguments d’une morale altière,

Vous l’avez torturé durant une heure entière :

Que vous avais-je fait ?

Que vous avais-je fait pour profaner mon âme ?

Vous savez qu’elle est pure, et vous osez, madame,

Traiter un chaste amour comme on traite un forfait ;

Si vous avez souffert, si vous fûtes trahie,

Est-ce ma faute, à moi ?… Quand vous m’avez haïe,

Que vous avais-je fait ?

Dieu nous juge ; et peut-être un jour rendrez-vous compte

De cette inimitié si cruelle et si prompte ;

Votre haine sans cause est aussi sans effet ;

Je suis heureuse et calme, et mon cœur vous pardonne ;

Mais, je ne voudrais pas avoir fait à personne

Ce que vous m’avez fait ?

Un Cœur Brisé

 » Ô souvenir de pleurs et de mélancolie !

Ceux que j’aurais aimés ne m’ont point accueillie,

Ou bien, insoucieux,

Ils vantaient ma beauté sans comprendre mon âme,

Et ne soupçonnaient pas sous ces dehors de femme

L’ange tombé des deux !

Comme un lac, dont la brise effleure la surface

Sans agiter le fond,

Ces êtres aux cœurs froids, où tout amour s’efface,

Pour moi n’eurent jamais un sentiment profond.

Innocence, candeur, tendresse virginale,

Ils vous abandonnaient sans larmes, sans regret ;

Et toujours triomphait dans leur âme vénale

Un vulgaire intérêt.

Ils passaient tous ainsi comme des ombres vaines :

Le fantôme adoré, l’idéal que j’aimais,

Celui qui de ma vie eut adouci les peines

N’apparaissait jamais !

Jamais l’aveu chéri qui captive une femme,

Qui mêle pour toujours son âme vierge à l’âme

D’un jeune fiancé

Ne porta dans mes sens une ivresse suprême ;

Non, jamais par l’amour, jamais ce mot, je t’aime,

Ne me fut prononcé !

Jamais, en s’élançant au seuil de ma demeure

Un mortel adoré ne me dit : Voici l’heure

Promise à ton ami !

Et triomphant malgré la pudeur qui résiste

N’effleura d’un baiser mon front rêveur et triste !

Non, jamais dans ma main une main n’a frémi.

Nul rayon de bonheur sur mes jours ne se lève ;

L’amour que j’appelais ne m’a pas répondu !

Déjà mon front pâlit et mon printemps s’achève.

Et pour moi l’avenir est à jamais perdu.

L’homme peut à son gré recommencer sa vie,

Par un jour radieux son aurore est suivie ;

De jeunesse et de gloire il est beau tour-à-tour ;

Il règne en cheveux blancs : mais nous, on nous dénie

Les palmes des combats, les lauriers du génie ;

Nous n’avons que l’amour.

Et s’il ne sourit pas à nos fraîches années ;

Si, jeunes, nous vivons, hélas ! abandonnées,

N’espérons pas plus tard un fortuné destin :

Des mères qu’on bénit, et des chastes épouses

Contemplons le bonheur sans en être jalouses ;

Le soir ne peut donner les roses du matin.  »

Elle parlait ainsi, la femme délaissée,

Et dans son sein brûlant fermentait sa pensée ;

Fuis, jetant un regard de merci vers les cieux,

Pour ne plus les rouvrir elle ferma les yeux.

Lassitude

Le désert ! le désert dans son immensité,

Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ;

Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes,

Cataractes roulant sous des forêts profondes ;

Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements,

Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l’aube orientale

Se lève, et fait briller les trésors qu’il étale :

Quand du magnolia le bouton parfumé

S’ouvre sous les baisers de quelque insecte aimé ;

Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe,

Enlace le palmier d’une amoureuse étreinte ;

Et que, s’éjouissant sous ces légers lambris,

Escarboucles vivants chantent les colibris !

Le désert d’Amérique avec toutes ses grâces,

Lorsque d’aucun mortel il ne gardait les traces,

Et qu’avec ses grands bois, ses eaux, ses mines d’or

Aux regards de Colomb il s’offrit vierge encore.

Ah ! qui ne la rêva cette belle nature ;

Qui n’eût voulu quitter ce monde d’imposture,

Ce monde où tout grand cœur finit par s’avilir,

Pour courir au désert, vivant, s’ensevelir ?

Pour chercher dans l’Éden de Paul et Virginie

L’ineffable bonheur que la terre dénie,

Vœu de paix et d’amour par chaque cœur conçu,

Et qui s’évanouit, hélas! toujours déçu !

Voilà souvent quel est mon rêve

Dans ces instants d’ennui profond.

Où le désespoir comme un glaive

Reste suspendu sur mon front.

Le désert, le désert m’appelle,

Pourquoi ces chaînes à mes pas ?

Oiseaux voyageurs, sur votre aile

Pourquoi ne m’emportez-vous pas ?

Il faut à mon âme engourdie

Un nouveau monde à parcourir ;

Il faut une sphère agrandie

Au poète qui va mourir !…

Une Amie

Si vous l’aviez connue à sa quinzième année,

Elle était belle alors, belle à vous rendre fou !

En voyant les attraits dont elle était ornée,

Vous auriez devant elle incliné le genou !

Pour caresser sa main frêle, blanche et veinée,

Poète, vous eussiez été je ne sais où ;

Et votre part du ciel, oh ! vous l’auriez donnée

Pour un baiser d’amour posé sur son beau cou !

Mais, avec la douleur, toute beauté se fane ;

Elle a souffert longtemps, et le regard profane

Ne voit plus sur ses traits de magiques trésors :

Ses yeux se sont ternis et son front n’est plus rose.

Eh bien ! moi, j’applaudis à sa métamorphose,

Car son âme a gagné ce qu’a perdu son corps.

Les Baux

J’aime les vieux manoirs, ruines féodales

Qui des rocs escarpés dominent les dédales ;

J’aime du haut des tours de leur sombre prison

A voir se dérouler un immense horizon :

J’aime, de leur chapelle en parcourant les dalles,

A lire les ci-gît couronnés de blason.

Et qui gardent encore la trace des sandales

Des pèlerins lointains venus en oraison.

Parmi ces noirs châteaux, gigantesques décombres

Dont les murs crénelés jettent au loin leurs ombres,

Aux champs de la Provence est le donjon des Baux :

Là, chaque nuit encore, enlacés par les Fées,

Dans une salle d’arme aux gothiques trophées,

Dansent les chevaliers sortis de leurs tombeaux.

Les Doutes De L’esprit

Souvent, dans mes accords, ardents, enthousiastes,

Des grandes nations se déroulaient les fastes,

Ou, détournant mes yeux de ce globe terni,

Je déployais mon vol aux champs de l’infini !…

L’univers, dans toutes ses phases

A mes regards venait s’offrir :

C’étaient d’ineffables extases,

Des ravissements à mourir !

Pouvoir incréé qui fécondes !

Chaos, enfantement des mondes !

Naissance, mort, vie à venir !

Néant ! Éternité profonde !

Mystères, qu’aucun œil ne sonde !

J’aurais voulu vous définir !…

Je m’égarais dans ces dédales,

Où, des lueurs sombres, et pâles,

N’éclairent pas nos sens bornés !

Et, maudissant ma dépendance,

J’osais dire à la Providence :

Hélas ! Pourquoi sommes-nous nés ?…

Ainsi, dès son éveil, notre pensée immense

Ne saurait s’arrêter, où l’inconnu commence ;

Elle aspire plus haut, elle ose tout sonder,

D’une ardente lumière, elle veut s’inonder :

Oubliant son néant, elle veut, orgueilleuse,

Poursuivre, dans les cieux, sa route périlleuse

Et, quand le Dieu caché résiste à son appel,

Sur ses créations promenant le scalpel,

Elle enchaîne son vol à l’aride science.

Qui dessèche le cœur, flétrit la conscience :

Elle dissèque, alors, ce qu’elle avait senti.

L’instinct, qui la guidait, se trouve anéanti ;

Elle devient bornée, en devenant coupable ;

Elle doute de tout ce qui n’est pas palpable ;

Fière de son pouvoir, froid, superficiel,

Elle explore la terre, analyse le ciel :

Et, des mondes sans nombre assignant l’harmonie.

Les rend indépendants de ce Dieu qu’elle nie.

Malheur, dans leur démence, aux mortels assez vains

Pour vouloir pénétrer ces mystères divins !

Au flambeau vacillant, dont l’éclat les égare,

Ils consument leur âme, et tombent comme Icare !…

Enfant audacieux, moi je voulais, aussi,

Révéler à la foule un grand doute éclaira ;

Je voulais, m’entourant de ces fausses lumières,

Soumettre à l’examen mes croyances premières ;

Et par les arguments d’un stérile savoir,

Expliquer chaque objet qui venait m’émouvoir !

Cette soif de l’orgueil, dont rien ne nous délivre,

J’allais, pour l’étancher, fouiller de livre en livre :

J’interrogeai, longtemps, ces esprits renommés,

Qui tracent, ici-bas, des sillons enflammés ;

Êtres présomptueux, créateurs de systèmes,

Qui n’ont point résolu nos éternels problèmes,

Et qui, pour imposer leur ténébreuse loi,

Ont tari l’espérance, en altérant la foi.

Mais celui, qu’en naissant, la poésie embrase,

De ces sucs corrompus n’épuise pas le vase ;

Il effleure ses bords, rejette sa liqueur,

Et force son esprit, à croire avec son cœur !

Au sein de ses erreurs, la vérité surnage ;

Ainsi, je revins pure à la foi du jeune âge,

A cette foi du ciel, dont nous gardons le sceau ;

A cet instinct inné, qui nous suit au berceau :

Qui guide, à notre insu, nos sentiments intimes,

Et, nous révèle Dieu par ses œuvres sublimes.

Les Fleurs Que J’aime

Fleurs arrosées

Par les rosées

Du mois de mai,

Que je vous aime !

Vous que parsème

L’air embaumé !

Par vos guirlandes,

Les champs, les landes

Sont diaprés :

La marguerite

Modeste habite

Au bord des prés.

Le bluet jette

Sa frêle aigrette

Dans la moisson ;

Et sur les roches

Pendent les cloches

Du liseron.

Le chèvrefeuille

Mêle sa feuille

Au blanc jasmin,

Et l’églantine

Plie et s’incline

Sur le chemin.

Coupe d’opale,

Sur l’eau s’étale

Le nénufar ;

La nonpareille

Offre à l’abeille

Son doux nectar.

Sur la verveine

Le noir phalène

Vient reposer ;

La sensitive

Se meurt, craintive,

Sous un baiser.

De la pervenche

La fleur se penche

Sur le cyprès ;

L’onde qui glisse

Voit le narcisse

Fleurir tout près.

Fleurs virginales,

A vos rivales,

Roses et lis,

Je vous préfère,

Quand je vais faire

Dans les taillis

Une couronne

Dont j’environne

Mes blonds cheveux,

Ou que je donne

A la Madone

Avec mes vœux.

L’hymen

Ne rêves-tu jamais à ces heures d’extase

Qui précèdent l’hymen de deux jeunes époux ?

Quand l’amour, de leur cœur, comme ronde d’un vase,

Déborde en sentiments mystérieux et doux !

Dis, n’est-ce rien pour toi qu’une vierge qui pleure

En recevant l’aveu d’un amour désiré ?

Qu’un front pur qui rougit, si ta lèvre l’effleure ;

Qu’un céleste regard vers toi seul attiré ?

N’est-ce rien, quand tu lis dans sa chaste pensée,

D’y découvrir empreinte en sentiments de feu

Cette foi que le monde encore n’a pas glacée,

Et qui croit au bonheur, comme elle croit à Dieu !

Les pudiques secrets de son âme candide

De leur voile à tes yeux sont alors dépouillés ;

De ses jours sans amour elle te peint le vide,

Puis ses désirs naissants par toi seul éveillés.

Après ces doux accents viennent de longs silences ;

Sa tête sur ton sein semble s’abandonner :

Mais soudain elle fuit ; vers elle tu t’élances.

Et tu prends un baiser qu’elle n’osait donner ;

A ce larcin d’amour un jeu naïf succède :

Ce sont ses longs cheveux que tu veux détacher ;

Elle retient ta main ; tu souris, elle cède,

Et sous leur blond tissu ton front va se cacher.

Ce sont sur tes yeux noirs ses petites mains blanches,

Dont folâtre et rieuse elle aime à te couvrir ;

C’est, lorsque sans parler vers elle tu le penches,

Un maintien languissant à te faire mourir !

Puis l’air manque à son cœur dévoré par la fièvre ;

Elle échappe à tes bras : tu la suis dans les champs,

Et cette volupté dont sa pudeur te sèvre

Tu la trouves encore dans ses regards touchants.

Elle revient à toi plus douce, plus aimante ;

S’accuse d’avoir fui ; met sa main dans ta main ;

Courbe sur ton épaule une tête charmante,

Et vous marchez tous deux sans suivre de chemin…

Quand tu la vois si belle à ton bras suspendue

Répondre aux mots d’amour qu’en tremblant tu lui dis,

Alors, qu’est l’univers pour ton âme éperdue,

Et la gloire et l’éclat qui t’enivraient jadis ?

La terre disparait, mais le ciel se révèle ;

A votre immense amour il faut l’immensité ;

Il faut à votre espoir une sphère nouvelle

Où vous aimiez ainsi durant l’éternité !

Le doute qui luttait dans votre âme orgueilleuse

Dans la félicité deviendrait un remords :

La foi naît du bonheur : Quand la vie est heureuse.

On voudrait l’assurer au-delà de la mort.

Et tous les deux alors mêlant votre prière

Vous unissez vos cœurs ; et dans un même vœu,

Le regard vers le ciel, à genoux sur la pierre,

De vous avoir créés vous remerciez Dieu !

Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,

Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :

Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;

Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,

Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;

Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,

L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !

Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,

Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :

Cette voix m’a promis un avenir prospère :

Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…

Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,

Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,

De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :

Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,

Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :

L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

Liane

Jeune levrette, au poil d’ébène,

Au flanc mince, au col assoupli,

Ton dos, où ma main se promène,

A l’éclat de l’acier poli.

Tu dresses tes noires oreilles

Comme deux ailes de corbeau ;

Tes dents d’ivoire sont pareilles

A la blanche écume de l’eau.

Ton œil, quand sur sa proie il plane.

Brille comme l’œil d’un démon,

Et ta jambe fine, ô Liane,

Est aussi frêle que ton nom.

L’écureuil n’a pas ta souplesse,

Ton corps svelte, léger, moelleux,

Sous ma main, qui le tient en laisse,

Bondit, comme un flot onduleux.

Puis, quand je te livre l’espace,

L’oiseau ne peut suivre tes pas :

La flèche moins rapide passe,

L’œil ébloui ne te voit pas.

Le bois, le torrent, la montagne,

N’arrêteraient pas ton essor ;

Mais à ma voix, douce compagne,

Près de moi tu reviens encore.

Léchant la main qui te caresse,

Par tes ébats capricieux,

Tu sais, de ta triste maîtresse,

Dérider le front soucieux.

Sur mes deux genoux tu t’élances,

Le cou penché, l’œil en émoi ;

Puis, coquette, tu te balances

Sur mon pied étendu vers toi.

Dans ta course, rapide ou lente,

Tour-à-tour, chamois ou serpent,

Tu voles, ou bien indolente,

A mon bras ton corps se suspend.

Et quand je te mets ta parure,

Ta chaîne d’or et ton collier ;

Tu brilles, comme sous l’armure

Brillait un jeune chevalier.

Hécatombe

La gloire de l’artiste est un feu qui consume ;

A son foyer brûlant le flambeau qui s’allume

Brille d’un vif éclat, mais tombe avant le soir :

Il meurt, comme l’encens s’éteint dans l’encensoir,

Après que sur l’autel sa vapeur virginale

Vers Dieu s’est élevée en suave spirale.

On dirait qu’ici-bas l’homme prédestiné

Veut retourner au ciel pour lequel il est né,

Et que toute âme ardente, avide d’harmonies,

Aspire à s’exhaler aux sphères infinies :

Mozart, Hérold, ainsi par la mort sont fauchés,

Des phalanges d’en haut séraphins détachés,

Vous glissez parmi nous ; vous nous faites entendre

Des chants qu’à votre voix un ange dut apprendre :

Puis, lassés de l’exil vous remontez vers Dieu :

Hier ainsi loin de nous s’envola Boieldieu ;

Et, tandis que nos pleurs mouillaient encore sa cendre,

Dans le cercueil un autre était près de descendre :

La mort, comme un vieillard dont le sort est fini,

Beau, jeune et triomphant a frappé Bellini :

Et peut-être déjà creuse-t-elle la tombe

D’un génie, en naissant, promis à l’hécatombe !

L’imprudence

Enfants, ne jouez pas si près de la rivière ;

Pour vous mirer dans l’eau n’inclinez pas vos fronts,

Votre pied imprudent peut glisser sur la pierre ;

Vous êtes tout petits et les flots sont profonds !

Mais vous n’écoutez pas ma voix qui vous appelle ;

Aux poissons effrayés vous lancez des cailloux,

Vous allez du pêcheur démarrer la nacelle,

Et, penchés sur les bords, vous l’attirez vers vous ;

Puis, livrant au courant un rameau qu’il entraîne,

Pour le ravoir encore vous accourez plus bas ;

Quand la main d’un géant pourrait l’atteindre à peine,

Vous voulez le saisir avec vos petits bras !

Venez vers moi ; venez, avant que je vous gronde ;

Enfants, de ces plaisirs je vous prive à regret :

Mais on ne revient pas au-dessus de cette onde,

Et si vous y tombiez votre mère en mourrait !…

A mes sages avis vous ne voulez pas croire ;

Venez, je vais vous dire une tragique histoire :

C’était dans le printemps, quand la terre verdit ;

Alors qu’abandonnant le foyer de famille,

Vous allez à l’abri de la verte charmille

Recommencer les jeux que l’hiver suspendit ;

Alors que le soleil apparaît sans nuage,

Qu’une neige de fleurs couvre les églantiers,

Que chaque arbre vous offre un nid à mettre en cage,

Et que des fruits vermeils brillent aux cerisiers.

Un matin, parcourant la campagne nouvelle,

Une mère jouait avec ses deux enfants ;

Mère comme la vôtre, aussi bonne, aussi belle,

Le bonheur se peignait dans ses yeux triomphants !

 » Venez, mes chers petits, courons dans la prairie,  »

Disait-elle en fuyant ; et, redoublant leurs pas,

Derrière elle accouraient Léopold et Marie,

Et leur mère riait en leur tendant les bras ;

Et tous deux s’y jetaient ; puis, s’élançant plus vite,

Ils voulaient à leur tour parvenir jusqu’au but ;

Le premier qui du champ atteignait la limite,

D’un baiser maternel recevait le tribut :

Jeux d’amour qu’avec vous fait encore votre mère ;

Doux ébats, ce jour-là, souvent recommencés !…

Le soleil mesura deux heures sur la terre

Avant que les enfants eussent dit : C’est assez !

Puis, le cœur haletant, sur la mousse ils s’assirent,

Ils cueillirent des fleurs sur les bords du chemin ;

Et, formant des bouquets qu’à leur mère ils offrirent,

Joyeux, ils s’écriaient :  » Nous reviendrons demain !

— Oui, demain, mes amis, si vous êtes bien sages,

Sur le gazon fleuri vous reviendrez sauter ;

Maintenant la chaleur a mouillé vos visages,

Reposez-vous encore, c’est l’heure du goûter.  »

Alors vous eussiez vu cette mère attentive

Donner à ses enfants des fruits et des gâteaux ;

Et tous deux bondissant, tant leur joie était vive,

Oublièrent soudain le besoin du repos :

 » Vois-tu la belle fleur, là-bas, vers cette pierre ?

Dit Marie à son frère, en montrant un iris ;

Viens, courons, paresseux ; j’y serai la première,

Et maman d’un baiser m’accordera le prix.  »

Léopold la suivit dans sa course légère :

Leur mère ne vit point où s’égaraient leurs pas ;

Tout entière aux pensers que le bonheur suggère,

Elle s’occupait d’eux… et ne les suivait pas ;

Sur le gazon assise, elle restait rêveuse ;

Dans le recueillement, elle baissait les yeux ;

Bientôt son jeune époux (oh ! qu’elle était heureuse)

De ses enfants aussi partagerait les jeux !

Il allait revenir après un long voyage ,

Il allait ressentir tout ce qu’elle éprouvait ;

Déjà de ses transports elle se peint l’image,

Et ses enfants fuyaient tandis qu’elle rêvait…

 » J’ai la fleur,  » dit Marie, et sa main triomphante

Agita dans les airs un iris arraché.

Vois-tu comme il est beau ! Maman sera contente,

N’est-ce pas ? Viens le voir… Mais tu parais fâché !

Viens, le vent du midi l’a couvert de poussière,

La chaleur a plié ses beaux panaches bleus ;

Viens, allons le baigner aux eaux de la rivière ;

Viens, ne sois plus jaloux, il sera pour nous deux.

J’ai bien soif ! Dans nos mains nous boirons l’eau limpide,

Il n’est point de dangers, ne sois pas si timide ;

Écoute, Léopold ! — Oh ! Non, répond l’enfant,

N’approche pas, ma sœur, maman nous le défend !

— Ne crains rien, dit Marie en détournant la tête,

Maman ne nous voit pas, maintenant elle dort ;

Viens voir comme dans l’eau ma robe se reflète !

Viens voir ces beaux poissons à la nageoire d’or !  »

Et la jeune étourdie, en se penchant sur l’onde,

Puisait l’eau dans ses mains, mouillait la fleur d’azur,

Dans les flots transparents mirait sa tête blonde,

Et sur la grève humide avançait d’un pas sûr.

Près d’elle, elle a cru voir un poisson qui frétille ;

Dans l’eau, pour le saisir, son bras s’est enfoncé ;

Tout à coup on entend la pauvre jeune fille

Pousser un cri d’effroi… son pied avait glissé !

Le torrent l’entraîna… Sa malheureuse mère

Accourut à sa voix : hélas ! C’était trop tard !…

Elle voulait mourir dans sa douleur amère,

Et sur les flots profonds fixait un œil hagard.

Dans sa triste demeure on l’emporta mourante ;

Léopold la suivait en appelant sa sœur,

Sa sœur, que rejeta la vague indifférente

Aux filets du pêcheur !

On recueillit son corps qu’avait souillé la lange ;

Son âme s’envola, sur les ailes d’un ange,

Vers le monde éternel, séjour délicieux ;

Mais, hélas ! Son bonheur n’y fut pas sans mélange :

Elle voyait sa mère et pleurait dans les cieux !

Elle la vit longtemps ici-bas, désolée,

Traîner ses tristes jours, puis descendre au cercueil :

Un prêtre la coucha dans un froid mausolée,

Et près de lui priait un orphelin en deuil.

Léopold n’avait plus ni sa sœur, ni sa mère ;

Le malheur le frappa dans ses jours les plus beaux ;

Et lorsqu’à son foyer revint son pauvre père,

Il le retrouva seul, seul… entre deux tombeaux !

Voyez que de douleurs attire l’imprudence !

Elle change en chagrins les plaisirs les plus doux.

Enfants, obéissez, pour que la Providence

Veille toujours sur vous.

Et maintenant, allez sauter sur la pelouse,

Évitez les dangers qui mènent aux malheurs ;

De vos charmes, enfants, la mort semble jalouse,

Comme l’aquilon l’est des fleurs !

Heureux Qui Voit La Mort

Heureux qui voit la mort et qui peut l’oublier !

Heureux qui n’a jamais senti son cœur plier,

En voulant pénétrer le déchirant mystère,

Que le cercueil dérobe aux enfants de la terre !

Moi, je cherchai longtemps l’énigme du tombeau,

Elle fit de mes jours vaciller le flambeau !

Mais pour me consoler, j’avais encore ma mère,

Sa tendresse adoucit cette douleur amère,

Puis, dans mon sein ému, je sentais chaque jour,

S’amasser tant de vie et d’éléments d’amour,

Qu’à la destruction je ne pouvais pas croire,

Le fiel restait au fond du vase où j’allais boire,

J’implorais, étreignant le monde d’un désir,

Une heure du bonheur que je voudrais saisir !

Une heure sans mélange, une heure enchanteresse,

Où de l’éternité se résumât l’ivresse !

Lorsque, pour éloigner l’image du trépas,

Tous mes songes lointains ne me suffisaient pas,

J’avais auprès de moi d’intimes poésies,

Caprices passagers, subtiles fantaisies,

Qu’un instant fait éclore et qu’un instant détruit,

Comme ces feux follets qui brillent dans la nuit !

Oh ! ces impressions des choses éphémères,

Qui changent tour à tour nos pensers, nos chimères,

Qui captivent nos sens et qui nous font rêver.

Pour pouvoir les comprendre, il faut les éprouver ;

Produites au hasard, c’est un rien qui les cause,

C’est une bulle d’air, un insecte, une rose,

Le nid de la fourmi, la trace d’un ciron,

Une feuille tombant dans l’eau, qui forme un rond ;

C’est un nuage errant, tout peuplé de fantômes,

Un rayon de soleil, où dansent les atomes :

C’est le feu qui pétille à l’âtre du foyer,

Où l’on voit à son gré mille objets flamboyer ;

C’est la pâle lueur d’une lampe lointaine,

Le jet aérien d’une claire fontaine,

C’est, dans l’azur du ciel, l’oiseau qui prend son vol,

L’ombre d’un peuplier qui se dessine au sol,

C’est la nuit, reflétant ses millions d’étoiles

Sur les monts que la neige a couvert de ses voiles ;

C’est le souffle odorant du zéphyr matinal,

C’est, des fleurs et des fruits le duvet virginal,

C’est le lichen qui flotte à la pierre gothique,

C’est… oh ! c’est l’infini d’un monde fantastique,

Dont le charme, la grâce, et la suavité

Fascinent le regard du poète enchanté !

Lorsque la Muse antique, altière et grandiose,

Daigne quitter l’Olympe, où son esprit repose,

Dans le palais des rois, abaissant son essor,

Elle chante ses vers sur une lyre d’or.

Il faut pour l’inspirer une foule choisie,

Des banquets somptueux, des coupes d’ambroisie :

Mais sa modeste sœur, Follet, Sylphe, ou Lutin,

Se plaît à ramasser les miettes du festin ;

Elle voit sans envie, au front de son aînée,

Les immortels lauriers dont elle est couronnée ;

Elle cueille des fleurs qui changent tous les jours,

Elle ne peut souffrir ce qui dure toujours !

Dévouée au malheur, elle est pourtant frivole.

Elle aime à composer sa légère auréole

D’un bluet, d’un brin d’herbe, ou d’un de ces rayons

Qui glissent dans les airs sans que nous les voyons !

Elle berce les cœurs soumis à son empire ;

Elle n’immole pas le barde qu’elle inspire,

Bonne et douce, elle accourt à son premier salut ;

Elle n’a point d’emphase, elle chante sans luth ;

La pauvreté lui plaît ; d’un coup de sa baguette ;

Elle revêt d’éclat les haillons du poète ;

Elle n’exige pas un ciel brillant et chaud,

La mansarde noircie et l’humide cachot

L’attirent… et souvent, bienfaisante, on l’a vue

Porter aux malheureux une joie imprévue.

Mais cette poésie impalpable est dans l’air,

Dans l’espace, partout, c’est le feu de l’éclair,

On ne peut la saisir, on ne peut la décrire ;

Pour langage, elle emprunte un regard, un sourire ;

Je plains l’être incomplet qui ne la connaît pas,

Qui foule, insouciant, l’insecte sous ses pas,

Et, dans l’aridité de son âme inféconde,

Ne voit que le néant où Pascal vit un monde.

Pour oublier la vie, ainsi je m’enivrais

De ces mille plaisirs, chimériques ou vrais ;

Quand, dans l’isolement, l’heure fuyait trop lente,

Que de fois sur les prés je m’assis, indolente,

Endormant mes douleurs, vivant pour admirer,

Sur un jour de printemps laissant mon œil errer,

Alors que chaque épi, chaque fleur, chaque feuille,

Jette une rêverie au cœur qui se recueille,

Et que, voilant l’éclat d’un soleil radieux,

Une tiède vapeur unit la terre aux cieux !

Voyant, autour de moi, la plaine diaprée

D’arbres, où bourgeonnait une neige empourprée,

J’aimais à comparer cette virginité,

Au suave incarnat d’une jeune beauté,

Et, dans cet amandier si frais, si blanc, si rose,

Je croyais voir son front où la candeur repose.

Alors, restant pensive, enivrée, et sans voix,

L’hymne fuyait mon cœur, le luth quittait mes doigts,

Par la réalité, lorsque l’âme est saisie.

Trop faibles sont les mots, vide est la poésie ;

Qu’est le chant de la lyre à côté d’un beau jour ?

La gloire et l’avenir, qu’est-ce, auprès de l’amour ?

Ainsi, l’âme plongée en une molle ivresse,

Des peuples d’Orient j’ai compris la paresse ;

Jouissant par la vue, admirant par les sens,

Ils prennent en pitié tous nos arts impuissants ;

Ils ne contraignent pas une langue rebelle

A peindre froidement la nature si belle !

Ils nous laissent les champs de l’idéalité,

Et nos rêves, pour eux, sont la réalité.