Siramour

Semez, semez la graine

Aux jardins que j’avais.

Je parle ici de la sirène idéale et vivante,

De la maîtresse de l’écume et des moissons de la nuit

Où les constellations profondes comme des puits grincent de toutes

leurs poulies et renversent à pleins seaux sur la terre et

le sommeil un tonnerre de marguerites et de pervenches.

Nous irons à Lisbonne, âme lourde et cœur gai

Cueillir la belladone aux jardins que j’avais,

Je parle ici de la sirène idéale et vivante,

Pas la figure de proue mais la figure de chair,

La vivante et l’insatiable,

Vous que nul ne pardonne,

Ame lourde et cœur gai,

Sirène de Lisbonne,

Lionne rousse aux aguets.

Je parle ici de la sirène idéale et vivante.

Jadis une sirène

À Lisbonne vivait.

Semez, semez la graine

Aux jardins que j’avais.
Que Lisbonne est jolie.

La fumée des vapeurs

Sous la brise mollie

Prend des formes de fleurs.
Nous irons à Lisbonne

Ame lourde et cœur gai,

Vous que nul ne pardonne,

Lionne rousse aux aguets.
Semez, semez la graine,

Je connais la chanson

Que chante la sirène

Au pied de la maison.
Nous irons à Lisbonne

Ame lourde et cœur gai,

Cueillir la belladone

Aux jardins que j’avais.
Il est minuit très noire,

La nuit toutes les fleurs,

Versez, versez à boire,

Sont de même couleur.
Je connais la sirène

Je connais sa chanson:

Voyez sa robe traîne

Et charme les poissons.
Mais la graine qui germe

Connaîtra pas ses fleurs.

Chaque jour a son terme,

Chaque amour ses douleurs.
Tout en elle est semblable à son élément,

Mais à de montagne et qui glace les membres

Du nageur qui risque et devient son amant:

Il souffre. Il sombre. Il meurt dans ces flots de décembre.
Allongée dans son lit, le tain de son miroir,

Elle épouse docile un corps et son image,

Quitte à rendre à la terre un cadavre le soir.

Les oiseaux de sa rive ont un charmant ramage.
Cette eau qui désaltère est fatale au buveur.

On le retrouve mort auprès de quelque borne

Et plus sûr poignard poignardé en plein cœur

Que celui que l’on trempe en cette onde qui s’orne
Des cristaux de la lune et de l’azur polaire

Et qui chante en coulant sur les fonds de cailloux

Et qui rugit au fond des gorges solitaires

Ainsi putain battue par son voyou.
Mais celui-là qui peut, plongeur au cœur robuste,

Atteindre rive et sécher au soleil

Les gouttes scintillant sur ses reins et son buste

Et la boue des bas-fonds collée à ses orteils,
Est désormais trempé comme un poignard de mort,

Une lame de crime aux touches sans remède,

Un estoc de jadis pour redresseur de torts,

Plus dur que les aciers de Sheffield et Tolède.
Honneur à toi, Sirène, honneur à toi torrent,

Ô femme dont l’amour trempe une âme solide.

Qu’importe si ta bouche aux baisers effarants

Fut salée par les pleurs de tes amants avides.
Don Juan te rencontra avant les mille et trois.

toi qui lui donnas son tourment et son charme,

l’écho de tes chants qu’écoutaient dans sa voix

Celles qu’il abîmait dans et les larmes.
Les deux fils de Don Juan apprirent par tes lèvres,

Lord Byron le destin, le courage et l’orgueil,

Et Nerval où trouver le philtre d’outre-fièvres

Pour te ressusciter dans ses rêves en deuil.
Il est minuit au pied du château qui n’est ni celui de la Belle au bois dormant, ni le seul en Espagne, ni le roi des nuages mais celui dont les murailles dressées au sommet montagne dominent la mer et la plaine et maints autres châteaux dont les tours blanchissent au loin comme les voiles perdues sur la mer. Il est minuit dans la plaine et sur la mer, il est minuit dans les constellations vues et voici que l’étoile, la tantôt noire, la tantôt bleue, surgit au-delà de l’écume éclatée comme un orage bas dans les ténèbres liquides. À ses rayons, la bouteille abandonnée dans et les ajoncs s’illumine des voies lactées paraît contenir et ne contient pas car, bien bouchée, elle recèle en ses flancs la sirène masquée, la captive et redoutable sirène masquée, celle nomme l’Inouïe dans les mers où jamais elle ne daigne chanter et la Fantomas dans les rêves. Et, vrai, vêtue du frac et du haut de forme, on l’imagine parcourant un bois de mauvais augure tandis que les musiques fête lointaine somment vainement les échos de ramener à elles ce charmant travesti. On l’imagine encore, amazone, dans ce même bois, à l’automne, serrant contre elle un bouquet de roses trop épanouies dont les pétales s’envolent sous les efforts combinés du vent et du trot de son cheval.
Pour l’instant captive elle attend la délivrance dans sa prison bien bouchée par une main amoureuse, tandis lettre, non remise à son destinataire, moisit sur le sol. où les dés et les horloges font des bruits singuliers qui étonnent les veilleurs. où l’amant qui déshabille sa maîtresse s’étonne du crissement musical et inaccoutumé de la soie et du linge. Pales et rêveurs, tous écoutent ces manifestations de l’invisible qui n’est que leurs pensées et leurs rêves et, ceux-là, sur les chiffres fatidiques et, ceux-ci, sur qui marqua jadis le rendez-vous manqué et les derniers, sur l’éclat de la chair admirable éternisent quelques secondes leurs regards qui, soudain, voient loin, très loin au-delà des enjeux et des changements de date, au-delà des caresses et des serments, au-delà même des chants indéchiffrables des sirènes. Il est minuit sur le château, sur la plaine et sur la mer.
Il est minuit sur les jeux et les enjeux.

Il est minuit au cadran des horloges.

Il est minuit sur et sur les lettres égarées et la sirène chante,

mais sa voix ne dépasse pas les parois de verre, mais le buveur survient

et boit la chanson et libère la sirène, celle nomme l’Inouïe et nomme aussi la Fantomas.
Cigogne étoile aimée du silence et des sens

Baisers défunts des rois la lance désirée

Le cercle tracé sous les toits du ciel assassin

Par le sang sans vergogne et les roses et les fourrés

Bourgogne naissante à l’aube baiser

Bateaux encerclés intelligibles paroles du cercle

En trois segments martyrisé

Du signe plus reliant l’amant à sa maîtresse

L’hippocampe à la sirène

Et que nul ne les atteigne ni ne les sépare.

Que ceux qui le tenteraient

Soient confondus sont de mauvaise foi

Réduits à l’impuissance sont de bonne foi.

Que rien par ce cercle qui les isole

Ne sépare la sirène de l’hippocampe

L’hippocampe de la sirène

Et que dit-il lui :

Que rien ne l’atteigne elle

Dans sa beauté dans sa jeunesse dans sa santé

Dans sa fortune dans son bonheur et dans sa vie.
Que le buveur, ivre de la chanson, parte sur un chemin biscornu

bordé d’arbres effrayants au bruit de la mer hurlant et gueulant

et montant la plus formidable marée de tous les temps,

non hors de son lit géographique, mais coulant flux rapide

hors de la bouteille renversée tandis que, libre, la sirène étendue

sur le sol non loin de cette cataracte, considère l’étoile,

la tantôt noire, la tantôt bleue, et s’imagine la reconnaître

et la reconnaît en effet.
Ceci se passe, ne l’oublions pas, dans une véritable plaine, sur un véritable rivage, sous un véritable ciel. Et il véritable bouteille et véritable sirène, tandis que s’écoule une mer véritable qui emporte la lettre et monte à l’assaut du château.
Écoulement tumultueux du contenu de l’insondable bouteille. C’était pourtant une bouteille comme les autres et elle ne devait pas contenir plus de 80 centilitres et, pourtant, voilà que l’Océan tout entier jaillit de son goulot où adhèrent encore des fragments de cire. Frémissement des monts et des fondations du château sous l’assaut de déplacement de l’étoile, rien ne peut distraire la sirène de sa rêverie en proie à sa propre respiration, dans l’odeur de violette de la nuit. Monte, monte Océan, roule tes vagues et reflète en les déformant les monstres inscrits dans les constellations et joyeux de se mesurer avec les terribles créatures de tes cavernes et de tes gouffres, monte, monte, emporte les buissons de thym et de prunelliers et fais, sur ébouler les tumulus de glaise et d’argile et les tas de cailloux, renverse la tombe oubliée par un criminel d’autrefois et un fossoyeur paresseux à l’aube jour d’été où les diamants de la vie résonnaient formidablement dans les verres du cabaret et s’étalaient en cartes d’îles inconnues sur la nappe blanche.
Monte, monte et roule ton écume en fourrures élégantes puisque la sirène se plonge en toi, se roule en toi et monte avec toi vers le porche obscur du château, citadelle d’ombre et de fantômes, béant sur la ligne d’horizon qu’il engloutit interminablement.
Et voici que la sirène pénètre dans le château et s’égare dans un long corridor de draperies et de toiles d’araignées à l’issue duquel, lance et flamme et épée dans les mains, dans son armure de fer l’attend un chevalier.
Long combat, mêlée où le cliquetis de l’armure se mêle au cliquetis des écailles, éclairs des épées dans l’ombre, ahan des combattants, reflets des étoiles du ciel sur la cuirasse et les cuissards et de l’Océan sur la queue de la sirène, sang s’insinuant dans les jointures des dalles, souffle qui fait vibrer les toiles d’araignées. L’une de celles-ci s’agite sur le mur et son ombre en fait une créature abominablement géante.
Quand la sirène s’éloigne, les pièces de l’armure baignent, pêle-mêle, dans le sang, sur le sol, tandis qu’à son tour la tantôt noire, la tantôt bleue, pénètre à son tour dans le corridor, s’empare de l’épée du chevalier, attaque la sirène.
Escrime fabuleuse, ce spectacle je le vois, il se déroule sous mes yeux, escrime fabuleuse que celle de l’étoile dont les branches se rétractent et s’allongent tour à tour. Zigomar du ciel, astucieuse duelliste, étoile, ton dernier reflet est parti vers des planètes distantes de millions et millions de kilomètres et, demain, dans des millions les astronomes surpris de ne plus voir ton fanal parmi les récifs sidéraux publieront grand naufrage vient d’avoir lieu dans les espaces célestes et qu’il faut noter ta disparition sur la liste déjà longue des phénomènes inexplicables et je doute que l’on donnerait créance à qui dirait que une sirène qui, te frappant dans ton cœur à cinq branches, a supprimé ton éclat de l’écrin des comètes, des soleils, des planètes, des nébuleuses et de tes sœurs, les autres étoiles, parmi lesquelles te regretteront tes compagnes préférées, l’étoile du Nord et l’étoile du Sud.
Ô sirène ! je te suivrai partout. En dépit de tes crimes, compte tenu de la légitime défense, tu es séduisante à mon cœur et je pénètre par ton regard dans un univers sentimental où n’atteignent pas les médiocres préoccupations de la vie.
Je te suivrai partout. Si je te perds, je te retrouverai, sois-en sûre et, bien qu’il y ait quelque courage à t’affronter, je t’affronterai car il ne de souhaiter ici ni victoire m défaite tant est beau l’éclat de tes armes et celui de tes yeux quand tu combats.
Marche dans ce château désert. Ton ombre surprend, sur, les marches des escaliers. Ta queue fourchue se prolonge longuement d’étage en étage. Tu étais tout à au plus profond des souterrains. Te voici maintenant au sommet du donjon. Soudain tu t’élèves, tu montes, tu t’éloignes en plein ciel. Ton ombre, immense, a diminué rapidement et ta minuscule silhouette se découpe maintenant sur la surface de la lune. Sirène tu deviens flamme et tu incendies si violemment la nuit qu’il n’est pas une lumière à subsister près de toi dans des parterres de fleurs inconnues hantées par les lucioles.
Bonjour la flamme.

Elle me tend ses longs gants noirs.

Et le matin le feu l’aube et les ténèbres et l’éclair.

Bonjour la flamme.

Tu ne me brûles pas.

Tu me transportes.

Et je ne serais plus que cendre, ô flamme, si tu m’abandonnais.
Alors, comme les astres tombaient du ciel sur le lac invisible dans lequel je m’enfonçais avec délices,

Elle mit ses mains à mon cou et, me regardant dans les yeux de ce regard

que mes yeux absorbent, elle dit :  » C’est toi que j’aurais dû aimer.  »

Souviens-toi de cette parole pour les années futures, toi seule digne

d’incarner l’inégalable amour que je portais à une autre à jamais disparue,

Et puisses-tu ne jamais la prononcer de nouveau

Dans un carrefour de rides, sous un ciel de jours fanés et de désirs abolis.
Je baise tes mains,

Tu as le droit de ne pas m’aimer

Insensé celui qui le méconnaît

Je baise tes mains.

Très haut dans le ciel montent les fumées calmes et le chant oiseau si difforme

que les nuages n’osent l’accueillir et que le ciel est plus clair

et plus pur quand vole cet oiseau solitaire.

Je baise tes mains.

Je baise tes mains avant le départ pour la nuit, à l’arrivée des cauchemars,

quand tu dors et quand tu rêves et quand tu penses à moi

et quand tu penses pas.

Je baise tes mains, tu as le droit de ne pas m’aimer.
Et toi,

Te souviens-tu de cette sirène de cire que tu m’as donnée ?

Tu te prévoyais déjà en elle et dans celle qui te ressemble.

Tu ne meurs pas de la transfiguration de mon amour, mais tu en vis, elle te perpétue.

Car qui prévaut même sur toi, même sur elle.

Et tu ne seras vraiment morte

Que le jour où j’aurai oublié que j’ai aimé.
Cette sirène que tu m’as donnée, c’est elle.

Sais-tu quelle chaîne effrayante de symboles m’a conduit de toi

qui fus l’étoile à elle qui est la sirène ?

Ô sœurs parallèles du ciel et de l’Océan !

Mais toi.

Je t’ai rencontrée l’autre nuit,

Une fameuse nuit d’orages, de larmes, de tendresse et de colère

Oui, je t’ai rencontrée, c’était bien toi.

Mais quand je me suis approché et que je t’ai appelée et que je t’ai parlé,

C’est une autre femme qui m’a répondu :

 » Comment savez-vous mon nom ?  »
Regarde ton nouveau visage, car tu n’es pas morte.

Par la grâce de regarde ton nouveau visage.

Regarde, il est aussi beau que fut le premier.

Tu n’as guère changé.

Tes yeux de pervenche, tes yeux désormais éteints ne brillent plus

dans un visage douloureux et ironique.

Non, deux yeux plus sombres dans un visage à la fois plus sévère et plus gai.

Elle aime comme toi les petits bistros, les zincs à l’aube

dans les quartiers populaires, la joie des ouvriers quand ils sont joyeux.

Te rappelles-tu une nuit d’abîmes ?

Nous avons passé devant le Trocadéro et au-delà, sur un boulevard

où passe le métro aérien, non loin du Vel’ d’Hiv’,

Nous avons bu de la bière au  » Rendez-vous des camionneurs « .

Il était six heures du matin.

Un plombier plaisanta longtemps avec nous.

Et, une autre fois, dans ce café où l’on sert du faro et de la gueuse lambik,

te souviens-tu de Marie de la gare de l’Est ?

Elle fut jadis belle, aimée, riche.

Elle se lave maintenant aux fontaines Wallace.

Mais, comme elle a gardé un certain goût de luxe,

Une fois par mois elle va se faire épouiller dans un hôpital.

Il me semble parfois que ce n’est pas avec toi mais avec ton nouveau corps,

ton nouveau visage que j’ai vu toutes ces choses.

Regarde, regarde ton nouveau visage.

Il est aussi beau que fut le premier.

Regarde, regarde ton nouveau corps.

Je me souviens de la rencontre entre ces deux visages de mon amour, de mon unique amour.

C’est peut-être de cela que tu es morte.

Mais tu vis, vous vivez,

Amantes bien nommées, insoumises à mon amour,

Visages bien nommés, corps bien nommés.

Je pleure sur la mémoire que tu perdis en mourant, mais la mort m’est indifférente.

Moi, je me souviens.

Je te trouve semblable à toi-même,

Aussi cruelle et aussi douce,

Et ne m’accordant tellement

Que pour me faire plus violemment regretter le peu que tu me refuses.
Nous voici vieux déjà tous deux.

Nous avons trente ans de plus qu’aujourd’hui,

Nous pouvons parler de jadis sans regret, sinon sans désir.

Tout de même nous aurions pu être heureux,

S’il était dit qu’on puisse l’être

Et que les choses s’arrangent dans la vie.

Mais du malheur même naquit notre insatiable, notre funeste, notre étonnant amour.
Et de cet amour le seul bonheur que puissent connaître deux cœurs insatiables comme les nôtres.
Écoute, écoute monter les grandes images vulgaires que nous transfigurons.

Voici l’Océan qui gronde et chante et sur lequel le ciel se tourmente

et s’apaise semblable à ton lit.

Voici l’Océan semblable à notre cœur.

Voici le ciel où naufragent les nuages dans l’éclat triste d’un fanal promené

à tour de rôle par les étoiles.

Voici le ciel semblable à nos deux cœurs.

Et puis voici les champs, les fleurs, les steppes, les déserts, les plaines,

les sources, les fleuves, les abîmes, les montagnes,

Et tout cela peut se comparer à nos deux cœurs.

Mais ce soir je ne veux dire qu’une chose :

Deux montagnes étaient semblables de forme et de dimensions

Tu es sur l’une

Et moi sur l’autre.

Est-ce que nous nous reconnaissons ?

Quels signes nous faisons-nous ?

Nous devons nous entendre et nous aimer.

Peut-être m’aimes-tu ?

Je t’aime déjà.

Mais ces étendues entre nous, qui les franchira ?

Tu ne dis rien mais tu me regardes

Et, pour ce regard,

Il n’y a ni jour ni étendue.

Ma seule amie mon amour.
Je n’ai pas fini de te dire tout.

Mais à quoi bon…

L’indifférence en toi monte comme un rosier vorace qui, détruisant les murailles, se tord et grandit,

Étouffe l’ivrogne de son parfum…

Et puis, est-ce que cela meurt ?

Un clair refrain retentit dans la ruelle lavée par le matin, la nuit et le printemps.

Le géranium à la fenêtre fermée semble deviner alors que surgit le héros du drame.

Je ne te conte cette histoire qui ne tient pas debout

que parce que je n’ose pas continuer comme j’ai commencé.

Car je crois à la vertu des mots et des choses formulées.
Nul jeu, ce soir, sur la table de bois blanc.

Un ciel creux comme une huître vide

Une terre plate

La demoiselle sans foudre apparaîtra-t-elle ?

Un cœur de poisson abandonné sur le carrelage d’une cuisine n’en peut plus d’ennui.

Il se gonfle

Près de lui dans la boîte à ordures luit l’arête.

Corridor sombre traversé par les chats

Une porte de saltimbanque s’ouvre et se ferme alternativement sur une femme,

sur un homme, sur un homme, sur une femme.

Et la demoiselle sans foudre dit qu’au carrefour d’aubépines et de sainfoin elle perdit un bas

Qu’elle perdit au pied du chêne fendu

Et sa chemise sur la berge.

La demoiselle sans foudre est nue toute nue

Elle tient un cœur palpitant de poisson dans la main

Elle regarde vaguement devant elle

Elle se mord les lèvres jusqu’au sang et parfois et chantonne.

La demoiselle sans foudre est seule toute seule.

Le cœur de poisson palpite dans sa main

L’ombre tombe sur son corps nu et le fait étinceler

C’est ainsi que naissent les constellations

C’est ainsi que naît le désir

C’est alors que se souvenant de lui-même un noctambule s’arrête

sous un réverbère au coin d’une rue, regarde rougeoyer la lumière.

Et avant de reprendre son chemin s’imagine tel qu’il était des années auparavant

avec son regard vif et sa bouche sanglante.

À l’heure où la demoiselle sans foudre venait tendrement le border dans son lit.
La sirène rencontre son double et lui sourit.

Elle s’endort alors du sommeil adorable dont elle ne s’éveillera pas.

Elle rêve peut-être. Elle rêve certainement. Nous sommes au matin d’un jour

de moissons lumineuses et de tremblements de terre et de marées de diamants,

les premières retombant sur tes cheveux et surgissant de tes yeux,

les seconds signalant ta promenade et les troisièmes montant à l’assaut de ton cœur.

Il est cinq heures du matin dans la forêt de pins où se dresse le château de la sirène,

mais la sirène ne s’éveillera plus car elle a vu son double, elle t’a vu.

Désormais ton empire est immense.

D’un sentier sort un bûcheron sur lequel la rosée tremble et s’étoile.

Au premier arbre qu’il abat surgit un grand nombre de libellules !

Elle s’éparpillent dans des territoires de brindilles.

Au second arbre se brisent les premières vagues.

Au troisième arbre tu m’as dit :

 » Dors dans mes bras.  »
Tu diras au revoir pour moi à la petite fille du pont

à la petite fille qui chante de si jolies chansons

à mon ami de toujours que j’ai négligé

à ma première maîtresse

à ceux qui connurent celle que tu sais

à mes vrais amis et tu les reconnaîtras aisément

à mon épée de verre

à ma sirène de cire

à mes monstres à mon lit

Quant à toi que j’aime plus que tout au monde

Je ne te dis pas encore au revoir

Je te reverrai

Mais j’ai peur de n’avoir plus longtemps à te voir.
Amer destin celui de compter la feuille et la pierre blanche

Malice errant le premier du mois de mai

Salua d’un cœur vaillant chapeau claque et gants blancs

Salua dis-je le dis-je et la lune en mousseline

Salua bien des choses

Salua surtout le dis-je

Salua vraiment salua

Salua

Et comme j’ai l’honneur de le dire

La cataracte du Niagara ne tiendrait peut-être pas dans votre verre.

Peut-être pas Monsieur peut-être

Peut-être et comment va Madame peut-être

Madame peut-être s’ennuie

Madame peut-être a des vapeurs

Peut-être.
Quand il mit son doigt sur le plaid

Sur le plaid d’Égypte monsieur mais oui

Nous ne sommes pas tous comme ça dans la famille

C’est heureux pour mon père et ma mère

Et pourtant plus on est de fous…

Oui c’est heureux

Plus on rit

Oui.

J’ai écrit cette chanson qui en vaut bien d’autres

Un soir où je n’étais ni gai ni triste

Bien que de jour en jour je connaisse mieux les hommes

Ni gai ni triste

Un soir où je n’avais pas bu

Un soir ou j’avais vu celle que j’aime

J’ai écrit cette chanson qui en vaut bien d’autres

Pour amuser celle que j’aime.
Mais je connais une chanson bien plus belle

Celle d’une aube dans la rue ou parmi les champs prêts à la moisson ou sur un lit désert

On a brûlé ce début de printemps les dernières bûches de l’hiver

De vieilles douleurs deviennent douces au souvenir

Des yeux plus jeunes s’ouvrent sur un univers lavé.

J’ai connu cette aube grâce à toi

Mais se lèvera-t-elle jamais

Sur les douleurs que tu provoques ?
Tu sais de quelle apparition je parle

Et de quelle réincarnation

Coulez coulez larmes et fleuves

Et vins dans les verres.
Le temps n’est plus où nous riions

Quand nous étions ivres.
Elle est haut la sirène parmi les étoiles sœurs de la vaincue. Impératrices de peu de nuages, reines heure de la nuit, planètes néfastes. Et voici que d’un seul bond, d’une seule chute, la sirène plonge dans la mer au milieu d’une gerbe d’écume qui fait pâlir la Voie Lactée.
L’épave est toujours à la même place enlisée dans le sable où ses armes rouillées ont des allures de poulpes.
Une huître gigantesque bâille et montre sa gigantesque perle dans l’orient de laquelle le homard et le crabe écartent les algues comme une forêt vierge.
Il était une fois une algue errante

Il était une fois un rein et une reine

Dans des courants de tulle et de tussor,

Une algue qui avait vu bien des choses, bien des actes répréhensibles

Et bien des couchers de soleil

Et bien des couchers de sirènes.

Elle voguait à l’aventure, rêvant aux résédas qui s’ennuient dans leur pot de terre,

sur l’appui de la fenêtre des demoiselles vieillies par l’abstinence

et le regret de leur jeunesse.

Une hélice après avait meurtri les branches et les graines magiques de cette algue

qui se dissolvait lentement en pourriture dans l’eau salée.

Un poisson volant lui dit :  » Bonjour l’algue.  »

Car, si l’on peut donner la parole à un poisson volant,

il n’est pas d’exemple qu’on puisse la donner à une algue perdue au large,

détachée d’on ne sait quel haut-fond et travaillée par les phénomènes

de la dissolution et de la germination.

La sirène, je la perds, je crois la perdre, mais je la retrouve toujours,

la sirène nage vers la plage, pénètre dans la forêt du rosier mortel et,

là, rencontre l’oiseau hideux, l’oiseau muet et, durant un jour ou mille ans,

lui apprend à chanter et transfigure cette bête.

Les arbres se penchent longuement sur cette rencontre et des drapeaux inconnus

fleurissent dans leur feuillage.

Fougères, rasoirs, baisers perdus, tout s’écroule et renaît par une belle matinée

tandis que, par un sentier désert, délaissant sur l’herbe les cartes réussite certaine,

la sirène s’éloigne vers la plage d’où elle partit au début de cette histoire décousue.

Regagne la plage au pied du château fort

La mer a regagné son lit

L’étoile ne brille plus mais sa place décolorée comme une vieille robe luit sinistrement.

Regagne la plage.

Regagne la bouteille

S’y couche.

L’ivrogne remet le bouchon

Le ciel est calme.

Tout va s’endormir au bruit du flux blanchi d’écume.
Ô rien ne peut séparer la sirène de l’hippocampe !

Rien ne peut défaire cette union

Rien

C’est la nuit

Tout dort ou fait semblant de dormir

Dormons, dormons,

Ou faisons semblant de dormir.

Ne manie pas ce livre à la légère

À la légère à la légère à la légère à la légère.

Je sais ce qu’il veut dire mieux que personne.

Je sais où je vais,

Ce ne sera pas toujours gai.

Mais l’amour et moi

L’aurons voulu ainsi.

Le Satyre

Enfin sortir de la nuit,

Sortir de la boue.

Ho ! Comme elles tiennent aux pieds et aux membres

La nuit et la boue !

Ce chemin me conduira aux rivières claires où l’on se baigne entre deux rives de gazon.

Rivières ombragées par les arbres,

Effleurées par l’aile des oiseaux,

Eau pure, eau pure, vous me lavez.

Je m’abandonnerai à ton courant dans lequel naviguent les feuilles encore vertes que le vent fit tomber.

Eau pure qui lave sans arrêt les images reflétées.

Eau pure qui frissonne sous le vent,

Je me baignerai et je laisserai le reflet de moi-même en toi-même, eau pure !

Tu le laveras, ce reflet où je ne veux me reconnaître,

Ou bien emporte-le, loin,

Jusqu’aux océans qui le dissoudront comme du sel.

Que tombent le veston, le col et la cravate, uniforme abominable de la vie grise que je mène.

Que jaillissent les pieds, hors des lourds souliers.

Que glissent le long des jambes, les jambes du pantalon.

Que le tissu me frôle.

Ah ! la fraîcheur du vent, la chemise soudain jaillie

Comme le sperme ou la mousse du champagne.

Et cet éclat de ma chair entrevue nue sous un rayon du soleil.

Le poil se hérisse, semblable au gazon

Où fleurit, énorme, la fleur du sexe et l’ombre des cuisses.

L’arrivée de l’air dans les corridors sombres et puants de la chair,

Les fesses dévoilées, lumineuses, comme un corps de nymphe

Corps flétri, boutonneux, à la chair grise comme ma vie.

Et là, dans la gorge, un désir de bergère et de princesse isolées qui naît et remonte comme une nausée.

J’avais jadis des fleurs dans les mains,

J’avais dans la bouche le suc des fleurs et des herbes et la sève des arbres et le sable des plages

et même la terre mouillée des marais,

Une délicieuse amertume à laquelle le vent ajoutait la sienne, emplissait ma bouche.

Mon corps était couvert de pollen.

Je sentais le pré, la rivière, et les forêts à fougères et à champignons.

Je marchais dans la terre

Jusqu’aux genoux, jusqu’au sexe, jusqu’au nombril, jusqu’à la bouche et aux yeux.

Mais quoi ? Seul ici sous ces ombrages

Ma solitude se peuple des fantômes et des créatures de ma sexualité.

Quelle foule ! Quelle cohue !
Ainsi parle le satyre.

Déjà ses bretelles pendent ignoblement.

Ainsi parle le satyre.

Est-ce bien lui-même, ou se confond-il parmi la multitude de personnages qui l’environnent ?

Mais d’abord son décor :

Le mur lyrique aux inscriptions amoureuses,

Le mur contre lequel il colle au crépuscule, comme une affiche, son ombre.

Le mur suintant d’urines de chien et d’homme,

Le mur dont il se détourne,

Comme surpris.

Le mur où, fusillées par d’invisibles fusils, les images de lui-même se superposent, s’agglomèrent, et puent.

Et puis la pissotière faiblement éclairée,

Aux vitraux multicolores,

Pleine du chant des fontaines,

Odorante, fendue comme une casemate

Ouverte uniquement sur la rue bruyante.
Et puis la forêt semée de champignons obscènes,

Fleurie de fleurs charnues,

Sentant mille odeurs de crime, de trahison, de honte et de mystère.

Au pied d’un arbre, un soir, quand les cloches tintent dans la plaine,

Un désespéré se suicide.

Dans l’ombre d’un buisson deux amants se pénètrent.

Au fil d’un ruisseau, la feuille morte et l’herbe arrachée

Naviguent.

Dans la boue se marque l’empreinte des pattes d’oiseaux.

Au tronc des chênes, les initiales gravées cessent de signifier quelque chose, année par année.

La noisette mûrit sous les feuilles,

Le bruit dans les terriers.

La morille et la girolle naissent, sentent et pourrissent

Et toi enfin, satyre,

Guettant le phare des autos,

La nuit,

Pour te débrailler sur le bord de la route

Ou te faire surprendre

Dans une pose de fange

Au détour d’un sentier.
Ah ! que brament les cerfs dans les vallons

Entendre dans ton crâne

Le dernier bruit du monde,

Le retentissement du coup de fusil d’un chasseur maladroit

Qui jette sa poudre aux moineaux.
Des prêtres déguenillés ont jeté ici leur froc aux orties

Et tu reconnais soudain le sale frisson des confessions,

Le murmure des péchés inventés,

Et l’abîme qui sépare tes rêves déchaînés

Du ventre large ouvert à coups de couteau

Où tu fouillerais l’amas gluant des intestins.

Mais non !

Le satyre rêve et se roule dans le fumier doré de son imagination.

Son élan, son sexe et son désir

Retombent avant le but.

Croupe souillée,

Dénoncée par la lâcheté même de sa chair,

Le satyre disparaît

Fond,

Fuit,

S’évanouit.

Et il ne reste

Perdue dans un champ de moineaux

Qu’une défroque d’épouvantail châtré,

Vidée comme un lapin,

Gonflée d’un vent qui vient de loin,

Qui vient d’ailleurs,

Comme le rêve d’amour et la pensée,

Gonflée d’un vent qui vient de loin,

Après avoir séché les draps maculés par l’amour,

Ensemencé d’herbe et de fleurs étranges

Les dépotoirs et les tas d’ordures ;

Un épouvantail gonflé de vent et qui ne fait même plus peur aux oiseaux et aux enfants.

Puéril comme le jeu de billes,

Puéril comme l’univers secret de tout homme,

Puéril comme la guerre,

Et sanglant et cruel comme la guerre,

Et boueux et honteux comme l’univers secret de tout homme

Et absurde et logique comme le jeu de billes

C’est le satyre qui s’approche dans l’ombre

Et violente superpose et foule

Ses rêves tumultueux.

Complainte De Fantômas

1
Écoutez, Faites silence

La triste énumération

De tous les forfaits sans nom,

Des tortures, des violences

Toujours impunis, hélas !

Du criminel Fantômas.
2
Lady Beltham, sa maîtresse,

Le vit tuer son mari

Car il les avait surpris

Au milieu de leurs caresses.

Il coula le paquebot

Lancaster au fond des flots.
3
Cent personnes il assassine.

Mais Juve aidé de Fandor

Va lui faire subir son sort

Enfin sur la guillotine

Mais un acteur, très bien grimé,

À sa place est exécuté.
4
Un phare dans la tempête

Croule, et les pauvres bateaux

font naufrage au fond de l’eau.

Mais surgissent quatre têtes :

Lady Beltham aux yeux d’or,

Fantômas, Juve et Fandor.
5
Le monstre avait une fille

Aussi Jolie qu’une fleur.

La douce Hélène au grand cœur

Ne tenait pas de sa famille,

Car elle sauva Fandor

Qu’était condamné à mort.
6
En consigne d’une gare

Un colis ensanglanté !

Un escroc est arrêté !

Qu’est devenu le cadavre ?

Le cadavre est bien vivant

C’est Fantômas, mes enfants !
7
Prisonnier dans une cloche

Sonnant un enterrement

Ainsi mourut son lieutenant.

Le sang de sa pauv’ caboche

Avec saphirs et diamants

Pleuvait sur les assistants.
8
Un beau jour des fontaines

Soudain chantèr’nt à Paris.

Le monde était surpris,

Ignorant que ces sirènes

De la Concorde enfermaient

Un roi captif qui pleurait.
9
Certain secret d’importance

Allait être dit au tzar.

Fantômas, lui, le reçut car

Ayant pris sa ressemblance

Il remplaçait l’empereur

Quand Juv’ l’arrêta sans peur.
10
Il fit tuer par la Toulouche,

Vieillarde aux yeux dégoûtants,

Un Anglais à grands coups de dents

Et le sang remplit sa bouche.

Puis il cacha un trésor

Dans les entrailles du mort.
11
Cette grande catastrophe

De l’autobus qui rentra

Dans la banque qu’on pilla

Dont on éventra les coffres

Vous vous souvenez de ça?

Ce fut lui qui l’agença.
12
La peste en épidémie

Ravage un grand paquebot

Tout seul au milieu des flots.

Quel spectacle de folie !

Agonies et morts hélas !

Qui a fait ca ? Fantômas.
13
Il tua un cocher de fiacre

Au siège il le ficela

Et roulant cahin-caha,

Malgré les clients qui sacrent,

Il ne s’arrêtait jamais

L’fiacre qu’un mort conduisait.
14
Méfiez-vous des roses noires,

Il en sort une langueur

Épuisante et l’on en meurt.

C’est une bien sombre histoire

Encore un triste forfait

De Fantômas en effet !
15
Il assassina la mère

De l’héroïque Fandor.

Quelle injustice du sort,

Douleur poignante et amère

Il n’avait donc pas de cœur,

Cet infâme malfaiteur !
16
Du Dôme des Invalides

On volait l’or chaque nuit.

Qui c’était ? mais c’était lui,

L’auteur de ce plan cupide.

User aussi mal son temps

Quand on est intelligent !
17
À la Reine de Hollande

Même, il osa s’attaquer.

Juve le fit prisonnier

Ainsi que toute sa bande.

Mais il échappa pourtant

À un juste châtiment.
18
Pour effacer sa trace

Il se fit tailler des gants

Dans la peau d’un trophée sanglant,

Dans d’la peau de mains d’cadavre

Et c’était ce mort qu’accusaient

Les empreintes qu’on trouvait.
19
À Valmondois un fantôme

Sur la rivière marchait.

En vain Juve le cherchait.

Effrayant vieillards et mômes,

C’était Fantômas qui fuyait

Après l’coup qu’il avait fait.
20
La police d’Angleterre

Par lui fut mystifiée.

Mais, à la fin, arrêté,

Fut pendu et mis en terre.

Devinez qui arriva :

Le bandit en réchappa.
21
Dans la nuit sinistre et sombre,

À travers la Tour Eiffel,

Juv’ poursuit le criminel.

En vain guette-t-il son ombre.

Faisant un suprême effort

Fantômas échappe encor.
22
D’vant le casino d’Monte-Carlo

Un cuirassé évoluait.

Son commandant qui perdait

Voulait bombarder la rade.

Fantômas, c’est évident,

Était donc ce commandant.
23
Dans la mer un bateau sombre

Avec Fantômas à bord,

Hélène Juve et Fandor

Et des passagers sans nombre.

On ne sait s’ils sont tous morts,

Nul n’a retrouvé leurs corps.
24
Ceux de sa bande, Beaumôme,

Bec de Gaz et le Bedeau,

Le rempart du Montparno,

Ont fait trembler Paris, Rome

Et Londres par leurs exploits.

Se sont-ils soumis aux lois ?
25
Pour ceux du peuple et du monde,

J’ai écrit cette chanson

Sur Fantômas, dont le nom

Fait tout trembler à la ronde.

Maintenant, vivez longtemps,

Je le souhaite en partant.
FINAL
Allongeant son ombre immense

Sur le monde et sur Paris,

Quel est ce spectre aux yeux gris

Qui surgit dans le silence ?

Fantômas, serait-ce toi

Qui te dresses sur les toits ?
1933